Olivier Kaestlé

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Mon voile ou l'Ontario? Bon voyage!

Publication: 18/09/2013 23:53

La Charte des valeurs québécoises du Parti québécois, qui entend notamment bannir les symboles religieux de la fonction publique - la moindre des choses - fait pousser les hauts cris aux fétichistes du voile islamique. Il y a gros à parier que les turbanophiles qui ont mené le Canada au bord de la crise nationale avec l'interdiction - maintenant levée - du turban de la Fédération québécoise de soccer prendront le relais avant que les juifs hassidiques ne défendent à leur tour avec véhémence leur particularités vestimentaires si attrayantes et exotiques.

Des citoyens et citoyennes ont manifesté leur opinion, favorable ou non, au bannissement des signes religieux ostentatoires. J'en ai retenu trois, que je m'apprête à commenter.

Le chantage à la main d'œuvre

Une nommée Lysanne Couture, professeure de sociologie dans le programme de soins infirmiers au Cégep Édouard-Montpetit, y est allée d'une salve culpabilisante à l'égard de ce qu'elle appelle «l'un des dommages collatéraux que le PQ risque fort d'entraîner s'il va de l'avant avec sa charte des valeurs québécoises.» Quel est ce dommage collatéral? Des femmes, qualifiées selon elle, pourraient quitter le Québec si on leur impose de renoncer à ce bout de tissus sans attrait appelé hijab pour travailler dans la fonction publique. Elles ne pourraient survivre, un peu comme un asthmatique chronique sans tente à oxygène, si on le leur retire. Pauvres choupettes!

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Le chantage au racisme reste l'une de armes favorites des tenants de l'islam radical. Je ne sais si la jeune Bouchara, étudiante modèle en soins infirmiers présentée par la sociologue, est instrumentée par cette mouvance insidieuse et tenace, ou si elle est tout simplement étroite d'esprit, voire idiote, toujours est-il que son attitude de refuser de retirer son hijab, si son futur employeur gouvernemental le lui demande, ne relève en rien d'une requête légitime.

Il y a là une volonté manifeste d'imposer au sein de la fonction publique un symbole d'oppression envers les femmes, en flagrante contradiction avec nos valeurs égalitaires. Commençons avec le hijab, nous enchaînerons avec la burqa, les manches longues, non hygiéniques en milieu hospitalier, pour finir avec le refus, par les infirmières les plus intégristes, de soigner les patients masculins.

Sans doute faudra-il en plus accorder cinq pauses prières par jour et aménager des locaux pour cet exercice, comme c'est déjà le cas dans certaines universités. La nourriture de la cafétéria devra alors devenir halal, malgré les risques, au plan de l'hygiène, que cette pratique barbare et cruelle implique. C'est petit à petit que l'islam politique fait son nid dans nos sociétés démocratiques et finit par générer des tensions sociales inacceptables.

Ladite Bouchara avait quitté la France, résolument laïque, justement parce qu'elle ne pouvait se séparer de son carré d'étoffe, et espérait trouver dans le Québec une société «tolérante» qui lui permettrait de le conserver en tout temps. Imaginez, tout ça pour ça! Il faut vraiment avoir l'esprit paralysé par un conditionnement culturel dépassant tout entendement. Pire que ça, la greffe du voile islamique sera bientôt envisagée.

Interrogée par Mme Couture à savoir ce qu'elle ferait si on lui interdisait de porter le voile au travail, l'étudiante, radicale et intransigeante, a répliqué: «J'apprendrais l'anglais et j'irai travailler en Ontario.» Je suis certain que cette jeune femme s'imaginerait rejetée, alors qu'elle s'exclurait elle-même d'une société d'accueil ouverte et - parfois trop - tolérante. Ce chantage au voile est assommant. Le Québec, quoiqu'en pense Mme Couture, peut faire l'économie d'une telle citoyenne.

Malgré son étroitesse de vue et son idée fixe évidentes, Bouchara est présentée ainsi par sa professeure: «Ce que j'ai trouvé le plus remarquable, cependant, c'est sa capacité d'ouverture et l'intérêt qu'elle manifestait pour les sujets abordés en classe. Les cours de sociologie dispensés dans le programme de soins infirmiers ont pour objectif d'amener les infirmières à mieux comprendre le milieu social des personnes qu'elles soignent et, donc, de dépasser leurs préjugés pour établir une meilleure relation d'aide. Bref, elles doivent être capables de dépasser leurs préjugés. Or, elle a plus qu'atteint ces objectifs.» Je pense au contraire qu'elle a manifestement échoué.

En quoi le refus de renoncer à son hijab témoigne-t-il d'une «capacité d'ouverture et d'intérêt», d'une aptitude à «mieux comprendre le milieu social des personnes qu'elles soignent» et, mieux encore, de «dépasser ses préjugés pour établir une meilleurs relation d'aide». Il est clair que cette jeune femme, exigeant un privilège illégitime, ne s'arrêtera pas en si bon chemin si on le lui accorde. Elle trahit, par son obstination, une attitude intransigeante et conflictuelle dont notre société peut faire l'économie.

