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Voir comme un non-voyant

19/10/2016 10:28 EDT | Actualisé 20/10/2016 03:39 EDT

Dans la vie, y a pas de faux bonheurs. La chance que t'as d'être toi vaut plus que tout ce que tu vivras comme hauts dans toute ta vie. N'oublie jamais que pour avoir la chance de les vivre y a fallu que tu commences par vivre. Quand ça va moyen, rappelle-toi que tu vis, point.

Hé! Peu importe le p'tit malheur de passage qui t'habite et malgré le sentiment constant de «boule dans l'estomac» que tu crois qui partira jamais, dis-toi qu'un jour t'as toujours ben déjà fini en tête d'une course lorsque les spermatozoïdes de ton père ont été éjectés, non? T'es arrivé jusqu'à l'ovule en champion en n'en décevant quelques millions d'autres derrière, qui eux, sont tout simplement morts dans un kleenex ou laissés-pour-compte dans «d'horribles souffrances» dans les draps. (Oui je sais, j'ai vu l'image moi aussi.)

La vie est belle. Belle comme tu veux et quand tu veux qu'elle le soit, même si elle nous rentre dedans solide des fois pis que t'as pu le goût d'y croire.

Y a pas de faux bonheurs.

Profite. Émerveille-toi. Vis. Assume. Aime-toi. Respecte-toi et surtout sois attentif aux signaux. Parce-que ça, des signaux, y en a plein et hier soir j'en ai eu un. L'ironie dans ce cas-ci c'est que j'ai vu ce qu'est le bonheur à travers les yeux d'un non-voyant. Samuel, un jeune homme début vingtaine que je salue fort et bien haut, est venu me voir à ma table d'un bar-sportif entre deux interventions au micro où je fais l'animation lors des matchs du Canadien. Que dis-je, il est venu à mes côtés avec quelqu'un qui l'accompagnait, car lorsqu'il va dans un nouvel endroit (c'était la 2e fois cette fois-ci), Samuel n'a pas assez de repères pour se déplacer seul, bien que juste à le regarder, on ne peut pas savoir qu'il est non-voyant. Il s'est donc présenté et m'a dit: «Je t'écoute depuis tantôt et tu fais une bonne job. Ça sonne naturel ton affaire.»

Après l'effet de surprise, je lui ai répondu: «Ben merci. Probable parce que j'adore ça. Chu dans mon élément lorsque j'anime et ajoute à ça le hockey en plus...chu comblé.»

Y a pas de faux ni de p'tit bonheur.

Samuel: «J'adore le hockey. Je vais souvent aux Remparts tout seul pour l'atmosphère d'aréna avec mon écouteur dans l'oreille pour la description du match à la radio», dit-il avec l'approbation de l'homme à ses côtés qui était son grand frère, hochant la tête avec les yeux remplis de fierté. Il se retourne vers lui et avec son plus beau sourire lui dit : «Pouvoir voir, c'est ça que je ferais parler au monde, jaser de hockey pis les croiser dans une ambiance festive comme icitte. Je ne ressens rien de mal, que du positif. T'es chanceux Patrick de pouvoir faire ça, mais je le sens dans ta voix que tu le sais. Ça me fait du bien de savoir ça. Chu doublement fort de l'ouïe en n'ayant pas la vue. La perdre m'a permis de pouvoir profiter de la vie encore plus. Pas avoir compris ça, je serais peut-être même déjà pu là.»

J'ai pas su quoi dire exactement à ce moment à part le remercier...très maladroitement : «C'est une belle façon de VOIR les choses.» (Bravo Pat!)

Samuel a ri pendant que moi je voulais fondre.

Merci d'être venu me voir. Parce que oui tu vois. Pas mal plus que bien des gens qui ont leurs deux yeux.

Y m'en a pas tenu rigueur, et tout ça avec sa main sur mon épaule durant le temps qu'il me disait tous ces mots qui m'ont pogné au coeur. On a jasé un bon 15 minutes du Canadien et du hockey en général. Y connaît ça. Son frère a ajouté que la prochaine fois qu'ils reviendront, Samuel souhaiterait être celui qui répondra à mes questions de hockey que je pose aux clients à chacun des matchs. Il y avait pensé la première fois qu'il est venu, mais il était trop mal à l'aise de venir me le demander. Là il l'a fait pour lui et je lui ai assuré qu'il serait questionné la prochaine fois.

Y a pas de faux bonheurs.

Samuel m'a salué et est retourné s'asseoir pour entendre le match. Son frère lui décrivant à l'oreille chacun des buts ou les beaux jeux de l'une des deux équipes. C'était beau à voir. Son bonheur dans sa face me donnait envie qu'il y ait des buts à profusion juste pour revoir cette scène fraternelle. Ça m'a saisi encore une fois de constater qu'on veut souvent toujours plus sans (trop souvent) prendre le temps de profiter pleinement de ce qu'on a. C'est simple comme remarque, mais on se rend jamais compte de ce qu'on a justement parce qu'on l'a. L'acquis c'est néfaste. Faut pas. Jamais.

À une prochaine fois Samuel! Je t'accueillerai avec plaisir toi et ta joie de vivre. À ton retour, dès que tu le voudras, tu seras mon fan de hockey qui répondra à mes questions.

Ton geste d'avoir pris la peine de venir me parler m'a touché et est tombé drette dans l'oeil. Celui qui me reste. Ouin, pour ma part c'est de naissance, avoir juste un oeil et entendre ça de ta part, ça te remet les choses en perspective sur un moyen temps...

Merci d'être venu me voir. Parce que oui tu vois. Pas mal plus que bien des gens qui ont leurs deux yeux. Voir, ça vient du cœur pis le tien lui n'est pas non-voyant. Tu m'as fait du bien et probablement sans le savoir, car je n'ai pas su quoi te dire à part «Merci».

Y a pas de faux bonheurs. Que ce soit celui où l'on ne cligne même pu des yeux qui pleurent de joie quand le chien du film retrouve finalement son chemin et son maître (alors qu'il n'était en réalité ni perdu et que ce n'était même pas son maître (c'est un film!) ou de sentir l'amour entre les personnages comme dans Danse lascive alors que les deux acteurs ne pouvaient même pas se sentir en réalité durant le tournage (c'est Patrick Swayze lui-même qui l'a dit!). C'est ça des faux bonheurs, mais des faux bonheurs qui font tellement de bien quand ils sont vécus ou vus. Merci la vie de m'envoyer ces signes, de me faire vivre ces moments heureux et de me faire rencontrer des Samuel pour que je te trouve encore plus belle. Arrête pas ok? T'es surprenante pis c'est parfait comme ça.

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