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Deux points de vue féministes sur le cas Jean-François Mercier

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Imaginez aujourd'hui un nouveau venu, Léo Ferré, chantant: «Ton style, c'est ton cul, c'est ton cul, c'est ton cul, Ton style, c'est ma loi quand je t'y plie, Salope!» Imaginez un autre débutant, un certain Jacques Brel, chantant avec une fougue féroce Les Flamandes ou Les bigotes. Représentez-vous Georges Brassens, transcendant d'ironie tranquille, entonnant joyeusement Les nombrils de femmes de flic. Pensez-vous qu'ils ne se verraient pas crucifiés sur la place publique par la bien-pensance féministe?

Que dire d'Yvon Deschamps et de son sketch où il fait mine de s'amuser du spectacle d'une femme battue? Les féministes seraient-elles seulement en mesure de saisir le second degré dénonciateur de cet humour? Improbable! Les RBO pourraient-ils à nouveau casser du sucre sur le dos de «Sainte» Janette Bertrand, figure emblématique du féminisme québécois, sans susciter des huées de cris stridents? L'abbé Guy A. Lepage serait excommunié ipso facto de sa messe dominicale.

Et que dire des Cyniques alors? À eux seuls, ils pourraient bien s'attirer les foudres de l'ensemble des articles du projet de loi 59 visant la censure de tout discours subversif. Ils se verraient tour à tour traités de misogynes, d'homophobes, de racistes, d'antisémites, d'islamophobes par une meute aveugle d'aliénés fanatisés qui se prennent pour des citoyens progressistes.

Un gag peu subtil, mais anodin

Ces questionnements s'imposent devant le psychodrame collectif suscité par la blague sans doute peu subtile, mais néanmoins pertinente de Jean-François Mercier.

Répétons-la, pour le plaisir de susciter de nouvelles crises d'urticaire chez nos fausses vierges offensées: «La pensée du jour. S'habiller sexy et se déhancher de manière suggestive dans une discothèque pour ensuite se plaindre des regards insistants des hommes, c'est un peu comme manger de la crème glacée dans un village éthiopien et de dire: "Coudonc calice, pas moyen de manger un cornet icitte sans se faire regarder!"»

Voilà, c'est tout, rien d'autre qu'un gag déjanté qui place un certain type de femmes - et non toutes les femmes - devant leurs contradictions. Quiconque a fréquenté ou fréquente régulièrement les discothèques a croisé ce genre de greluches inconséquentes, qui jouent les symboles sexuels paroissiaux pour ensuite se comporter en bigotes effarouchées. Rien de nouveau sous le soleil. De telles femmes ont toujours existé et existeront toujours, l'intelligence et le discernement étant inéquitablement distribués.

Dans leur délire, les bien-pensants qui ont enflammé la Toile ont trouvé le moyen de voir du racisme dans le gag de Mercier. Ah bon... Mercier emploie le mot «éthiopien» à titre de métaphore pour illustrer son propos sur un type précis de femmes. Il faudrait y voir du racisme? Je cherche encore en quoi le propos de l'humoriste porte atteinte aux Éthiopiens et je n'y arrive toujours pas. Sans doute ne suis-je pas assez conscientisé?

Un cas parmi d'autres : Sarah Labarre

Sarah Labarre, blogueuse encensée récemment pour son engagement dans le magazine de plus en plus féministe Châtelaine, est également co-auteure de l'édition revampée du collectif classique de désinformation misandre intitulé Le mouvement masculiniste au Québec: l'antiféminisme démasqué, ouvrage réalisé sous la direction de Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri. Elle a récemment cosigné avec une pléthore de consœurs conscientisées dans le très songé Devoir une lettre ouverte intitulée Misogynie 2.0: harcèlement et violence en ligne, où elle dénonce la violence subie par les militantes sur le web.

