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Les Kurdes à la lisière de l'Euphrate, ou la revanche de Poutine

15/01/2016 08:48 EST | Actualisé 15/01/2017 05:12 EST

On le sait, le 29 décembre 2015, le parti kurde syrien PYD et ses alliés au sein des Forces démocratiques syriennes se sont emparés du village d'Abou Qelqal, située à la lisière de l'Euphrate.

Or, pour la Turquie, l'Euphrate constituait assurément un rubicon que les Kurdes ne devaient pas franchir. Dès lors, on pourrait s'interroger sur la portée de cette offensive kurde en direction de l'ouest.

Pour les Kurdes, il s'agit moins de sécuriser le barrage Tichreen, tombé entre leurs mains le 26 décembre 2015, que de s'emparer de ville de Manbij, tombée dans l'escarcelle de l'organisation État islamique.

Et quoiqu'il en soit, les Kurdes n'ont jamais caché qu'ils souhaitaient relier leur enclave d'Afryn, située à l'ouest, au reste des territoires qu'ils contrôlent dans le nord de la Syrie, afin de construire un État qu'ils baptisent volontiers «Rojava».

Pour mémoire, leur première tentative de traverser l'Euphrate, en juin 2015 à Jaraboulous, avait été bel et bien contrariée par des bombardements turcs sur des positions du PYD.

Mais qu'on se le dise, la ville de Manbij, située plus au sud, est hors de portée de l'artillerie turque, souligne le journaliste Jean-Dominique Merchet dans l'Opinion. Le corridor d'Azaz est devenu l'épicentre de la guerre et les hostilités s'y intensifient depuis plus d'un mois, assure le géographe Fabrice Balanche.

Il relie la Turquie, via le poste frontière de Bab al-Salam, à Alep, que les rebelles tiennent en partie, ainsi que la grande poche qu'ils ont conquise dans le nord-ouest de la Syrie. Et ce couloir est du reste menacé sur plusieurs fronts à savoir: depuis l'est par l'État islamique (EI), depuis l'ouest par les forces kurdes, et depuis le sud par l'armée syrienne et ses alliés.

Une offensive kurde, soutenue par l'aviation russe est en cours

Dans cette perspective, tout laisse à penser qu'une offensive kurde soutenue par l'aviation russe est en cours. Elle est d'ailleurs coordonnée par l'armée syrienne et de ses milices supplétives dans la région d'Alep. Le géographe estime que la perte de ce corridor pourrait provoquer une intervention de l'armée turque en Syrie.

On le sait, Moscou a livré des armes aux 5000 combattants Kurdes à Afrin, et les avions russes ont aussi bombardé des convois de camions qui ont franchi la frontière turque en Syrie à Bab al-Salam.

Et dès lors, l'appui militaire apporté par la Russie aux forces kurdes fait sans doute partie du dispositif de réponse à l'empire ottoman après la destruction d'un bombardier russe par la chasse turque, le 24 novembre 2015.

Ankara veut à tout prix protéger et ménager ses alliés logés à Azaz. Étant entendu qu'Azaz est programmé par les Turcs pour servir de base à la reconquête de l'État islamique logée à l'est d'Alep, une fois que l'EI sera affaibli par les frappes de la coalition.

Pour autant, le PYD et l'armée syrienne, au grand dam du président Erdogan, seront les grands bénéficiaires du retrait de l'État islamique. Et c'est assurément cet éclairage que Moscou a l'intention de retenir.

Pour Bachar El-Assad, c'est la reconquête d'Alep qui est capitale.

Pour mémoire, avant l'intervention russe, les tentatives d'Assad avaient été couronnées d'échec et son armée avaient même failli être défaite. Or, depuis septembre 2015, la donne a bel et bien changé et les rebelles aujourd'hui cherchent à quitter le navire.

De fait, la ville d'Alep est assurément symbolique car la Syrie s'est construite par la réunion des deux grandes villes de Damas et d'Alep. Mais qu'on se le dise, pour les États-Unis, la guerre contre l'État islamique se joue d'abord en Irak où les deux tiers des frappes aériennes de la coalition ont eu lieu.

S'agissant de la Syrie, Obama laisse toute à latitude à Poutine. Étant entendu que depuis décembre 2015, l'aviation américaine - et ses quelques alliés - a procédé en moyenne à quatre frappes par jour en Syrie alors que le chef d'état-major de l'armée russe en revendique trente à quarante, relève Jean-Dominique Merchet.

Et le chef du Kremlin ne se prive pas de jouer toutes les cartes qu'il a dans son jeu. Y compris celle des Kurdes dans le corridor d'Azaz, d'après Jean-Dominique Merchet.

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