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J'avoue, ma blonde et moi sommes hétérosexuels !

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C'est avec une appréhension à peine contenue que je vois approcher le 8 mars, Journée internationale de la femme. Qu'est-ce qui peut bien me mettre dans un état aussi instable qu'angoissé ? Est-ce la minutieuse et émouvante énumération de toutes les injustices dont je me suis rendu coupable au fil des siècles en écrasant de ma phallocrate insouciance ces êtres charmants, aimants, dévoués, désintéressés, adorables et inoffensifs que sont les femmes ?

Ou s'agit-il de ma coupable duplicité, de mon stoïque égoïsme, de mon atterrante insensibilité, qui me poussent inexorablement à toujours refuser le partage avec le sexe suprême de mes nombreux et luxueux privilèges, dont aucune calculatrice ne pourrait suffire à comptabiliser la sinistre nomenclature.

Non, ces évocations me laissent de glace, car je suis un salaud sans compassion, ni altruisme, en raison de mon appartenance au sexe masculin, par définition maladivement voué à la destruction et condamné à perpétuer le mal.

Les prémisses d'un drame humain

En fait, si l'arrivée du 8 mars me bouleverse autant, c'est qu'il représentera le premier anniversaire de la première conversation téléphonique que je devais entretenir alors avec celle qui devint par la suite ma blonde. Ma victime.

Jusque là, nous entretenions une correspondance presque quotidienne à la suite d'une rencontre impromptue sur Facebook, devenu par l'occasion l'imparable instrument du mal. Je devrais dire « du mâle », car, en proie à de sombres pulsions hétérosexuelles envers cet être démuni et vulnérable qui allait devenir ma proie, je lançais autour d'elle les filets de ma lugubre séduction masculine afin de mieux l'asservir. Mes doigts tremblent comme je tape cette damnable atrocité !

Et ce qui devait arriver, arriva. Lors d'une première rencontre à son domicile où, tel le vampire invité par la victime insouciante, je me faufilais, j'étendis sur ma blonde ma domination masculine de façon irrémédiable. Depuis, j'ai récidivé et tient toujours ma captive sous mon emprise maléfique. Sainte Lise Payette, Sainte Françoise David, priez pour le salut de mon âme maudite !

Un inquiétant personnage

Si je confesse mon crime immonde, c'est que j'ai vu la lumière à la suite de la minutieuse nomenclature recensée pourtant par un abject antiféministe ayant pour nom Yvon Dallaire dans son nouveau livre au titre blâmable: Homme et toujours fier de l'être. Comment peut-on se déclarer fier d'appartenir au sexe par qui le patriarcat arrive? Vite, enfermez ce fou ! Retirez-lui toute tribune publique afin de préserver la gent féminine de ses atroces hérésies !

Reconnaissons tout de même à cet étrange personnage le mérite d'avoir révélé les feux de l'intelligence féministe la plus sublime à travers les prises de position de ses représentantes les plus méritantes. Je vous livre les perles par lesquelles j'ai pu enfin prendre toute la mesure de ma perfide perversité hétérosexuelle.

« Tous les hommes sont des violeurs, et rien d'autre. » - Marilyn French, The Women 's Room

« La relation hétérosexuelle est l'expression la plus pure, la plus formalisée du mépris pour le corps de la femme. » - Andrea Dworkin, The Rape Atrocity and the Boy Next Door

« Si le violeur professionnel doit être distingué du mâle hétérosexuel dominant moyen, cette différence ne peut être qu'essentiellement quantitative. » - Susan Griffin, Rape : The All-American Crime

« Les rapports hétérosexuels sont antiféministes. » - T-Grace Atkinson, Amazon Odyssey

« Quand une femme orgasme dans les bras d'un homme, elle collabore avec le système patriarcal, elle érotise sa propre oppression. » - Sheila Jeffrys, professeure

« L'homme moyen, y compris l'étudiant de gauche moyen, veut un objet sexuel passif, une ménagère et une infirmière pour enfants qui nettoie ce qu'il salit, pendant qu'il joue à l'homme d'affaires important ou à Che Guevara : cet homme est mon oppresseur et mon ennemi. » - Martha Selly, poétesse.

« J'affirme qu'il y a viol chaque fois que la relation sexuelle n'a pas été entreprise par la femme, à partir de son désir et dans un contexte de sincère affection. » - Robin Morgan, Theory and Practice : Pornography and Rape

On se demande quel sort serait réservé à l'humanité pensante sans la contribution inestimable de ces oracles à la conscience sociale et à l'humanisme surnaturels. C'est pour cette raison qu'à l'approche du 8 mars, Journée internationale de la femme, j'ai jugé indispensable de leur donner la parole afin que le public le plus vaste possible puisse bénéficier de leurs lumières essentielles. C'est bien peu, mais c'est déjà un pas dans une bonne direction qui ne saura cependant jamais absoudre mon crime ultime : celui d'être né et d'appartenir au mauvais sexe.

Bonne Journée internationale des femmes !

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