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L’automobile: fléau apporté à nos sociétés

Le rêve est en train de tourner au cauchemar, en Asie en particulier. Il est temps de revoir notre façon de concevoir la mobilité.

27/11/2017 09:00 EST | Actualisé 27/11/2017 10:58 EST
VCG via Getty Images

Je ne suis pas un ennemi de l'automobile. J'en possède une, mais je rêve du jour où je pourrai effectivement m'en passer. En ville, j'utilise le transport en commun autant que possible. Et je suis fier d'avoir coordonné la préparation de la première politique québécoise sur l'électrification des transports en 2013.

Nos villes et nos artères de communications, au 20e siècle, ont été conçues en fonction des autos. Symbole de statut et outil par excellence incarnant mobilité et liberté de mouvement, l'automobile fait partie du « rêve américain », tant aux États-Unis qu'ailleurs dans le monde. Mais le rêve est en train de tourner au cauchemar, en Asie en particulier. Il est temps de revoir notre façon de concevoir la mobilité.

On savait déjà que Londres, pour limiter la congestion et la circulation au centre-ville, imposait de lourdes taxes sous forme de permis. La Presse nous informait récemment que Singapour, petit État surpeuplé, imposait désormais une taxe de 49 000 $ par véhicule. Certains disent qu'une telle mesure ne peut être adoptée que dans un pays autoritaire, mais le jour viendra où, sous la pression du réchauffement climatique, d'autres pays et villes devront prendre des mesures similaires tout en développant, en parallèle, une véritable offre de transport en commun et d'autopartage. Des villes chinoises imposent aussi des permis spéciaux ou la circulation en alternance lors des grands épisodes de smog. Même en faisant abstraction de la pollution, il est devenu presque impossible de circuler ou de se garer à Beijing ou Shanghai.

Ailleurs en Asie, les épisodes de smog dangereux se succèdent en Inde. Sur les 20 villes les plus polluées au monde, 10 sont situées dans ce pays.

Des centaines de millions de personnes sont touchées, quotidiennement, par une pollution qui souvent équivaut à fumer deux paquets de cigarettes par jour!

Cette pollution affecte la production économique (-3% du PIB environ) et, surtout, la santé publique. Des centaines de millions de personnes sont touchées, quotidiennement, par une pollution qui souvent équivaut à fumer deux paquets de cigarettes par jour!

En Inde comme en Chine, le nombre de décès prématurés, chaque année, causés par la pollution, se chiffre à 1,7 million et 1,4 million de personnes, respectivement! Ces chiffres sont même considérés comme inférieurs à la réalité par certaines études. 1,5 million de morts, par année, cela équivaut à huit Airbus A380 tombant du ciel chaque jour! Accepterions-nous cela, si c'était le cas? Ne dirions-nous pas qu'il faut agir sans délai?

En 2003, le marché indien était de 700 000 nouveaux véhicules et celui de la Chine se chiffrait à environ deux millions d'automobiles neuves.

Je ne dis pas que les Asiatiques n'ont pas droit à l'automobile, mais seulement que là-bas, comme ici, il nous faut repenser nos façons de nous déplacer et, si nous voulons tous respirer de l'air plus propre, et mettre fin à la spirale suicidaire autopollution. Car il n'y a pas de doute que l'accroissement des flottes de véhicules personnels compte pour beaucoup dans l'augmentation de la pollution atmosphérique en Asie. Le nombre de voitures vendues en Chine est présentement de 2 800 par heure et 25 millions par année! En Inde, les ventes d'autos, qui se situent actuellement à plus de 3 millions d'unités par an, pourraient atteindre 13 millions en 2026. À titre de comparaison, les marchés automobiles américain et européen enregistrent chacun des ventes annuelles d'environ 18 millions de véhicules. C'est trop! Partout! Mais en Asie l'augmentation est exponentielle! En 2003, le marché indien était de 700 000 nouveaux véhicules et celui de la Chine se chiffrait à environ deux millions d'automobiles neuves.

À ce rythme-là, quand on sait que la pollution ne connait pas de frontières et qu'elle voyage loin, nous pourrons bientôt constater à quel point le legs occidental de la voiture familiale, et son exportation ailleurs dans le monde auront été un cadeau empoisonné pour la planète!