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Les monnaies cryptées sont-elles des actifs toxiques?

L'expression toxique vient de ce que leur impact sur les comptes des institutions financières est dévastateur.

17/01/2018 09:00 EST | Actualisé 18/01/2018 12:51 EST
Dado Ruvic / Reuters

Les actifs toxiques sont des actifs inscrits dans les bilans sans avoir été acquis et payés et qui disparaissent. Pire, il arrive que ces actifs n'aient jamais existé. Les opérations Madoff étaient de ce type.

L'expression toxique vient de ce que leur impact sur les comptes des institutions financières est dévastateur. Ils introduisent le doute sur leur véracité. Si la réalité d'un actif ou d'une classe d'actif est contestable, on peut se demander jusqu'à quel point elle pollue l'ensemble des actifs détenus par une institution financière, banque ou fonds d'investissement, ou assurance.

Les monnaies cryptées comportent des risques de toxicité sociale

Leur toxicité est de la même espèce que les produits « Madoff » : le sous-jacent des monnaies cryptées est inexistant. Les monnaies cryptées ne sont en effet, ni de l'or métaphorique ou cryptique, ni des créances sur un tiers de confiance quelconque ou des agents de l'économie, leur valeur ne tient que par la capacité des porteurs à partager une illusion et à la faire partager, exactement comme les porteurs des fonds Madoff partageaient l'illusion de rendements impossibles.

Par elles-mêmes, vis-à-vis des épargnants leur toxicité prend des proportions inquiétantes. De même que dans la plupart des cas d'escroquerie de type « Ponzi » les victimes n'accusent pas d'abord l'organisateur de l'escroquerie, de même les acheteurs de monnaies cryptées s'en prennent aux régulateurs les accusant de « nier » leur « réalité », de « dénier » aux monnaies une valeur d'actif et de vouloir en minorer les vertus en prétendant les réguler. L'exemple récent de la protestation des porteurs sud-coréens contre la volonté des pouvoirs publics de « bannir » les crypto-monnaies et leurs échanges est symptomatique de la façon dont le bitcoin, en particulier, s'est installé dans « un imaginaire » financier populaire.

La toxicité sociale des monnaies cryptées est très exactement de même nature que les fameuses spéculations sur le sucre dans le courant des années 1970 en France ou que les spéculations sur les actions de la compagnie des indes occidentales (banqueroute de Laws) au 18e siècle.

Sur ce plan de la toxicité sociale, on rappellera la partie « argent sale » du bitcoin et de nombreuses autres crypto-monnaies. On sait aussi, le rôle qui leur est attaché dans la fraude fiscale (TVA et dissimulation de revenus et de plus-values). Ces derniers aspects vont directement à l'encontre de la recherche menée depuis quelques années d'une transparence mondiale du traitement fiscal des opérations financières et bancaires !

La toxicité financière s'accroît

Le nouveau danger vient d'opérations qui relèvent de techniques banales aux yeux de leurs parties prenantes. Les opérateurs américains, le CBOE, suivi de son concurrent Chicago Mercantile Exchange (CME Group), et peut-être en 2018 par le Nasdaq, ont mis en place des contrats à terme sur bitcoin ce qui n'a pas peu contribué à faire flamber cette crypto monnaie. L'intérêt de ces contrats est de pouvoir acheter des actifs en usant d'effets de levier : le paiement porte sur une fraction de l'achat à terme. Les organismes qui ont lancé ces contrats, prudents, ont prévu des déposits de sécurité importants... ce qui les protège, mais pas le marché. Paradoxe, le bitcoin conçu pour se passer des banques doit son développement le plus récent et l'explosion de ses cours à l'arrivée des banques sur le marché ! Retenons surtout qu'une masse de crédits de plus en plus importante est destinée à financer la spéculation directe (achat de bitcoin ou de tout autre monnaie cryptée), ou indirecte, (achat de produits dérivés). En cas de chute du bitcoin, les effets seront multipliés.

Mais les investisseurs « officiels », les gérants de fonds s'y mettent aussi : le britannique Man Group, qui gère près de 100 milliards de dollars, par exemple. Et c'est ainsi que se créent des fonds pour investir dans le bitcoin et toutes autres monnaies cryptées. Ils vont se trouver intégrés dans les politiques de gestion « de fonds de fonds ». Ils iront se nicher dans des classes d'actifs destinées à « booster » les rendements. C'est exactement ce qui s'est passé dans l'affaire « Madoff ». Des investisseurs particuliers ou des entreprises découvrirent que leurs investissements comprenaient des actifs dont ils n'avaient jamais entendu parler « les fonds madoff » et dont la valeur, plongea vers 0, ruinant leur épargne ou leurs liquidités.

La coopération douteuse des monnaies cryptées et des ICO

C'est un des aspects les moins connus de l'industrie des crypto-monnaies : les fameux Coins, vendus selon des techniques plus ou moins claires (et souvent pas du tout transparentes), sont très rarement payés en monnaies officielles, mais en monnaies virtuelles. Pour participer à une ICO (initial coin offering) il faut disposer de réserves en bitcoin, ether ou autres monnaies cryptées. La situation devient alors « ubuesque » : des actifs qui n'en sont pas, les coins ou tokens comme on voudra les nommer, sont acquis via des monnaies qui n'en sont pas !

L'explosion des ICO, s'est transmise naturellement aux monnaies cryptées : pour participer à une ICO, il faut avoir préalablement acquis les premières.

L'explosion des ICO, s'est transmise naturellement aux monnaies cryptées : pour participer à une ICO, il faut avoir préalablement acquis les premières. Le marché des ICO, s'emballant de son côté, des fonds d'investissement ayant décidé de créer des « poches » spécialisées, les cours des ICO, suivent dans l'exubérance générale et fournissent alors les fiat money nécessaire au développement des starts-ups concernées et aussi des entreprises un peu moins start-ups.

Or, l'émission de ces « coins » et « tokens » n'est absolument pas régulée. Les autorités financières ne les reconnaissent pas et se contentent de répéter que ne s'agissant pas d'actifs financiers, les épargnants ou investisseurs doivent être prudents et prennent leurs risques sans aucune garantie.

Tant pis pour eux si cela tourne mal ! Et tant pis pour eux aussi si des gestionnaires d'actifs en mal de rendements intéressants décident d'inclure « tokens » et « coins » dans des classes d'actifs à fort rendement et s'en servent pour « booster » des fonds endormis. Voir plus haut! Terminons sur un des aspects les plus sournois du marché des crypto-monnaies: la diffusion des euphories. Le bitcoin monte, alors, le dodge coin! Le dodge coin, alors le dollarcoin et toutes ces monnaies dont certaines parfaitement confidentielles font écho à la montée de l'une d'entre elles. Les spéculateursespérant que les monnaies concurrentes suivront le même chemin, quelque soit la valeur ou l'intérêt de ces monnaies secondaires.

On entend dire que les volumes concernés sont faibles au regard de la masse totale des actifs sous gestion. C'est exact, si on ne considère, monnaies cryptées, Coins et tokens etc que sous leur valeur directe. En revanche, si on inclut, la chaîne des produits dérivés et des crédits qu'ils induisent, la chaine des crédits consentis aux particuliers ou entreprises pour leur permettre d'investir dans ces précieux actifs virtuels, les montants prennent une autre dimension.

Et puis, l'expérience Madoff ainsi que celle des sub-primes est là pour rappeler que les catastrophes financières ne demandent pas le déplacement de masses considérables d'argent pour être enclenchées.

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