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Iran: il faut placer les Gardiens de la révolution sur la liste des entités terroristes

Le Canada doit continuer à conditionner la reprise de ses relations avec l’Iran à la libération des prisonniers politiques et à un l’arrêt des exécutions arbitraires.

16/11/2017 06:00 EST | Actualisé 18/11/2017 10:08 EST
Getty Images/iStockphoto

Le projet de loi S219

« Rejetez le projet de loi S219 : les sanctions non-nucléaires contre l'Iran » est le thème d'une campagne lancée par le Bijan Ahmadi, président du Congrès irano-canadien. Considéré par de nombreux Canadiens d'origine iranienne comme un lobby insolent du régime iranien, le « Congrès », dont le site internet ne s'intéresse guère à la situation des droits humains dans le pays, fait pression sur le gouvernement canadien pour reprendre ses relations diplomatiques et les investissements dans un pays dont l'économie est fortement dominée par les Pasdaran.

Ce groupe qui s'affiche comme le « Congrès irano-canadien », basé à Toronto, œuvre pour une normalisation des relations avec le régime iranien, alors que celui-ci reste tout aussi inflexible à l'égard de son propre peuple, à qui il nie les droits humains les plus élémentaires. Sur la scène internationale, le régime persiste à renforcer l'armée des Gardiens de la Révolution (Pasdaran) qui poursuit un programme balistique menaçant, attise les conflits régionaux et étant sa marque totalitaire de l'islam avec la promotion de mouvements extrémistes.

Au Sénat canadien, le projet de loi du sénateur David Tkatchuk visant à «dissuader l'Iran de parrainer des actes constituant du terrorisme, de l'incitation à la haine et des violations des droits de la personne», a été débattu avec intensité la semaine dernière.

Le « lobby » qui a le soutien de Majid Jowhari, un député fédéral d'origine iranienne, proche du régime islamiste, a cherché à faire diversion en détournant les propos d'une sénatrice. Linda Frum qui appuie le projet de loi, avait déclaré que ce projet visait« un objectif moral et éthique, c'est-à-dire surveiller l'un des pays les plus nuisibles au monde et adapter en conséquence les sanctions que lui impose le Canada». Les milieux pro-régime ont alors cherché à faire croire que par ses critiques, la sénatrice a voulu insulter les Iraniens dans leur ensemble et pas seulement le régime.

Une campagne de dénigrement a alors été orchestrée pour intimider la parlementaire, qui a ensuite insisté qu'elle visait bien la dictature iranienne. La communauté irano-canadienne a apporté son soutien à la sénatrice avec des messages de reconnaissances pour l'action qu'elle mène avec plusieurs élus pour sensibiliser sur le sort du peuple iranien qui aspire à la fin de théocratie du Guide suprême.

Les pasdaran, une entité terroriste

Le lobby des mollahs au Canada a récemment essuyé un sérieux revers quand le gouvernement américain a annoncé le 13 octobre sa nouvelle stratégie iranienne. Opérant un tournant majeur dans sa politique, il a décidé de placer les pasdaran, la milice armée du régime iranien, sur la liste spéciale des entités terroristes (SDGT) pour son soutien aux mouvements extrémistes au Moyen-Orient et son appui acharné au régime honni de Bachar Assad dans le massacre de son peuple.

Les sanctions contre les pasdaran par le Département du Trésor risquent de compromettre le rapprochement et les investissements du Canada en Iran.

Des centaines de militants politiques et de la société civile sont emprisonnés et torturés pour la défense de leurs convictions.

Les pasdaran profitent des échanges commerciaux avec les pays occidentaux pour financer leur machine de répression en Iran, un pays qui détient, selon Amnesty international, le record mondial du nombre d'exécutions par tête d'habitant. Des centaines de militants politiques et de la société civile sont emprisonnés et torturés pour la défense de leurs convictions. Les Gardiens de la révolution doivent également financer leur politique d'expansion régionale. Les dirigeants iraniens se vantent ouvertement de contrôler quatre capitales au Moyen-Orient (Damas, Bagdad, Beyrouth, Sanaa) et d'avoir consolidé un « axe chiite » qui atteint les rives orientales de la Méditerranée.

Les pasdaran qui ont poursuivi un programme d'acquisition d'arme nucléaire clandestin pendant dix-huit ans, avant que le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI-Coalition de l'opposition) ne le mette au jour en 2002, se sont lancés depuis l'accord nucléaire de 2015 dans la prolifération de missiles balistiques. Leur activisme expansionniste a provoqué les pays arabes du golfe Persique et créé une situation explosive qui inquiète également les pays européens.

Un politique de fermeté

Le président français Emmanuel Macron a condamné la semaine dernière le tir d'un missile iranien par les milices yéménites sur la capitale de l'Arabie saoudite. Si le missile a été intercepté, le ton est monté d'un cran entre Téhéran et Ryad. En visite dans le Golf, le jeune président a déclaré : « Le missile tiré depuis le Yémen, qui est manifestement un missile iranien, montre la force de l'activité balistique et leur activité dans toute la région sur le plan balistique est aujourd'hui extrêmement préoccupante ».

Au Canada, le bureau de la ministre des Affaires étrangères insiste qu'on continuera à discuter «fermement, franchement et selon nos propres termes» des enjeux litigieux avec l'Iran. Adam Austen a souligné que son gouvernement condamne « le soutien que l'Iran apporte aux mouvements terroristes » et « son soutien du régime meurtrier syrien et son programme de missiles balistiques».

La population iranienne veut un changement de régime et l'a prouvé lors de son soulèvement courageux en 2009, avant qu'il ne soit réprimé dans le sang. Les agents du régime iranien à Toronto ne pourront masquer la réalité sur les aspirations légitimes du peuple iranien pour la liberté et la démocratie.

Rappelons-nous que ce sont les sévères sanctions internationales qui ont aidé l'Afrique du Sud à nous émanciper du joug de l'apartheid.

La solution n'est cependant pas la guerre. Ni la politique de complaisance. Il faut reconnaitre le droit du peuple iranien et de ses forces vives à résister. Il faut sanctionner le régime théocratique et ses institutions. Le langage de la fermeté est le seul compris par les régimes totalitaires. Rappelons-nous que ce sont les sévères sanctions internationales qui ont aidé l'Afrique du Sud à nous émanciper du joug de l'apartheid.

Le premier ministre Justin Trudeau doit rester fidèle à son engagement pour la promotion des droits de la personne. Le Canada doit continuer à conditionner la reprise de ses relations avec l'Iran à la libération des prisonniers politiques et à un l'arrêt des exécutions arbitraires. Mais surtout placer les Gardiens de la révolution sur sa liste des entités terroristes et prendre des mesures contre la poursuite du dangereux programme balistique et les ingérences néfastes du régime dans la région du Moyen-Orient.

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