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La drôle de guerre

29/03/2016 10:11 EDT | Actualisé 30/03/2017 05:12 EDT

Encore une fois, l'Occident est plongé dans l'effroi et l'horreur. Après Paris, c'est au tour de Bruxelles de compter ses morts. Les lâches ont encore frappé.

Impuissants, sous le choc, les Bruxellois comme les Parisiens exorcisent leur peine par des rassemblements pacifiques autour de bouquets de fleurs et de petites chandelles allumées en souvenir des disparus. Pendant ce temps, à l'Assemblée nationale française, d'une voix grave, Manuel Valls tente de chausser les chaussures beaucoup trop grandes de Clemenceau. Il répète à l'envie : «Nous sommes en guerre!»

Mais contrairement au Père la Victoire qui, en 1918, disait : «Ma politique étrangère et ma politique intérieure, c'est tout un. Politique intérieure? Je fais la guerre. Politique étrangère? Je fais la guerre. Je fais toujours la guerre», les mots de l'actuel premier ministre sonnent creux. Aucune résonnance chez les Français.

Dans ces moments de détresse, Valls et Hollande n'incarnent pas la France en guerre. En Occident, nous avons l'impression de compter nos morts, d'être sur la défensive, toujours en réaction en attendant le prochain attentat en sachant qu'un jour ou l'autre, notre tour viendra.

Pourtant, sans rien enlever au caractère tragique des attentats, l'Occident riposte. Chaque jour, nos avions décollent pour asséner des coups terribles aux troupes de l'organisation État islamique. Enfin, les avions des autres puisqu'au Canada, sous la direction de Trudeau et Dion, il semblerait que nous ne sommes pas en guerre avec ces gens-là.

Mais voilà, les médias n'en parlent que très rarement.

Dans une guerre, le peuple a besoin d'être soutenu. Il a besoin d'images fortes, comme celle de ces soldats américains hissant la bannière étoilée à Iwo Jima. Après chaque bataille, Napoléon rédigeait le Bulletin de la Grande Armée. Simple et percutant, le récit était formulé de telle manière à exalter le peuple français, à le ranger derrière lui et l'armée. Il avait compris qu'une guerre se gagne d'abord par la maîtrise des communications, concept que semblent avoir oublié nos dirigeants actuels, puisque c'est l'État islamique qui a gagné cette bataille qui se joue désormais sur les médias sociaux.

Il y a quelques jours, nous apprenions que l'armée syrienne, grâce au soutien de l'aviation russe, avait repris la cité antique de Palmyre. La victoire est d'importance, puisqu'elle permet aux troupes syriennes de contrôler un important carrefour routier au centre du pays. Si les médias du monde annoncent cette nouvelle comme une importante victoire dans la lutte contre l'État islamique, s'ils claironnent qu'il s'agit d'un tournant, ce qui est vrai en l'occurrence, cela sonne faux à nos oreilles et, surtout, à celle des Parisiens et des Bruxellois.

Il y a deux ans environ, Barack Obama et François Hollande n'ont-ils pas exprimé le désir de chasser Bachar Al-Assad du pouvoir par les armes? Ne parle-t-on pas en ce moment de processus de transition en Syrie? Et puis, dans le passé, les médias n'ont-ils pas assez condamné le caractère odieux de ce régime qui foule aux pieds les droits de l'homme? Avec cette grande victoire à Palmyre, nous sommes tous conscients que les assises du dictateur s'en retrouvent maintenant renforcées, qu'il sera très difficile, voire impossible à chasser du pouvoir.

Quant à Vladimir Poutine, dont le curriculum n'est plus à faire, n'a-t-il pas dévalisé l'Ukraine en lui prenant la Crimée? Mais est-ce là les alliés qui doivent redonner espoir aux Français, aux Belges et au monde libre? Ce sont eux, les champions de nos valeurs démocratiques que les islamistes tentent de détruire par tous les moyens?

Le problème, c'est qu'en Occident, nous faisons la guerre assis sur notre derrière. Nous pensons que seuls les bombardements réussiront à vaincre l'État islamique.

Or, jamais les bombardements seuls n'ont gagné une guerre. Inévitablement, tôt ou tard, nous devrons envoyer les troupes au sol afin d'en finir avec cette menace. Il nous faudra cesser de pleurer nos morts et couper la tête de l'Hydre de Lerne. Tant que la bête vivra, ses têtes repousseront et elles continueront de frapper dans nos villes.

«Celui qui reste dans ses retranchements, disait encore Napoléon, est inévitablement anéanti.» Il est maintenant temps d'en sortir. Il est maintenant temps de passer de la «drôle de guerre» à la guerre véritable.

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