Voici ce qu'elle écrit ou endosse:

«Lorsque nous prenons la parole sur le web, surtout pour dénoncer la violence sous toutes ses formes que subissent les femmes, le retour de bâton s'associe à une pluie d'insultes et de menaces: «Conne», «J'vais te venir dessus», «Féminazie», «Ostie, j'te fourrerais avec ta p'tite jupe»,«Sale chienne», «Grosse truie», «Je te cockslaperais jusqu'à ce que tu fermes ta yeule», «Tu mérites de te faire gang raper», «Tu ne devrais pas avoir le droit de te reproduire», «Si j'étais ton mari, tu serais séquestrée à ton fourneau», «Fermez don'vos gueules... pendant qu'elles ferment encore!» Ceci n'est qu'un échantillon du refrain entonné ad nauseam par les graphomanes misogynes qui sévissent sur la Toile. Ces mots témoignent d'un sexisme, d'un antiféminisme, voire d'une haine des femmes si répandue qu'ils frôlent désormais la banalité.»

Tout ça, bien sûr, ne fait pas honneur à certains parmi les opposants à un féminisme totalitaire et lui-même vociférant, c'est certain. Mais voyons voir ce qu'écrivait la même Sarah Labarre à propos de la blague provocante, mais anodine, de Jean-François Mercier:

«Jean-François Mercier.

T'es pas rienq' un gros cave, tu réfléchis pas mieux qu'un chien, apparement: car même les chiens comprennent le sens du mot "NON".

Jean-François, les femmes valent mieux que de la nourriture, contrairement à ce qu'en pensent les autres gros caves qui ont renchéri dans le slut-shaming.

Ta "pensée du jour" est également raciste, car elle instrumentalise et enferme le peuple Éthiopien dans un misérabilisme qui pue la marde.

Bravo pour ton privilège de dude cis blanc Nord-Américain qui contribue au racisme, au sexisme et à la culture du viol, han.»

Au moins, Mme Labarre n'a pas fait de menaces... Pas étonnant cependant qu'elle n'aime pas les humoristes qui placent des femmes devant leurs incohérences, elle qui, tout en traitant Mercier de sexiste et de raciste, semble également lui reprocher sa race et son orientation sexuelle.

Un concept féministe à la mode est par ailleurs évoqué: la culture du viol. Québec et Congo, même combat! Oups! Serais-je raciste en soulignant une culture du viol au Congo? Mme Labarre, au secours! Dire que je pourrais finir par manquer de rectitude politique et sombrer dans l'Afro-shaming!

Le mot de la fin à une féministe...

Au cas où on me taxerait encore de mettre - aucune allusion vicieuse, s'il vous plaît - toutes les féministes dans le même paquet - attention, là -, c'est à l'une d'elle, Sophie Durocher, que je laisserai le mot de la fin. Eh oui, une féministe aura eu le dernier mot dans une de mes chroniques. Tout arrive, non? Voici donc:

«Pouvez-vous m'expliquer pourquoi il [Jean-François Mercier] est au centre d'une controverse? Il se fait traiter de raciste et de sexiste à cause d'une blague anodine. On peut la trouver drôle ou pas, mais il n'y a pas de quoi fouetter un chat. (...)

Ça fait longtemps que je ne mets plus les pieds dans des discothèques, mais si je me rappelle bien comment ça se passe, on a parfaitement le droit de trouver ridicules des filles qui se montrent les nichons et se plaignent ensuite que les gars regardent leurs nichons. (...)

Je suis féministe et je suis la première à grimper aux ­rideaux quand je vois ou lis un commentaire qui rabaisse les femmes. Mais placer les femmes devant leurs ­contradictions, ce n'est pas être sexiste, Mesdames, c'est être réaliste. (...)

Quant à l'accusation de racisme, elle ne tient tout simplement pas la route. Encore une fois, pour qu'il y ait racisme, il faut qu'il y ait discrimination. Mercier ne rit pas des Éthiopiens, il ne rit pas des Noirs, il utilise une mé-ta-pho-re. «Une figure de style fondée sur l'analogie ou la substitution.» Il compare deux situations, misère! Je ne vois pas en quoi c'est négatif pour les Éthiopiens! (...)

Les vrais «gros caves», ce sont ceux qui voient de la ­discrimination là où il n'y en a pas.»


Compris, Mme Labarre et vos semblables?

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