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Sur le chemin du Compostelle québécois: Nicolet à Cap-de-la-Madeleine (7)

21/10/2014 12:02 EDT | Actualisé 20/12/2014 05:12 EST

Vendredi 5 septembre - Nicolet à Cap-de-la-Madeleine : 23.1 km

Et de sept ! Une semaine que nous sillonnons les routes du Québec, dans une ambiance toujours aussi conviviale, comme nous le répèteront souvent Doris et Jean-Marc. Ce matin, au séminaire de Nicolet, nous avons fait la connaissance de Christian. Un serviteur de Dieu. Ni curé, ni diacre, mais soumis à la volonté divine. D'après ce qu'on m'a dit, ce « mystique et contemplatif » a un jour été frappé par une révélation et il a tout plaqué. Ça se discute...

Remarquez, il y a pire que l'accoutumance au Puissant. Je pense au mariage. Ils y croient, ils y croient plus. Les illuminés de l'amour me font le même effet. Quand on se retrouve face à de tels personnages, on hésite entre la folie et la passion, le respect et la moquerie. Chacun choisira. J'imagine qu'il y a un peu des deux.

Christian a fait le tour des tables, alors que nous prenions des forces avant d'entamer une nouvelle étape, direction Cap-de-la-Madeleine. Il tenait à nous distribuer quelques petits bouts de papier au dos desquels figurait une parole émanant d'un texte sacré. Auréolé d'une gentillesse presque envahissante, il a choisi religieusement les petites pensées du jour, en fonction des personnes, je présume... Moi j'ai eu droit à «Paix sur toi, Israël!» Quand j'ai lu le mot Israël, je suis parti aiguiser un couteau... Non, j'déconne ! Mais j'ai pensé aussitôt au contexte houleux des dernières semaines au Moyen-Orient. J'avoue : j'aurai préféré tirer «Gloire à toi Olivier, puissant parmi les saints !» ou le plus modeste «O veille sur moi, toi le berger de mes passions brûlantes...» Oups, excusez-moi, j'avais le nez dans un autre livre... Rapidement, constatant sans doute ma mine circonspecte, Christian a éclairé ma lanterne, toujours très embuée le matin. J'ai donc appris qu'Israël signifiait « chacun de nous ». J'ai dit « OK », en me retenant de lui demander à quels opiacés il carburait.

compostelle quebecois 7

Le soleil se lève sur le séminaire de Nicolet

Nous avons quitté le séminaire vers 7h30. Un bâtiment imposant, dans le plus pur style des constructions soviétiques, avec toute la déco monacale fournie avec les plans. Il faisait déjà très chaud: plus de 20 degrés. Ça ne présageait rien de bon. Depuis quelques jours, on profite d'un soleil radieux, d'un ciel méditerranéen... et d'une température assez surprenante à ce temps-ci de l'année. Dommage que la canicule et la marche avec gros sac à dos ne soient pas compatibles. On fera avec. Ils (la météo, pas le pape) ont prévu près de 40 degrés aujourd'hui. Cette chaleur assommante n'a épargné personne dans le groupe. Bien que plus courte que la veille (22 km), l'étape du jour a été jugée plus éreintante en raison de ces conditions climatiques.

À titre personnel, j'ai peu apprécié cette journée. Sans doute parce que nous avons marché un long moment dans la ville de Trois-Rivières, sans vraiment profiter de portions ombragées. Avec le béton omniprésent et le flot incessant de véhicules, j'ai eu par moments l'impression de suffoquer. Assez pour accélérer subitement mon allure à 5 km de l'arrivée. Envie de fuir tout ce gris, de lui tourner le dos une bonne fois pour toute. Gonflé à bloc par l'oppression urbaine, j'ai mis mes écouteurs et je suis parti, comme une fusée. Plus tard, Jean-Pierre a dit que j'avais enclenché la marche du chasseur. Ça m'a fait sourire.

compostelle quebecois 7

En passant par le Vieux Trois-Rivières...

Avant de leur fausser compagnie, nous avons pu visiter - enfin ceux qui le souhaitaient - le vieux Trois-Rivières. Je connaissais déjà, mais c'est une partie de la ville (la 3e plus vieille du Québec) qui vaut le détour. J'avais aussi envie de pendre une petite bouffée d'Histoire... Mon petit plaisir de la journée : la pinte de cidre bien fraîche qui m'a remis dans le sens de la marche après le déjeuner.

L'anecdote du jour : pour la première fois de ma vie, j'ai « fait du pouce ». C'était la seule façon de rallier Trois-Rivières en arrivant de Nicolet par les petites routes, via le très joli pont Laviolette, un des symboles visuels et une structure emblématique de cette région du centre du Québec. Les organisateurs du Compostelle québécois s'étaient voulus rassurants, nous certifiant qu'en moins de 15 minutes nous serions récupérés par une âme charitable. Ils n'ont pas menti. Seule consigne : nous devions au préalable composer des duos mixtes, la formule 100% masculine risquant d'allonger le temps d'attente. L'éternel pouvoir d'attraction des femmes...

compostelle quebecois 7

Le genre d'endroit où l'on voudrait passer la journée.

Nous avons rejoint Cap-de-la-Madeline vers 15h-15h30. Cap-de-la-Madeleine ? Une sorte de Lourdes québécois, la foule en moins. Ce lieu de pèlerinage notoire dans la Belle Province a reçu la visite de Jean-Paul II en 1984. Situé en bordure du Saint-Laurent, ce site religieux consacré à la Vierge (je n'ai pas dit aux vierges, on se calme !) jouit d'un très joli parc ombragé, propice à la lecture et la méditation (pas aux partouzes), mais aussi d'un chemin de croix, et d'une source d'eau potable, comme dans la cité des Pyrénées, où il est écrit « Venez boire à la source, Lourdes, 1858 ». Autant dire que ça m'a rappelé des souvenirs et provoqué un petit pincement au cœur. La séquence émotion de la journée, immortalisée par un autochtone qui passait par là, mi-rebelle mi-beatnik, qui a dû deviner que je n'étais pas insensible à cette fontaine.

Le soir a eu lieu une procession aux flambeaux, rebaptisée « prostitution aux flambeaux" au cours d'un repas propice à la déconnade. Cette procession, à laquelle je n'ai pas assisté en raison du temps pluvieux, n'a fait que raviver la flamme de mes réminiscences pyrénéennes, lorsque je me consacrais, une semaine par an dans le costume bénévole de brancardier, à une cause qui me tenait à cœur, celle des personnes malades et handicapées, en dépit de tous ces gens pétris d'a priori, qui placent un 'gentil' devant votre prénom, en apprenant ce que vous faites, avec ce mépris vomitif et nauséabond qui distingue ces imbéciles... (que j'emmerde bien amicalement)

Demain, la journée devrait être tranquille, avec un modeste 16 km promis aux marcheurs aguerris que nous devenons doucement. Marcher, c'est aussi apprendre.

À lire jeudi: Cap-de-la-Madeleine à Champlain

Ce billet a été initialement publié sur le blogue d'Olivier Pierson, L'écriturien

compostelle quebecois 7

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