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Une campagne axée sur des vedettes ou un débat éclairant sur les enjeux urbains à Montréal?

09/07/2013 12:36 EDT | Actualisé 07/09/2013 05:12 EDT

Avec l'entrée en lice de l'homme d'affaires Marcel Côté comme candidat à la mairie de Montréal, la table est mise pour les élections du 3 novembre prochain. Il est d'ores et déjà évident que les projecteurs de la campagne se concentreront sur l'affrontement qui mettra le camp de ce dernier aux prises avec celui du populiste Denis Coderre. Malheureusement, les enjeux prioritaires, qui devraient être au centre des débats, risquent fort d'être éclipsés par cette lutte de vedettes et même en grande partie escamotés comme ce fut le cas lors des élections précédentes. Souvenons-nous de celles de 2005, par exemple, où le principal enjeu a été les nids-de-poule au moment même où des malfrats, peinards, écumaient les coffres de la Ville.

L'autre fait saillant marquant le début de la campagne est le désistement de Louise Harel en faveur de M. Côté pour former ce que les deux nouveaux partenaires appellent une coalition. Mais cette alliance électorale est pour le moins désassortie. Nous avons en effet d'un côté Marcel Côté, fédéraliste inconditionnel, figure emblématique du Québec inc. et promoteur acharné des multiples avatars de l'idéologie néolibérale. De l'autre, Louise Harel, souverainiste convaincue qui a été pendant des décennies l'âme de l'aile soi-disant progressiste du Parti québécois. On peut donc constater une fois de plus que la politique peut faire se rencontrer de bien bizarres compagnons de route.

Mais les conférences de presse n'étaient pas terminées, que les trompettes de la propagande électorale avaient déjà commencé à claironner: voilà une coalition arc-en-ciel qui regroupera fédéralistes et souverainistes, francophones et anglophones, gens de l'Est et de l'Ouest de la ville, citoyens de l'ancienne Ville de Montréal et de ses anciennes banlieues etc.

Candidat des milieux d'affaires

Marcel Côté a servi de conseiller auprès de plusieurs premiers ministres, notamment Brian Mulroney lors des négociations sur l'accord de libre-échange avec les États-Unis ou encore Jean Charest dans ses programmes de réingénierie de l'État et de l'instauration d'un programme de partenariat public-privé (PPP).

Il a cédé à KPGM l'an dernier ses parts de la firme Secor qu'il avait cofondée en 1975 parce qu'il trouvait que «le Québec penchait trop à gauche». Originaire de Malartic en Abitibi, il a siégé sur le conseil d'administration d'Osisko qui a creusé une mine d'or à ciel ouvert forçant 10 % des citoyens de la ville à déménager. Il défend mordicus cette opération inhumaine. De plus, il est un grand supporteur du gaz de schiste. Il est aussi un apôtre de la privatisation du domaine de la santé étant lui même administrateur de l'hôpital privé Rockland.

Quant à son côté givré, M. Côté est actif au sein de la Fondation du Grand Montréal, de la Compagnie de danse Marie Chouinard, de l'Orchestre symphonique de Montréal et de la Fondation du YMCA, entre autres.

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Qui se présente? Qui ne se présente pas?


Des déclarations surprenantes

Marcel Côté se targue d'avoir son franc-parler. Mais certaines des déclarations - pour le moins surprenantes - de l'aspirant maire démontrent qu'il serait plutôt un électron libre. Par exemple, celle qu'il a faite à l'émission Pas de midi sans infos de Radio-Canada en février dernier: «La mafia est plus démocratique que les associations étudiantes». Ou encore cette autre, particulièrement révélatrice, lancée en novembre 2012 lors d'un colloque aux HEC: «Se chauffer à l'électricité, pis subventionner, vendre l'électricité au prix qu'on se la vend pour se chauffer, c'est un crime économique. C'est un crime contre l'humanité, mais c'est pas reconnu au Québec». Et cette autre, commise en 2003, dont les nationalistes qui le supportent maintenant devraient se souvenir: «Québec n'avait pas besoin de la loi 101 pour se franciser. On attribue un impact beaucoup trop grand à cette loi. Le monde des finances se serait francisé de toute façon».