Une charte des valeurs québécoises qui afficherait des balises claires aurait déjà le mérite d'informer les nouveaux venus de nos valeurs et éviterait que les Bouchara de ce monde ne viennent inutilement encombrer des bancs d'école qui pourraient accueillir des citoyens soucieux de s'intégrer à notre société. Bouchara aurait ainsi pu apprendre l'anglais avant son départ de la France et se rendre directement en Ontario, nous épargnant ses lubies vestimentaires.

À la question en titre de la lettre ouverte de Mme Couture, à savoir «Peut-on se passer d'elle?», la réponse est claire: certainement!

Le chantage à l'amour

Un autre intervenant larmoyant, professeur agrégé du département d'anthropologie de l'université Laval, un nommé Abdelwahed Mekki-Berrada, y est allé à son tour de son laïus culpabilisant. Ne reculant devant aucune insinuation venimeuse, il écrit: «Je me souviens que toute petite personne ou tout petit groupe qui tentent d'imposer au reste de la population une idéologie unique étaient qualifiés de nazis, de fascistes ou, au mieux, de dictateurs.» Aussi subtil qu'ordurier comme propos. Cet individu enseigne dans une université et «forme» le Québec de demain. Nous ne sommes pas sortis de la mosquée...

Ce sont apparemment les journalistes devenus ministres, donc Jean-François Lisée et Bernard Drainville, par leur défense de la laïcité, qui l'exaspèrent. «La menace est encore et toujours incarnée par l'Autre, celui qui porte le hidjab-turban-kippa-crucifix», nous interpelle cet universitaire aux affinités évidentes avec les Bouchard-Taylor de ce monde.

Oui, monsieur l'anthropologue, tant et aussi longtemps que des intégristes se serviront de symboles soi-disant religieux pour faire reculer notre société civile et démocratique par l'octroi de privilèges immérités, l'Autre, comme vous dites, représentera une menace. On commence par le hijab, et on finit avec les tribunaux islamiques, mais ça, ce n'est pas du fascisme, ou au mieux, des dictateurs, qui l'imposent, naturellement.

L'auteur conclut avec ce «cri du cœur» : « (...) Coudon Québec, tu m'aimes-tu ?» J'espère que vous maîtrisez bien l'anglais, M Mekki-Berrada. Paraît qu'en Ontario, on vous aimerait déjà pas mal plus...

Enfin, une intervention pertinente...

Pour racheter l'honneur - passablement compromis avec les témoignages précédents - de représentants du corps enseignant voué aux hautes études, un retraité de l'UQÀM - comme il doit se sentir mieux - un nommé Denis Gaumond, qui a participé à la commission Bouchard-Taylor, nous offre un point de vue très lucide et - véritablement - humaniste.

Après avoir indiqué à quel point les commissaires Bouchard et Taylor l'avaient impressionné, mais «pas toujours dans le bon sens cependant», l'auteur relate l'intervention de quelques femmes musulmanes voilées venues présenter leur point de vue à leur commission:

«Structurées et bien documentées, ces jeunes femmes ont ébloui les commissaires. Elles ont défendu avec aplomb le port du voile, le respect de l'époux, la charia appliquée à la famille, la bonté d'Allah, leur auto-exclusion si nécessaire. Un travail bien fait. Classique. Au point que messieurs les commissaires ont remercié mielleusement ces émissaires, de toute évidence en service commandé et bien escortées. Pour en rajouter une couche, les commissaires les ont explicitement félicitées pour la qualité de leur «féminisme» à la sauce musulmane!»

M Gaumond enchaîne avec un événement qui l'a profondément marqué: le meurtre d'Aqsa Parvez, tuée par son père et son frère, à Mississsauga, en banlieue de Toronto, le 10 décembre 2007. Le motif? Par - réel - souci d'intégration, elle refusait de porter le hijab à l'école, cet oripeau auquel la déconnectée Bouchara et l'idéologue larmoyant de l'université Laval se montrent si inconsciemment attachés.

M. Gaumond pose une question fondamentale: «Depuis, je me demande chaque jour si Aqsa n'aurait pas eu la vie sauve si l'Ontario avait eu une loi pour interdire les signes religieux ostentatoires à l'école. Comme cela se passe en France depuis 2005. Comme, je l'espère, cela se passera bientôt au Québec.»

Que valent, devant la préservation de vies humaines, cette prétention obstinée, imbécile, de vouloir à tout prix conserver sur la tête un oripeau symbolisant l'oppression des femmes? Comment les Bouchara de ce monde peuvent-elles revendiquer de porter pareil déchet? Et les hommes, qui prétendent les respecter, soutenir une coutume aussi barbare que misogyne?

Aucune femme digne de ce nom, musulmane ou autre, aucun homme, digne de ce nom, qui prétend aimer et respecter la gent féminine, ne peut moralement cautionner le port de ces signes avilissants. Qu'importe que le PQ agisse par opportunisme avec sa charte des valeurs québécoises! Pour une fois que ce parti pose un geste signifiant depuis un an qu'il occupe le pouvoir, nous devons l'encourager. Si nous ne voulons pas tourner le dos à nos valeurs au profits d'un retour vers l'obscurantisme - véritablement - patriarcal.

Quant aux partisans de cette lubie appelée «laïcité ouverte», je recommande l'apprentissage de l'anglais et un aller simple vers l'Ontario. Bon voyage!

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