Olivier Grondin

RECEVEZ LES NOUVELLES DE Olivier Grondin
 

SPVM, reconnaissez vos erreurs!

Publication: 14/05/2012 00:04

Revenons sur les évènements des dernières semaines:

Le jeudi 10 mai, panique généralisée, des fumigènes explosent dans le métro, crise au Québec, les montréalais ciblés par des attentats terroristes.

Le vendredi 4 mai, Victoriaville est enflammée par une émeute, plusieurs blessés chez les policiers et des blessures graves pour au moins trois manifestants.

Plusieurs vidéos laissent croire qu'un usage inapproprié de balles plastiques aurait occasionné des blessures.

Le mardi 1er mai, fête internationale des travailleurs, la manifestation anticapitaliste donne lieu à des affrontements entre policiers et manifestants, plusieurs arrestations ont lieu.

Le mercredi 25 avril, une manifestation nocturne à Montréal réunissant près de 10 000 personnes est dispersée de manière discutable par les policiers, plusieurs cas de brutalité policière sont dénoncés.

D'entré de jeu, j'assume mon parti pris, j'ai été frappé le 25 avril, le témoignage d'une amie sur l'évènement est disponible ici.

Donc oui, je suis très critique du travail des policiers et oui, j'ai une certaine crainte envers les policiers et les abus qu'ils peuvent éventuellement commettre. Non, ce n'est pas de ça que je veux vous parler.

Ce dont je souhaite vous parler, ce n'est pas du policier dans la rue avec sa matraque.

Lui, il fait un job, il est sur les nerfs, il se sent menacé et il panique. Le policier dans la rue, il est un peu comme le manifestant dans la rue qui lui balance une roche. Il est dans la tension, dans le stress et l'action. Une manifestation, c'est rarement une partie de plaisir, il y a des tensions partout: entre les manifestants et les policiers, entre les passants et les policiers, entre les passants et les manifestants, entre les manifestants et les manifestants. Il faut une certaine expérience et une bonne dose de contrôle de soi pour rester posé dans une manifestation lorsque ça pète, l'adrénaline est forcément au rendez-vous et beaucoup de gens se sentent menacés.

Et sous la menace, le stress et la tension, l'humain il fait quoi?

Il se défend, il fuit ou il attaque. Il fait des trucs souvent très cons. Ces trucs très cons, on les appelle des erreurs, des bavures.

Jusque-là, j'ai un problème, mais je comprends. Les policiers sont des êtres humains et comme les manifestants, je peux comprendre que, parfois, la pression est trop forte, qu'ils font des erreurs, que la crainte, la colère, la fatigue et l'épuisement mènent à des comportements malheureux.

Je peux comprendre que des policiers sous l'impulsion du stress visent un peu trop haut lorsqu'ils tirent des balles de plastiques, je peux comprendre que des manifestants enragés de voir des confrères se faire gazer, poivrer et frapper en viennent à battre un policier qui a le malheur d'être encerclé.

Je peux même comprendre que quand tu es dans une équipe de policiers habituée de patrouiller et qu'un jeune costaud de 210 livres se place devant toi et exige que tu lui donnes ton matricule parce que tu as frappé son amie dans le ventre avec ta matraque, tu capotes un peu. Il est possible que ton boss trouve ça menaçant. Il est possible que dans un esprit de groupe, vous vous mettiez en groupe pour taper ce jeune homme et il est possible que lorsqu'il te dira qu'il se rend, vous compreniez que vous ne pouvez absolument rien lui inculper et que vous le laissiez partir.

Même si je suis le jeune homme dont il est question, je l'accorde, il est possible que vous soyez humain, que vous ayez commis une erreur.

Vous voyez cher lecteur, je suis plein de bonne foi, je me fais même peur parfois de ne pas être plus enragé.

Cependant, si l'erreur est humaine, la persistance est pour sa part purement néfaste. On taxe les porte-paroles étudiants de mauvaise foi, d'avoir attendu longtemps avant de dénoncer les débordements, mais au bout du compte, les porte-paroles étudiants les reconnaissaient ces erreurs.

La persistance, c'est quand le SPVM, le maire de Montréal, le ministre Dutil, Jean Charest ou le représentant de la SQ font un point de presse pour affirmer qu'il n'y a aucune bavure policière, que les services policiers ont fait leur travail sans commettre aucune erreur. Ça, c'est de l'injure, c'est du mépris de la population et c'est de la mauvaise foi.

Parce que,quelque part, quand un journaliste du Devoir se fait indiquer que sa carte de presse ne vaut plus rien, quand deux journalistes de La Presse sont mis en état d'arrestation et ce malgré qu'ils se soient identifiés comme journalistes, on peut indéniablement dire qu'il y à un problème, qu'il y a, à tout le moins, une erreur de commise. Tout le monde peut s'entendre pour le dire, mais pas la police, pas le gouvernement.

Pourtant, l'article 5 du code de déontologie policier énonce «Le policier doit se comporter de manière à préserver la confiance et la considération que requiert sa fonction.» Nier qu'il y ait eu des erreurs, refuser de dire simplement: On a peut-être foiré quelque part et on s'en excuse, on tentera de voir à ce que ça ne se reproduise pas.

Ce n'est pas si dur à prononcer comme phrase, c'est peut-être dur pour l'égo, mais ne pas le faire, c'est de briser la confiance des citoyens envers les policiers, c'est d'être orgueilleux, c'est aussi de prétendre que les policiers sont plus que ce qu'ils sont, soit des humains qui vivent des situations extrêmes et qui font des erreurs, humaines.

Refuser de reconnaitre qu'il y a eu des erreurs, ce n'est pas du leadership, c'est de se condamner à les reproduire.

 

Suivre Olivier Grondin sur Twitter: www.twitter.com/OlivierGrondin

Suivre Le HuffPost Québec