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Pourquoi les anglos veulent-ils quitter le Québec?

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Il faut se mettre à leur place. Essayez un peu. Enfilez leurs pantoufles. Installez-vous dans leurs fauteuils. Regardez leurs télés. Suivez leurs médias. Et imaginez qu'un matin on vous apprend que des inspecteurs de «la police de la langue» interdisent à des restaurants italiens de mettre des pasta dans leur menu, empêchent des établissements d'inspiration parisienne de mettre WC sur la porte de leurs toilettes et exigent que des chefs réputés comme Joe Beef soient débaptisés pour désormais s'appeler José Bifteck ou Gérard Bavette.

Les anglos de Montreal (sans accent) écoutent peu les radios qui diffusent à l'est de Crescent street. Leurs journaux reflètent une réalité qui s'éloigne rarement de celle du shopping center Fairview Pwoint Clèwe. Ils baignent dans un monde qui ne connaît ni Patrick Huard ni Véronique Cloutier.

Il faut comprendre leurs craintes. Leurs médias leur font croire que Pauline Marois va les obliger à parler français, qu'on va fermer leurs écoles, qu'ils ne pourront plus se choquer dans la langue de sa précieuse majesté du Canada. On leur répète que les francophones sont des racistes, que les politiques péquistes s'apparentent à des épurations ethniques et que le Québec qui se sépare va dériver dans l'océan tel un iceberg en train de fondre au milieu de l'Atlantique Nord.

Comme ils n'ont pas, ou peu, d'amis ou de voisins francophones pour les rassurer, ils ne peuvent pas savoir que tout ça n'est pas vrai. Ils ont donc fini par le croire. Comme d'autres croient en Dieu, en la Charte ou en Raël.

C'est un peu comme les affirmations de François Legault, le Bonhomme 7 heures de l'Assemblée nationale, qui déclare à tout bout de Twitter que des centaines, que dis-je, des milliers d'entrepreneurs sont en train de fuir le Québec. Si vous n'avez pas d'amis dans le business pour vous affirmer le contraire, vous doutez. Et, à force de le lire sous la plume de Richard Martineau, vous le croyez.

Mais revenons à nos anglos. Dans le West Island, ils frémissent. Ils pensaient vivre depuis des générations au Canada.

Les seules infos sur la francophonie qu'ils reçoivent, ce sont les éditoriaux d'André Pratte ou de Lysiane Gagnon qui martèlent que les Québécois devraient faire preuve de plus d'ouverture, qu'ils sont fermés au progrès (économique) et à la différence (religieuse), qu'ils n'ont pas compris que l'anglais était la langue du succès, que ce sont des pleutres, des fainéants, un petit peuple sans envergure,...

Les Anglos-Québécois se remettaient à peine de leur quasi défaite du référendum de 1995 que Pauline Marois est revenue les hanter avec ses rêves de souveraineté. Ils ont tout de suite entendu «séparation», «Charte», «exclusion». Et ils ont eu peur.

Tant qu'on ne les invitera pas à souper, tant qu'on ne leur fera pas lire nos auteurs et écouter nos chanteurs, tant que les indépendantistes ne les incluront pas dans leurs projets et dans leurs rêves, les Anglos-Québécois continueront de penser que les péquistes sont des nazis, que Pauline Marois est une Führie et que les Québécois sont des barbares.

Ils ne se rendent pas compte qu'eux aussi sont des Québécois comme les autres.

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