Olivier Grondin

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La vacuité des mots

Publication: 25/10/2012 09:34

Chaque fois que je vais dans ma cuisine, c'est immanquable, Minable, ou Balthazar, selon votre niveau d'affection, se frotte à mes pieds en miaulant. Au début, il le faisait lorsqu'il avait faim, mais maintenant, un simple désir de me faire chier semble l'animer, ses miaulements autrefois empreints de désir de communiquer ses besoins alimentaires sont peu à peu devenu quelque chose d'usuel qui au fond ne veut plus rien dire.

-Hey Olivier, tu n'es pas Foglia, on s'en fout de ton chat.

Mais il est mignon mon chat, je vous jure, je le déteste, mais il est beau ce chat. Vous êtes sûr que vous ne voulez pas que je vous parle de ses bulles au cerveau pendant lesquels il m'attaque à 4h30 du matin? Vraiment?

N'empêche, il y a des trucs anodins qui soulèvent des questionnements. Minable par exemple, au début, il miaulait pour quelque chose, il communiquait de manière un peu irritable son désir de s'alimenter. Il exprimait un truc légitime, ses miaulements étaient signifiants. Le problème, c'est que maintenant, il miaule pour rien, donc peut-être qu'il a faim, mais moi, je l'ignore, anyway, il miaule tout le temps.

Où je veux en venir? J'y arrive, il faut juste que je passe par Pierre qui hurlait au loup et qui à force de cris, il en est arrivé à évacuer le sens des alarmes qu'il déclamait.

Je pensais aussi vous parler de vacuité, de sens, du poids des mots et du risque de les utiliser à tout vent.

Tout ça pour qu'au fond, je ne vous parle pas du drame autour de Marie-Élaine Thibert et Guillaume Wagner, ou de Laurent Paquin et Stéphanie Trudeau. Toutes ces introductions pour ne pas avoir à vous expliquer l'immoralisme de cet abus d'intimidation que l'on dénonce aux quatre coins de la province.

Je ne me prononcerai pas sur la valeur ou non-valeur humoristique des blagues, je ne me prononcerai pas plus sur les blessures ou non que peuvent avoir ressenties les personnes visées par ces blagues. Je me prononcerai plus simplement sur ce qui a apporté l'intimidation à nos lèvres, sur les raisons pour lesquelles nous parlons de plus en plus d'intimidation.

Le thème de l'intimidation revient dans les médias principalement à cause de Marjorie Raymond, une jeune fille qui du haut de ses 15 ans n'a pas su se sortir d'un contexte social trop étouffant et qui s'est suicidée.

On parle aussi d'intimidation à cause d'Amanda Todd qui a fait l'erreur de montrer ses seins sur internet à quelqu'un qui a réutilisé l'image pour faire d'elle un sujet de moquerie. Amanda Todd s'est suicidée également.

Puis, on parle aussi d'intimidation parce qu'il y a trop de jeunes dans nos écoles qui sont marginalisés et agressés parce que malheureusement ils existent. Parce que l'intimidation se construit dans la durée, elle se construit dans la répétition et elle se construit aussi dans l'isolement de la victime.

C'est pour tous ces jeunes qui vivent des instants atroces que collectivement nous avons fait le choix d'encourager la prise d'action face à l'intimidation et que nous avons décidé qu'il était important de ne pas passer sous silence ce phénomène.

Mais il y a dans l'intimidation des mécaniques de domination et des jeux de pouvoir qui se mettent en place et qui structurent les rapports entre les acteurs. L'intimidation, ce n'est pas des arguments ad hominem, ce n'est pas non plus une blague douteuse sur le physique d'une chanteuse. L'intimidation, c'est un truc atroce qui déchire des vies, les marque et qui vise volontairement à nuire à la victime dans une négation de l'estime de cette personne.

Et vous savez, à tout dire n'importe comment, on risque de finir par ne plus rien dire vraiment.

 

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