Un rôle minimaliste pour la Ville

À une question qui lui a été posée lors du lancement de sa campagne concernant la nécessité d'avoir de partis politiques à Montréal, M. Côté a répondu: «Ce qu'on veut, c'est départisaner Montréal. On pense que pour ramasser les déchets, faire de belles rues, faire marcher des trains on n'en a pas besoin (...) Une ville gère des services, elle ne fait pas de lois. (...) Il faut éviter toute opposition idéologique».

Cette déclaration démontre que, comme son adversaire Coderre, Côté considère les villes comme de simples corps administratifs dont le rôle est de fournir des services. À leurs yeux, il n'y a pas de différences notables entre le conseil municipal de Montréal et le conseil d'administration d'une entreprise.

Les enjeux municipaux sont en effet souvent présentés comme de simples enjeux techniques: les nids-de-poule, le déneigement, la collecte des ordures; telles seraient les grandes questions municipales. Mais il s'agit là d'une conception fausse et dangereuse, a écrit la politicologue Diane Lamoureux. Fausse explique-t-elle, parce que derrière les questions techniques, il y a toujours des choix qui reposent sur des valeurs et relèvent d'orientations politiques précises. En démocratie, ces choix sociaux doivent faire l'objet d'un débat public et les citoyens doivent avoir leur mot à dire, par exemple sur le choix, dans le domaine des transports, entre le « tout automobile » et les transports en commun. Il en va de même de la place accordée à la culture dans la cité, des loisirs, des espaces verts, du zonage, de l'aménagement, du logement, de la lutte contre la pauvreté, de l'intégration des immigrants, de l'eau potable, etc.

Cette conception, au lieu d'inciter les citoyens à prendre une part active aux affaires municipales, ne fait que les conforter dans leur rôle de consommateurs de services. Cela ne fait qu'augmenter leur désintérêt face aux enjeux municipaux.

Il y a coalition et coalition

S'appuyant sur l'expérience d'un comité exécutif de coalition vécue à l'Hôtel de ville de Montréal depuis novembre dernier, le candidat Côté semble considérer cette formule comme une panacée. Mais il semble oublier qu'il ne s'agit que d'une coalition temporaire, que les élus municipaux ont eu assez de maturité de se donner pour qu'on se rende aux élections de novembre sans trop de perturbations. C'est une tout autre histoire si l'on veut faire de la coalition une formule permanente de gouvernance.

On donne l'exemple du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM), qui a été au pouvoir de 1986 à 1994, pour défendre l'idée. En effet, le RCM a constitué une coalition progressiste. Mais il n'a été créé qu'après plusieurs années de gestation et il a regroupé des militants de la base issus de plusieurs groupes populaires implantés dans différentes parties de la ville. La différence est considérable avec la nouvelle Coalition pour Montréal qui a été assemblée à la va-vite suite à des pourparlers entre des notables provenant des milieux d'affaires et de Vision Montréal. Ça sent l'improvisation.

Ces organisations champignons sont formées de gens aux intérêts disparates appuyant un candidat autoproclamé qui, avec l'aide d'une garde rapprochée et entourée d'une équipe de candidats qu'il choisit lui-même, promeut sa candidature. Elles mettent donc l'accent sur l'aspect personnel de la démarche et non sur son aspect collectif. En réalité, pour être viable une coalition doit reposer sur une base idéologique commune. Autrement, c'est un assemblage hétéroclite où prévalent des intérêts particuliers. Dans le cas de la nouvelle coalition, il semble bien que c'est l'idéologie néolibérale qui va être le ciment.

Par ailleurs, les candidats Côté et Coderre font tous deux dans la détestation des partis. Ils prennent prétexte de l'expérience désastreuse d'Union Montréal pour s'en servir comme repoussoirs. Mais comme l'a dit l'ex-maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, un véritable parti est un espace politique où les citoyens peuvent intervenir. Ce ne sont pas des groupes qui sont des collages d'intérêts. Selon l'essayiste Francis Lagacé, la notion la plus intéressante est celle de l'organisation démocratique d'un groupe réuni par des valeurs partagées et dont l'objectif est de les faire avancer par des discussions d'où doit émerger la volonté générale dans le sens du bien commun.

Cela n'a donc rien à voir avec le Parti civique de Jean Drapeau, Vision Montréal de Pierre Bourque ou Union Montréal de Gérald Tremblay qui ont usurpé l'appellation de parti. À l'aune de ces définitions, le seul véritable parti qui sera en lice lors des prochaines élections est Projet Montréal.

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