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L’administration Plante-Dorais sera-t-elle celle du droit au logement?

tout est là pour que la première mairesse de Montréal passe aussi à l’histoire pour avoir fait du logement un droit!

10/11/2017 11:00 EST | Actualisé 10/11/2017 11:59 EST
Boogich via Getty Images
Les engagements sont pris, les élus sont en place, les expertises sont là… Est-ce que la volonté politique va suivre ?

Dimanche soir, pour la première fois dans un discours de victoire électorale, on a parlé des 25 000 ménages en attente sur la liste d'attente de l'Office municipal d'habitation de Montréal. Valérie Plante, en interpellant les gouvernements provincial et fédéral, a fait de l'accès au logement sa deuxième priorité, après la mobilité. Ça tombe bien parce que les besoins sont énormes : à Montréal, 102 480 ménages consacrent plus de la moitié de leur revenu pour se loger dont 4 485 dans le sud-ouest, où le futur président du comité exécutif, Benoit Dorais, a été élu. Mentionner la liste d'attente des HLM et confier l'exécutif à celui qui a déjà été responsable des grands projets, de l'habitation et du logement social à la Ville-centre, c'est bien, mais ça ne suffira pas. Comme nous l'avons chanté lors de nos actions face aux candidats «si tu gagnes tes élections, va falloir passer à l'action».

Des logements sociaux et familiaux sur une banque de terrains et de bâtiments

Valérie Plante a promis 12 000 logements familiaux et abordables. Il se trouve que les seuls logements familiaux et abordables qui se construisent, ce sont les logements sociaux (coopérative ou OBNL d'habitation). Griffintown, dans le Sud-Ouest, en est un exemple éloquent : les condos logent des jeunes professionnels, des étudiants, des touristes sur AirBnB tandis que les familles sont toutes (ou presque) dans les coopératives (Bassin du Nouveau Havre, Thiotake, Griffin et l'Esperluette).

Pour réaliser ces logements, l'administration pourra compter sur ses nouveaux pouvoirs, mais ces derniers nécessiteront surtout que les autres paliers y mettent plus d'argent.

Pour réaliser ces logements, l'administration pourra compter sur ses nouveaux pouvoirs, mais ces derniers nécessiteront surtout que les autres paliers y mettent plus d'argent. Il faudra donc que Valérie Plante soit très proactive pour aller chercher plus de fonds à Québec, et, que la Stratégie nationale sur le logement d'Ottawa garantisse le droit au logement pour toutes et tous en développant du logement social et en préservant l'existant. Elle a jusqu'au 22 novembre, date pressentie pour l'annonce de la Stratégie fédérale, pour rencontrer le ministre fédéral responsable, Jean-Yves Duclos.

Finalement, pour réaliser ces milliers de logements sociaux, il faut dès maintenant se doter d'un plan d'action pour créer une réserve foncière. On ne peut pas seulement miser sur une politique d'inclusion qui, même obligatoire et bonifiée à 20%, ne fait que placer le logement social à la remorque des condos. Il faudra se doter d'un patrimoine à rebâtir, mettre des budgets sur des terrains vacants à sortir de la logique du marché privé. Rencontré par les quatre tables de quartier et les deux comités logement du Sud-Ouest, Benoit Dorais a engagé une administration Plante-Dorais à investir davantage dans les réserves et à exiger des enveloppes spéciales de Québec pour décontaminer les sites. Les comités logement ont justement leur liste de terrains vacants à soumettre.

Une protection du parc locatif pour contrer l'embourgeoisement

On a peu parlé d'embourgeoisement et pourtant, les valeurs de vie de quartier et d'inclusivité si chères à Projet Montréal sont bien mises à mal par l'embourgeoisement des quartiers centraux et des portions plus populaires de nombreux quartiers. Pour garder les familles à Montréal, pour que toutes et tous aient une place et aient accès à un logement décent, il faudra, en plus de développer du logement social, préserver l'existant. Parmi d'autres engagements (taxes aux investisseurs étrangers, programmes pour la rénovation par des propriétaires occupants, etc.) Projet Montréal s'est engagé à rendre publiques les données en habitation en créant un registre des loyers qui comprendrait notamment le prix des loyers. Cette demande historique des groupes de défense des droits des locataires va-t-elle finalement aboutir avec l'administration Plante-Dorais ?

Dans le Sud-Ouest, Benoit Dorais est allé plus loin en adoptant un moratoire contre les conversions en copropriétés divises et dit maintenant travailler dans le sens d'un moratoire pour les copropriétés indivises... Espérons que comme président de l'exécutif, il donnera le ton aux autres arrondissements.

La chasse aux propriétaires délinquants et profiteurs

Le droit au logement, c'est plus qu'un toit sur la tête, c'est aussi avoir accès à un logement sain et sécuritaire. Si le Règlement de la Ville sur la salubrité est bon, il n'est pas appliqué. Valérie Plante est allée dans Parc-Extension dire qu'elle allait faire de la salubrité un cheval de bataille. Comme d'autres avant elle, elle a présenté des engagements concrets, mais qui n'auront un réel impact que s'ils sont tous mis en œuvre. D'ailleurs, dès le lendemain des élections, le Comité d'action de Parc Extension l'interpelait pour qu'elle intervienne auprès d'un immeuble infesté par des rats. Pour cela, il va falloir y consacrer le budget nécessaire. D'ailleurs, dans son arrondissement, Benoit Dorais s'est engagé à embaucher des ressources supplémentaires!

La Canada Malting – 100% social et communautaire

Finalement, un projet en particulier, parmi plusieurs qui sont sur les planches de travail des comités logement et des tables de quartier, pourra servir de test : le redéveloppement de la Canada Malting. Le Collectif #anouslamalting est allé occuper les locaux de campagne de Valérie Plante, à quelques jours du vote. Les militants ont obtenu un engagement manuscrit et signé par Benoit Dorais, au nom de l'administration Plante : « L'administration Plante-Dorais, une fois élue, s'engage à aller négocier avec toutes les parties au dossier (paliers de gouvernement et autres) pour trouver un montage financier afin de réaliser un projet de logements 100% sociaux et communautaires sur le site de la Canada Malting ». Quels fonds seront mobilisés pour répondre aux besoins en logements sociaux des gens du quartier ? Le site sera-t-il mis en réserve pour y permettre un développement 100% communautaire ? La Canada Malting pourrait devenir un des symboles de la réalisation, ou non, des promesses de Projet Montréal.

Alors, en théorie, tout est là pour que la première mairesse de Montréal passe aussi à l'histoire pour avoir fait du logement un droit ! Les engagements sont pris, les élus sont en place, les expertises sont là... Est-ce que la volonté politique va suivre ? Est-ce que la première féministe la tête de Montréal va avoir une approche différenciée et va répondre aux enjeux spécifiques au droit au logement des femmes? C'est un défi que lui lancent les dizaines de milliers de locataires des comités logement, surtout les 25 000 sur la liste d'attente !

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