LES BLOGUES

Comment créer une ville fantôme?

Pour ceux et celles qui ont déjà vécu en Chine à cette période de l'année, le contraste est saisissant entre la vie trépidante et les foules omniprésentes, qui sont le lot habituel des villes chinoises, et cette période festive où tout tourne au ralenti.

12/02/2018 09:00 EST | Actualisé 12/02/2018 10:14 EST
Aly Song / Reuters

Le Nouvel An chinois, cette année, sera célébré le 16 février et les familles se réuniront pour des agapes la veille, un peu comme nos réveillons de Noël, ici.

Ce sera donc le début de l'année du Chien, dont on dit qu'elle doit favoriser honnêteté et pragmatisme. Personnellement, je ne crois pas aux zodiaques et horoscopes, mais beaucoup de Chinois y prêtent une attention énorme, et ce depuis des millénaires.

Pour ceux et celles qui ont déjà vécu en Chine à cette période de l'année, le contraste est saisissant entre la vie trépidante et les foules omniprésentes, qui sont le lot habituel des villes chinoises, et cette période festive où tout tourne au ralenti. Les rues, les bus, métros, etc. se vident littéralement.

Le changement vient du fait que l'urbanisation accélérée du pays s'est produite au prix de l'abandon des campagnes. Les familles, surtout les parents et les grands-parents, sont souvent restées derrière, dans le village natal, et la tradition veut que les réunions familiales se déroulent dans le foyer d'origine. Ces retours à la maison, par centaines de millions, forment la transhumance la plus importante au monde.

Ces retours à la maison, par centaines de millions, forment la transhumance la plus importante au monde.

Ces déplacements exigent une organisation phénoménale et il faut bien reconnaître que les autorités chinoises arrivent, malgré la ressemblance à du chaos sur le terrain, à gérer ces déplacements avec une efficacité remarquable. En plus des déplacements par automobile, sur un réseau autoroutier en constante expansion, des trains supplémentaires, des autocars, des vols spéciaux sont ajoutés à la desserte normale. On estime à trois milliards le nombre de déplacements qui seront effectués, cette année, pendant la période du Nouvel An chinois! Bien sûr, certains tentent de profiter de la situation par un marché noir de billets, mais diverses exigences administratives, au moment de l'achat des tickets, permettent maintenant de limiter ces abus.

Cette grande transhumance annuelle provient donc de la création de villes champignons permanentes et produit, en cette période festive, des villes fantômes temporaires. Le présent lien vous donnera une idée du désert que deviennent les cités chinoises. Je me souviens de carrefours ou de rues où, en période normale, la traversée est excessivement dangereuse (car les automobilistes ne respectent pas la priorité aux piétons), qui se transforment en avenues quasi désertes que l'on peut presque franchir les yeux fermés, pendant quelques jours, pendant la période des festivités.

La force des traditions

La plupart des logements étant trop petits, on se réunit dans les restaurants (qu'il faut réserver plusieurs mois à l'avance) et ceux-ci souvent bousculent la clientèle, car ils doivent faire rouler les repas de façon à offrir deux plages horaires de souper, le même soir, pour chaque table, afin de répondre à la demande et de maximiser les profits. Et, comme chez nous, on profite de l'occasion pour manger des mets traditionnels, qui varient selon les régions, ou des plats spécifiquement associés au début de la nouvelle année.

Une autre tradition veut que pétards et feux d'artifice soient utilisés à profusion, à un point tel que la pollution atmosphérique connait des pics inquiétants pendant un jour ou deux. La pétarade est incessante et vous garde éveillés toute la nuit, parfois pendant deux jours. Certaines villes ont bien tenté de proscrire les pétards, mais cette tradition millénaire est impossible à contrôler. C'est un peu comme si on voulait interdire les décorations de Noël ici. Une fonction des pétards et du bruit qu'ils font est d'éloigner les mauvais esprits et ainsi assurer que l'année qui commence portera chance. On revient donc aux croyances millénaires dont je parlais au début. Pendant la Révolution culturelle, même avec ses vigoureuses dénonciations des « superstitions » et des quatre « vieilleries » (habitudes, coutumes, culture et idées) dont il fallait libérer le peuple, on n'aura pas réussi à éradiquer ces croyances.

Il y aurait bien d'autres traditions à relater relativement au Nouvel An et au calendrier chinois, mais l'espace nous manque.

Des obligations professionnelles m'empêchent d'être là-bas, cette semaine, pour partager ces nombreuses et souvent belles traditions. Mais, je puis au moins dire, à ma famille et à mes amis chinois,新年快乐 (Bonne année!)

​​​​​​​