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Une femme première ministre au pays des samouraïs?

Le Japon demeure une société très conservatrice où les femmes sont souvent confinées à des rôles subalternes.

20/10/2017 09:00 EDT
Issei Kato / Reuters
Yuriko Koike, cheffe du nouveau « Parti de l'espoir », est une femme de 65 ans, ancienne ministre de la Défense et première femme gouverneur de Tokyo.

Le Japon aurait-il trouvé sa Margaret Thatcher? Le Dimanche 22 octobre, les Japonais iront aux urnes et pourraient élire, pour la première fois, une femme au poste de premier ministre.

Yuriko Koike, cheffe du nouveau « Parti de l'espoir », est une femme de 65 ans, ancienne ministre de la Défense et première femme gouverneur de Tokyo. Conservatrice de nature, elle a quand même des opinions libérales sur des enjeux de société, comme les droits des LGBT. Elle préconise une défense nationale forte et est pro-entreprise, dans le modèle thatchérien. Au plan fiscal, déréglementation et réduction des dépenses publiques, elle se rapproche aussi de Margaret Thatcher. Et comme c'était le cas pour l'ancienne dirigeante britannique, les féministes de son pays ne sont guère enthousiastes face à madame Koike.

Son vis-à-vis, Shinzo Abe, le premier ministre actuel et chef des libéraux-démocrates (LDP), pourrait quant à lui devenir la personne ayant occupé le poste de premier ministre le plus longtemps depuis l'avènement de la démocratie dans son pays. Une victoire dimanche le placerait en bonne position.

Le premier ministre avait vu sa popularité augmenter de façon importante, depuis quelques semaines, du fait de sa réaction énergique face à la Corée du Nord.

Comme tout politicien, Abe, chef du parti libéral-démocrate (LDP), cherchait à profiter du désarroi de l'opposition en déclenchant des élections anticipées le mois dernier, mais l'émergence rapide du nouveau Parti de l'espoir bouscule ses calculs. Le premier ministre avait vu sa popularité augmenter de façon importante, depuis quelques semaines, du fait de sa réaction énergique face à la Corée du Nord. Cependant, le fait, plutôt rare, qu'il préconise ouvertement une augmentation de 2% de la taxe de vente, pour financer des programmes sociaux, semble lui causer des problèmes auprès du même électorat. Il est rare que des contribuables acceptent avec enthousiasme l'idée de nouvelles taxes! On se souviendra comment la TPS a pesé lourd dans la dégringolade des Conservateurs de Brian Mulroney et que, inversement, la promesse opportune (et non tenue) de Jean Chrétien de l'abolir, joua un rôle majeur dans l'élection fédérale de 1993.

Après une ascension fulgurante qui porta Yuriko Koike au poste de Gouverneure de la capitale nipponne l'an dernier, malgré l'opposition des bonzes de son ancien Parti, et un départ-canon dans les intentions de vote pour le Parti de l'espoir, il semble cependant, si on se fie aux derniers sondages, que l'enthousiasme des électeurs refroidisse à mesure que le scrutin approche. Mais si Koike n'atteint pas son objectif maintenant, elle sera en bonne position, en devenant la deuxième force politique du Japon et en conservant son influent poste à Tokyo, de devenir l'alternative au LDP lors des élections suivantes, surtout si les Olympiques de 2020, qui se tiendront dans sa ville, sont une réussite.

Je ne sais pas si Mme Koike doute de son élection le 22 octobre, mais elle est mentionnée comme invitée d'honneur, le lendemain, à Paris!

Le Japon demeure une société très conservatrice où les femmes sont souvent confinées à des rôles subalternes. Peu importe l'issue du scrutin de dimanche, l'émergence de madame Koike nous informe cependant que, lentement mais sûrement, le pays des geishas et des samouraïs est en train de connaître des mutations profondes.