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La nouvelle Amérique de Donald Trump

09/11/2016 09:20 EST | Actualisé 09/11/2016 09:20 EST

Le quarante-cinquième président des États-Unis d'Amérique sera donc un homme, Donald Trump. Tandis que l'accession des femmes aux plus hautes responsabilités tend à se généraliser et donc à se banaliser, le bureau ovale de la Maison-Blanche échappe donc à Hillary Clinton.

Un populisme nord-américain

Les médias et les analystes de façon générale ont largement sous-estimé le rejet que suscitait Hillary Clinton aux États-Unis. Le simple fait que, malgré toutes les oppositions internes, Donald Trump ait remporté les primaires du Parti républicain contre tous les hiérarques et les stars du parti aurait dû retenir plus sérieusement l'attention. Cette première victoire manifestait un clair rejet de l'«establishment», le système politique américain composé de carriéristes de la politique qui espéraient bénéficier du système installé. L'Amérique profonde, essentiellement rurale, défiait déjà le système, celui des élites, celui de la classe politique de Washington, d'une Amérique urbaine plus tolérante et votant plus volontiers démocrate.

Tard dans la soirée, sur Times Square, la place mythique de New York, plusieurs électeurs venus de province pour suivre la soirée électorale reprenaient le mot d'ordre de Donald Trump sur le «rigged system», le système truqué et, selon eux, corrompu des États-Unis. Pour ces électeurs, à l'image de millions d'électeurs, il n'existe pas de monarchie aux États-Unis et le règne des familles de politiciens est révolu.

Le peuple a parlé et l'effet de surprise est le même que celui qui a prévalu le 23 juin dernier sur le Brexit, où personne ne s'attendait à la victoire de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Il s'agit incontestablement d'une revanche de l'Amérique profonde sur les élites politiques, une nouvelle forme de populisme nord-américain. Les Américains ont voulu le changement, ils l'ont eu et les électeurs ont surfé sur le thème de l'Amérique corrompue.

Le vote insuffisant des communautés ethniques

Hillary Clinton n'aura donc pas bénéficié des incongruités et des insultes proférées par son adversaire à l'encontre des femmes. On n'aura jamais vu dans une telle élection un candidat traîner une catégorie d'Américains plus bas que terre. Incurable macho, il aura ravalé la femme au rang de ménagère tout juste bonne à s'occuper de sa cuisine, quand il ne les aura pas ramenées au rang d'objets sexuels ou insulté sur leur physique (ainsi il a qualifié l'ancienne Miss Univers vénézuélienne de «Miss Piggy»). Plusieurs femmes ont aussi, lors de cette campagne, évoqué des agressions sexuelles de la part du milliardaire, qui pense sans doute que l'argent permet tout sans limite...

Récemment, la présidente du comité de femmes soutenant Donald Trump affirmait que l'essentiel n'était pas ses propos sur les femmes, mais les enjeux économiques et de sécurité pour les États-Unis.

Il en va de même en ce qui concerne les minorités. En insultant les musulmans, en laissant expulser une femme voilée lors d'un de ses meetings, en tenant des propos méprisants sur les Latinos et les autres communautés ethniques, Donald Trump aura tout fait pour favoriser Hillary Clinton. Toutefois, cela n'aura pas suffit non plus. Dans l'État de Floride, un État pivot («swing state») essentiel, le vote des Latinos, qui se sont mobilisés, n'aura pas suffit à renverser cette vague de fond en faveur de Donald Trump.

Pour Donald Trump, les défis sont considérables pour lui-même, pour les États-Unis, les électeurs qui l'ont élu, mais aussi pour le monde entier.

En proposant d'ériger un mur entre son pays et le Mexique, Trump a exactement répondu aux angoisses de cette Amérique profonde, une Amérique rurale opposée à l'Amérique urbaine pour qui les principales préoccupations aujourd'hui sont l'emploi, l'économie, la sécurité et l'immigration.

Le défi immense de l'économie et l'emploi

Il s'agit donc d'une réussite personnelle pour Donald Trump, symbole de la réussite, un homme d'affaires qui sera capable, selon les électeurs, d'apporter des emplois aux États-Unis.

C'est qu'en effet le principal défi est l'emploi dans un pays où, si une industrie s'en va, la ville et ses habitants sombrent corps et âmes en l'absence de toute reconversion durable. Aux États-Unis, une ville peut faire faillite et personne ne viendra à son secours. La crise dite des «subprimes» à partir de 2008 a mis à mal ce pays en ruinant des familles entières. Quelle sera la marge de manœuvre du nouveau président à cet égard? Elle sera très faible dans un pays où les États fédérés disposent de nombreuses compétences en la matière et où l'État fédéral n'intervient que peu et de façon subsidiaire

Les classes moyennes dont Hillary Clinton a prôné le renforcement lors de cette campagne, tireront-elles leur épingle du jeu dans une période difficile pour les États-Unis? Ces classes se sont en effet senties rabaissées, l'accession à la propriété ayant connu un brusque ralentissement en 2014 à la suite de la crise financière, période pendant laquelle de nombreux Américains se sont appauvris malgré un contexte qui n'était pas défavorable en terme de croissance. Cette même croissance devrait se maintenir auteur de 2% en 2017. Ces mêmes classes moyennes, qui espèrent un renouveau pour les États-Unis, ont placé leurs espoirs dans Donald Trump.

Une croissance encourageante mais fragile

Mais cette croissance reste somme toute fragile, bien que la banque centrale américaine n'ait pas manqué d'injecter des liquidités dans l'économie (l'équivalent d'environ 15 points de PIB selon les économistes), tout en baissant ses taux d'intérêt. Il faudra aussi gérer la dette de l'État américain (plus de 19 000 milliards de dollars, soit un taux supérieur à 100% du PIB national, presque un doublement en huit ans de présidence Obama). Ainsi, la gestion de l'économie va-t-elle se révéler très périlleuse pour la nouvelle équipe républicaine, d'autant plus que si Donald Trump a été élu, c'est aussi parce qu'il a su monter un empire économique et financier.

Cet endettement considérable sera un des motifs de préoccupation de la nouvelle administration républicaine. L'administration Trump ne pourra pas se disperser sur tous les terrains de guerre. Il va incontestablement demander à l'Europe de prendre en charge une part plus substantielle de sa défense. Les négociations commerciales internationales (notamment sur le TAFTA, traité de libre échange transatlantique ou partenariat transatlantique de commerce et d'investissement) vont se révéler très difficiles, les entreprises américaines ayant un besoin crucial d'exporter, tout en se protégeant de la concurrence internationale en pratiquant ainsi un protectionnisme fort.

Pour Donald Trump, les défis sont considérables pour lui-même, pour les États-Unis, les électeurs qui l'ont élu, mais aussi pour le monde entier. Le monde entre dans une zone de turbulences, tant la volonté d'une Amérique forte et repliée sur elle-même pourrait conduire à des conflits sur le commerce, les relations transatlantiques et les conflits dans lesquels l'Amérique est engagée sur le plan militaire, sans compter les restrictions à l'entrée sur le territoire des États-Unis qui pourraient affecter des millions de citoyens.

Ce billet a initialement été publié sur le Huffington Post France.

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