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Un levier à rebâtir pour un Québec fort, riche et juste

30/05/2017 09:51 EDT | Actualisé 30/05/2017 09:51 EDT

Investir en éducation n'a jamais été aussi important pour nous relancer. Comprenons nos réticences et agissons en conséquence.

N'y allons pas par quatre chemins. Le Québec fait preuve d'un manque de vision sur le plan de l'éducation. Les derniers sondages le confirment. Nous sommes une société vieillissante pour qui la faveur électorale va principalement aux soins de santé, à la sécurité du revenu et au maintien des emplois.

On se disculpe de sous-investir en éducation en se disant que l'argent épargné n'ira pas à des structures, des réformes bidon et des pow-wow consultatifs qui n'en finissent plus d'accoucher de peu ou de vœux pieux.

Le problème avec cette dérobade ce n'est pas qu'elle est sans fondement, c'est qu'elle nous fait perdre de vue l'essentiel. Nous vivons dans un monde de plus en plus complexe, ouvert et compétitif. Les défis sont exigeants. Ils commandent des moyens extraordinaires que nous n'avons plus étant donné notre dette élevée, l'érosion de nos avantages concurrentiels et la perte de compétitivité de plusieurs de nos entreprises, et non les moindres.

Notre mirage économique, s'il en est un, c'est que l'on ne se rend pas compte à quel point notre économie dépend de plus en plus de secteurs protégés temporairement de la concurrence étrangère. Tout comme nous omettons de réaliser que l'État est rendu à devoir compresser des dépenses importantes pour investir là où des effets de relance sont encore possibles.

Bref, jamais dans toute notre histoire, pas même durant la Révolution tranquille, nous n'avons eu à compter autant sur le développement du talent et de la compétence de nos gens pour relancer notre création de richesse et sa redistribution.

Malheureusement, développer le talent et une compétence de classe mondiale à des fins de création de richesse n'a rien de facile chez nous. Pour preuve, exhorter de la sorte le secteur de l'éducation suffit généralement à provoquer l'ire de nos ayatollahs qui voient dans ce genre de discours une tentative d'asservissement, d'instrumentalisation et de marchandisation de l'école. Pour eux, c'est comme si l'on jetait les bases d'un insidieux complot visant à répliquer des zombies du travail à rabais au service du 1 %. C'est comme si on se donnait bêtement en pâturage à une technoéconomie déshumanisante et à la mondialisation.

Pourtant, ce dont il est question ici, c'est justement de freiner la servitude vers laquelle nous sommes déjà en train de basculer. C'est se donner de bonnes têtes bien remplies pour devenir une société plus compétente, entreprenante, créative, innovante, forte et accomplie. C'est construire et transformer fièrement le monde à notre façon pour le bien des nôtres. C'est créer plus de richesse pour mieux la répartir. C'est aussi d'arrêter de se laisser marcher dans la tête par des idéologues passifs qui nous braquent les uns contre les autres sans nous faire avancer.

Ce n'est pas seulement notre idéologie de l'éducation qui pose problème. C'est aussi la déficience grandissante de notre système à développer la compétence requise pour que nos gens puissent véritablement se réaliser en vertu des nouvelles exigences du monde moderne.

Hormis quelques écoles sélectives qui profitent de relations privilégiées avec l'entreprise et l'élite, un trop grand nombre de nos établissements continuent d'opérer comme des fontaines en circuit fermé et à faible débit avec les lacunes que cela comporte. Les contenus transmis sont trop souvent livresques, parcellaires, périmés et déconnectés de la réalité. Protégés parfois abusivement par leur liberté académique et un discours fondamentaliste, plusieurs chercheurs et enseignants maintiennent des pratiques ensilées les plaçant à l'écart ou en retard sur ce qui se fait de mieux dans les milieux avancés.

La prédominance du mantra académique fait aussi que nous continuons à nous faire violence comme société. En maintenant une course à l'abstraction théorique sur des bancs d'école, nous pénalisons la majorité d'entre nous qui apprend mieux dans un contexte d'apprentissage réel et en contact direct avec les praticiens les plus compétents dans leur domaine.

