LES BLOGUES

Elle est comment, l'Afrique secrète de Mbonimpa?

01/03/2015 07:20 EST | Actualisé 01/05/2015 05:12 EDT

Dès les premières pages, Diangombé, l'Immortel transporte son lecteur au XVe siècle sous le chaud soleil d'Afrique, rien de mieux pour oublier les risques d'engelure qui accompagnent ponctuellement l'hiver canadien.

Plongé au cœur de l'Afrique des Grands Lacs, le lecteur assiste aux premiers balbutiements d'une secte composée d'initiés qui refusent de prendre les armes pour défendre le royaume qu'ils habitent contre leurs voisins. Si de prime abord le sujet peut sembler un peu cliché pour un livre qui se déroule en sol africain, par son style original, l'auteur convainc rapidement le lecteur qu'il aura plutôt droit à une histoire fascinante.

Jouissant d'une protection sans borne, Diangombé est le seul homme en pleine possession de ses moyens du royaume du Rwanda qui a pu se soustraire aux combats sans avoir à craindre les représailles de son roi. Ne pouvant étendre la protection dont il bénéficie à son fils unique Binégo, Diangombé voit clair dans le jeu du roi qui tente d'asseoir sa suprématie en envoyant le jeune homme au front deux fois plutôt qu'une. Si une blessure a écourté son premier service, on perd la trace de Binégo au terme d'une bataille sanglante. Cette disparition étant la goutte qui fait déborder le vase, Diangombé réagit et met sur pied ce qui deviendra la secte des Immortels. Il incite donc les membres, appelés Obscènes, à se rebeller contre le pouvoir en place en refusant de prendre les armes et en rejetant les tabous sexuels.

Malgré la place réservée aux éléments mystiques, le lecteur occidental n'est pas trop dépaysé puisque les fondements de la société secrète s'apparentent à un discours humaniste contemporain. Le parallèle avec le monde d'aujourd'hui ne s'arrête pas là, les royaumes Nkore, Rwanda, Burundi, Buha, Bushi et Karagwe où la secte de Diangombé avait élu domicile abritent encore les Obscènes de nos jours, même si ces royaumes ont depuis cédé leur place aux pays que sont le Burundi, l'Ouganda, le Rwanda, la Tanzanie et la République démocratique du Congo.

Autre point fort du livre, en périphérie du récit principal, quelques histoires secondaires renforcent la vraisemblance de celui-ci. Plutôt que de faire ombrage au personnage principal, bien imbriquées les unes avec les autres, les trames secondaires permettent au lecteur d'avoir une meilleure compréhension du portrait familial de Diangombé et de ses dynamiques.

Le style narratif choisi,qui consiste à donner la parole à plusieurs personnages le temps d'un chapitre, nourrit le rythme cadencé du roman. En alternance, les personnages principaux font avancer l'histoire en racontant les événements selon leur perspective, ce qui permet au lecteur d'avoir une vue d'ensemble de l'intrigue. Seul bémol attribuable à ce style de narration, étant donné le nombre élevé (sept) des personnages qui prennent la parole, il est plus difficile de bien situer le rôle des narrateurs secondaires puisqu'ils ne s'expriment qu'à quelques reprises.

Publié chez Prise de parole, le cinquième ouvrage que signe Melchior Mbonimpa, auteur franco-ontarien d'origine burundaise, pourrait bien suivre les traces de ses œuvres précédentes et être primé.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Livres québécois à surveiller en 2015

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter