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Les «mères pour la paix» en Iran demandent une enquête internationale

15/10/2016 09:20 EDT | Actualisé 15/10/2016 09:20 EDT

Le sort réservé à la professeure montréalaise Homa Hoodfar est révélateur de la nature scélérate des autorités iraniennes dont plusieurs ont déjà trempé dans des crimes contre l'humanité. L'Association des femmes iraniennes de Montréal a appelé Ottawa à soutenir la campagne des «mères de la place Laleh» qui revendiquent la justice pour leurs enfants assassinés en Iran.

A l'instar des « Mères de la Place de Mai », une association célèbre des familles dont les enfants ont «disparu», assassinés pendant la «guerre sale» livrée par la dictature militaire en Argentine (1976-1983), des mères iraniennes se rassemblent chaque semaine à la place Laleh de Téhéran pour exiger que les charniers où ont été entassés les corps de quelque 30 000 prisonniers politiques massacrés en 1988, soit découverts et les sépultures de leurs enfants restitués.

Elaheh Machouf et d'autres militantes des droits des femmes à Montréal et dans plusieurs villes à travers le monde, ont récemment lancé la campagne des «Mères pour la paix» et appellent à une enquête internationale sur le dossier de 88 en Iran. Une tragédie qualifiée par Amnesty international de «crime contre l'humanité resté impuni» et dont les auteurs sont toujours en poste à Téhéran.

Une actualité brûlante

Cette actualité douloureuse a récemment rebondi sur la scène iranienne à la suite de la mise en ligne d'une bande sonore compromettante. Il s'agissait d'une conversation de l'Ayatollah Montazeri, ancien dauphin de Khomeiny, fondateur de la République islamique, avec les membres de «la commission de la mort». Une délégation de quatre juges islamistes chargés de mettre en œuvre la fatwa de Khomeiny à l'encontre des opposants politiques. Une tuerie dirigée d'abord contre le mouvement des Moudjahidine du Peuple d'Iran (OMPI), a ensuite ciblé les autres catégories d'opposants et les militants de gauche.

Montazeri dénonce ce carnage comme: « Le crime le plus important commis sous la République islamique et pour lequel nous serons condamnés par l'Histoire. C'est vous qui l'avez commis et c'est pourquoi l'Histoire enregistrera vos noms en tant que criminels et ceux des dirigeants cruels». Ces aveux du numéro deux du pouvoir des mollahs sont un document inédit et accablant sur la responsabilité des dirigeants iraniens. Celui qui fut déchu par Khomeiny et placé en résidence surveillée ajoute : « Des gens ont été condamnés à 5, 10 ou 15 ans d'emprisonnement. Exécuter maintenant ces personnes, alors qu'elles n'ont plus d'activités est inacceptable (...) Des jeunes filles de 15 ans et des femmes enceintes font partie des victimes. Or, dans la jurisprudence chiite, même si une femme est 'Moharreb' (en guerre contre Dieu), elle ne doit pas être exécutée. C'est ce que j'ai dit à Khomeiny, mais il a répondu, non, exécutez aussi les femmes. »

La justice iranienne continue d'utiliser la peine de mort à un rythme effréné et comme un outil de gouvernance, faisant de l'Iran le pays qui détient le record mondial du nombre d'exécutions par tête d'habitant.

Le mois dernier, le ministre de la Justice du gouvernement Rohani, qui a fait partie de «la Commission de la mort», a revendiqué le crime, affirmant avec une insolence digne de Daech: «je n'ai fait qu'accomplir la volonté de Dieu et la fatwa de l'imam». La justice iranienne continue d'utiliser la peine de mort à un rythme effréné et comme un outil de gouvernance, faisant de l'Iran le pays qui détient le record mondial du nombre d'exécutions par tête d'habitant. Les ONG ont répertorié plus de 1 000 exécutions en 2015.

Dans son sinistre décret religieux, Khomeiny avait écrit : «Tous ceux qui sont emprisonnés à travers le pays et qui persistent dans leur hypocrisie sont condamnés à mort, car ils sont en guerre contre le Dieu. Il serait naïf d'être clément à l'égard de ceux qui ont déclaré la guerre à Dieu. L'intransigeance de l'Islam à l'égard des ennemis de Dieu fait partie des principes intangibles du régime islamique. J'espère que votre colère et votre haine révolutionnaire contre les ennemis de l'Islam produiront la satisfaction du Dieu. Que les Messieurs chargés de prendre les décisions ne fassent preuve d'aucune hésitation, ni doutes, ni atermoiement. Ils doivent s'efforcer à réprimer les mécréants avec la plus grande violence. » Dans une missive séparée, il insiste : « Si la personne maintient son soutien aux hypocrites (terminologie officielle du régime pour designer l'OMPI) la sentence sera l'exécution. Anéantissez immédiatement les ennemis de l'islam. Accélérez la mise en application du verdict.»

Appels de parlementaires canadiens et québécois

Dans une conférence de presse sur la Colline du Parlement, le 6 octobre dernier, des députés et des représentants de la communauté iranienne, notamment des témoins oculaires du massacre de 1988, ont exhorté le gouvernement canadien à mettre en œuvre une motion adoptée par le parlement en 2013. Sur motion proposée par le NPD en juin 2013, le Canada a été le premier pays à reconnaitre la tragédie de 1988 de «crime contre l'humanité» et désigner le 1er septembre comme «journée de solidarité avec les prisonniers politiques iraniens».

L'ouverture d'une enquête sur ce dossier peut signaler le début de la fin pour un régime fragile et détesté par son peuple.

Par ailleurs, une motion adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale du Québec, a commémoré le triste 25e anniversaire du massacre de 88. «L'Assemblée nationale du Québec condamne le massacre de milliers de prisonniers politiques survenu en Iran au cours de l'été 1988», déclarait la motion présentée par le député de Mercier, Amir Khadir (qui est mon frère). Ces victimes ont été exécutées uniquement parce qu'elles refusaient de renoncer à leurs idées. Plusieurs instances internationales estiment que ce massacre constitue un crime contre l'humanité.»

Les Iraniens du Québec, comme du reste du Canada, appellent Ottawa à initier auprès des Nations unies une enquête internationale sur la terrible tragédie. L'ouverture d'une enquête sur ce dossier peut signaler le début de la fin pour un régime fragile et détesté par son peuple. C'est uniquement la fidélité à nos principes et notre fermeté qui peut enfin faire stopper ce régime qui perpétue une culture de violence, dont le lâche assassinat de la courageuse Zahra Kazemi n'en a été qu'un des tristes épisodes.

Depuis la mort sous la torture de la photojournaliste irano-canadienne, Ottawa a été chaque année au Conseil des droits de l'homme des Nations-Unis, l'initiateur d'une résolution sur la situation des droits humains en Iran. Dans son projet de résolution en cours, Ottawa devrait prendre en compte les derniers développements relatifs au dossier du massacre de 88 et rompre avec l'odieuse impunité.


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