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Poëti et le magasinage : une tragédie féministe...

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L'heure est grave et le moment solennel. Imaginez-vous qu'au Québec, dans ce royaume en devenir de l'égalité homme femme, un représentant du peuple, un élu, un ministre, donc un homme de pouvoir, a commis l'irréparable en tenant des propos éminemment condamnables. Condamnables surtout parce que sexistes envers les femmes - d'ailleurs envers qui d'autre ? - , au point où le premier ministre du Québec lui-même, Philippe Couillard, n'écoutant que son profond sens de valeurs et son humanisme foncier, a jugé opportun de les condamner.

Le coup portait d'autant plus qu'il venait d'un homme politique reconnu pour sa grande tolérance, même envers les extrémistes islamistes, dans la mesure, on l'aura compris, où ces derniers réussiront l'exploit de rester extrémistes tout en s'intégrant sans problème à notre société d'ouverture sur l'autre. Son indignation semblait d'autant plus sincère qu'elle était exprimée par un homme ayant travaillé en Arabie saoudite, un pays où le sort d'une femme importe encore moins que le bulletin de santé d'un chameau.

Oui, il l'a dit, il l'a dit !

Mais quels commentaires rétrogrades, réducteurs, misogynes, injurieux, méprisants, calamiteux, haineux, ont bien pu justifier une prise de position aussi musclée chez un homme chez qui le flasque respect des femmes semble varier selon la religion du délinquant, si l'on s'en tient aux propos islamophobes de quelques méchantes langues ?

Eh bien, figurez-vous que, à quelques jours de la journée internationale des femmes, Robert Poëti, ministre libéral des Transports, a commis l'irréparable en tenant, devant la Chambre de commerce de la Baie-des-Chaleurs, des propos d'une insoutenable arrogance. Affirmant d'abord qu'il aurait aimé faire visiter la métropole aux membres distingués des cet organisme, il devait ajouter que les « conjointes étaient les bienvenues. On a beaucoup de centres d'achats à Montréal. »

Oui, vous avez bien lu. Quel outrageant mépris ! Je vous invite à observer une minute de silence à la mémoire de toutes ces femmes qui, des suffragettes britanniques du XIXe siècle aux Femen dotées de poitrines revendicatrices, ont lutté, et luttent encore, pour la reconnaissance des souffrances historiques, unilatérales, millénaires et internationales qui accablent toujours les femmes en ce début de XXe siècle, un siècle des lumières éteintes.

Un juste courroux !

Indignée, outrée, abattue, atterrée, Marie-Josée Dugas, membre de la Chambre de commerce de la Baie-des-Chaleurs, a jugé que le ministre insensible avait manqué de respect aux 30 % de femmes membres de cet organisme en soulignant que l'« on vient ainsi entretenir des préjugés sur le rôle de second plan des femmes ». On comprendra que, l'indignation aidant, cette porte-parole ait pu oublier que les hommes représentent donc 70 % des membres de la Chambre de commerce, selon ses propres chiffres.

Les consciences féministes respectives du Parti québécois et de Québec solidaire ne devaient pas tarder à lui emboiter le pas et à se jeter dans la mêlée dans un élan suprême en vue de défendre l'inusable cause des femmes lors de cette minute dramatique, de cet instant tragique. Des excuses ont été exigées avec force et détermination par ces militantes émérites que sont Carole Poirier, du PQ, et Manon Massé, de QS.

« Le ministre Poëti doit s'excuser, de déclarer Mme Massé, le sexisme ordinaire, ça suffit ! » « Un tel discours est indigne d'un membre du gouvernement, qui devrait plutôt être un modèle, devait renchérir Mme Poirier. Visiblement, malgré toutes les luttes, des efforts restent à faire afin de valoriser pleinement le rôle des femmes dans notre société. »

Devant une aussi vibrante indignation, l'abject Robert Poëti a présenté ses excuses. Mais est-ce bien assez, après avoir proféré de telles insanités ? Que nenni ! Je propose que le ministre des Transports, afin d'expier son crime infamant, se voit condamné à marcher 10 kilomètres en talons hauts le huit mars, et que l'événement soit diffusé sur toutes les télévisions.

Un tel châtiment ne représenterait qu'une mince réparation au tort causé aux valeurs féminines de douceur, de compréhension, de tolérance et de pardon qui demeurent l'apanage exclusif du sexe féminin. Et que dire du sens de l'humour...

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