Sans nous en rendre compte, nous posons depuis fort longtemps les jalons d'une société bureaucratique, technocratique, réglementée et politisée plutôt que bâtir une société moderne et progressive fondée sur une plus grande capacité à agir, entreprendre, créer et inventer.

Sans nous en rendre compte, nous posons depuis fort longtemps les jalons d'une société bureaucratique, technocratique, réglementée et politisée plutôt que bâtir une société moderne et progressive fondée sur une plus grande capacité à agir, entreprendre, créer et inventer.

Quelques pistes

Dénouer une telle impasse n'a évidemment rien de facile. Cela dit, voici cinq idées qui pourraient accélérer le développement de la compétence chez nos gens et améliorer du coup notre création de richesse et sa redistribution dans les années à venir:

1. Misons davantage sur la compétence réelle. Soyons pragmatiques et allons droit au but. Conservons le meilleur du système académique actuel (lieux et ressources dédiées, pédagogie, approche développementale, accompagnement, validation des acquis). Greffons-lui des moyens et des approches modernes permettant d'offrir à nos jeunes et moins jeunes un accès privilégié à la compétence réelle. En d'autres termes, rendons plus accessibles les connaissances, les outils, le savoir-faire, l'expérience et le savoir-être des meilleurs dans leur domaine. Ce principe vaut à la fois pour les arts, la science, l'ingénierie, le monde des affaires et les autres disciplines.

2. Investissons dans les outils et les nouvelles pratiques de capture et de transfert de la compétence. Soyons visionnaires en développant les technologies, les studios et les pratiques pour que nos établissements puissent mieux capter, fusionner et transférer les savoirs fondamentaux et la compétence sous toutes ses formes. Comprenons que nous sommes à l'aube d'une révolution mondiale dans les contenus, applications, réseaux et environnements immersifs d'apprentissage (cours-réalité, simulateurs de connaissances appliquées, laboratoires virtuels, apprentissage personnalisé, plateformes collaboratives, etc.). Profitons-en pour faire notre place sur un secteur mondial qui s'annonce hautement stratégique pour l'avenir.

3. Mettons en priorité le développement de la compétence comme nous le faisons avec l'emploi. Donnons-nous un cadre incitatif, légal et réglementaire de manière à ce que les subventions aux entreprises, les dépenses de formation, l'octroi des contrats publics et la réalisation de grands ouvrages deviennent de grandes occasions d'apprendre. Faisons en sorte que ces mines à ciel ouvert deviennent une source de transfert unique à l'avantage de nos établissements d'enseignement, de formation et de recherche.

4. Développons stratégiquement la formation professionnelle, supérieure et continue sur la base de compétences réelles. C'est à la fois une des grandes clés de succès pour l'insertion sociale et professionnelle de nos jeunes, la longévité professionnelle des plus vieux, la compétitivité de nos entreprises et notre progrès social. C'est aussi une façon d'amener de l'argent frais et de financer de manière durable le développement de notre système d'éducation dans son ensemble.

5. Construisons nos écoles réseau de demain. Revitalisons notre réseau d'enseignement, de formation et de recherche en lui redonnant la place et le rôle qui lui revient dans l'appropriation et le juste transfert de cette richesse sur l'ensemble de notre territoire et parmi l'ensemble de la population. Revalorisons ainsi le travail des enseignants et des chercheurs en les mettant au cœur de relations, d'outils et de processus à plus forte valeur ajoutée.

En ce sens, je ne crois pas qu'il existe aujourd'hui au Québec un projet socio-économique aussi porteur que celui de revitaliser notre système d'éducation et d'en tirer les bénéfices à l'échelle mondiale. Reste à savoir si nous aurons la vision, le courage et l'urgence d'agir ou si nous laisserons à d'autres que nous le contrôle de cet important levier de notre développement.

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