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Congrès mondial des parcs: l'heure du bilan pour le Québec

14/09/2014 11:53 EDT | Actualisé 14/11/2014 05:12 EST

Deux mois nous séparent du Congrès mondial sur les parcs. Véritable grand-messe pour les intervenants oeuvrant à la protection de la biodiversité partout au monde, cet important Congrès n'a lieu qu'une fois aux 10 ans. Après Durban en Afrique du Sud, cette fois c'est à Sydney en Australie où convergeront des milliers de participants sous le thème « Des parcs, la planète et nous : des solutions sources d'inspiration ». Le gouvernement du Québec y sera représenté, en plus de nombreux chercheurs, groupes environnementaux, et autochtones du Québec, dont les Cris de la Baie-James et les Inuit du Nunavik.

Alors que le pétrole et les pipelines accaparent la part du lion de l'attention médiatique en matière d'environnement, le Congrès de Sydney nous rappelle que tout n'est pas réglé pour autant dans nos forêts, lacs, rivières, et milieux marins. Au contraire. À l'échelle planétaire, la science démontre que nous vivons présentement une extinction de masse des espèces vivantes, provoquée par l'activité humaine. Le Québec n'est pas à l'abri de cette crise de la biodiversité - en effet, le déclin se poursuit pour de nombreuses espèces déjà menacées de disparition, tels le béluga et le caribou forestier.

À Sydney, les projecteurs seront braqués sur les bilans des gouvernements. Malheureusement, le Québec risque de ne pas briller sous leurs feux. Afin d'atteindre ses propres cibles en matière d'aires protégées, le Québec devrait protéger 48 000 km2 additionnels sur son territoire d'ici la fin de 2015. C'est l'équivalent, attachez vos tuques, d'environ 60 fois le parc de la Gaspésie. Comme le titrait récemment Le Devoir, le Québec ratera ainsi ses propres cibles, elles-mêmes plus modestes que les objectifs internationaux établis à Nagoya, au Japon. Résultat du manque de volonté politique des dernières années, ce retard n'est pas sans conséquences sur le terrain. On en voit les impacts dans l'Estuaire du Saint-Laurent, où l'habitat du béluga aurait dû être protégé depuis des années par une Zone de protection marine, projet qui stagne depuis plus de 15 ans. (TransCanada propose aujourd'hui un port pétrolier au même endroit, dans le cadre de son projet Énergie Est). On le voit avec la rivière Magpie, sur la Côte-Nord, une rivière d'expédition en rafting de renommée internationale - la seule au monde de ce calibre qui ne bénéficie pas d'un statut de protection.

Mais il n'est pas nécessaire qu'il en soit ainsi. Le Québec a largement les moyens de devenir un leader mondial en conservation. Prenons l'étalon international en matière de conservation de la biodiversité, soit les 20 cibles adoptées à Nagoya en 2010, dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique. L'une d'elles prévoit la protection de 17 % des milieux terrestres et 10 % des milieux marins d'ici 2020. Avec un immense territoire et une densité de population de seulement 6 habitants/km2, il n'y a pas de raison pour que le Québec ne puisse pas atteindre, voire dépasser ces cibles. Le Costa Rica, par exemple, compte 93 habitants/km2, mais protège déjà 22 % de son territoire. Mais ce n'est pas simplement une question de superficies et d'arithmétique. La richesse du patrimoine naturel québécois nous confère également une responsabilité à l'échelle planétaire. On n'a qu'à penser à la vaste forêt boréale, ou encore à la quantité imposante d'eau douce renouvelable qui se retrouve au Québec... 3 % du volume planétaire.

Parce que le Québec peut et doit faire plus, et parce qu'il n'est pas encore trop tard pour agir, une nouvelle campagne a vu récemment le jour : Nagoya+. Lancée par la SNAP Québec et Nature Québec, l'initiative vise à faire connaître du public ces cibles internationales, et ainsi à encourager le gouvernement à les atteindre et les surpasser. Nagoya doit devenir pour la biodiversité ce que Kyoto a été pour la lutte aux changements climatiques : la note de passage.

À Sydney, le Québec pourra-t-il dire la tête haute qu'il est en route vers Nagoya?

Ce texte est cosigné par Sophie Gallais, chargée de projet aires protégées pour Nature Québec et par Patrick Nadeau, directeur général de la SNAP Québec

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