LES BLOGUES

Vivre avec l'islam mais pas avec l'islamisme

15/11/2016 09:52 EST | Actualisé 15/11/2016 09:52 EST

L'islam et l'islamisme sont souvent confondus dans l'opinion publique québécoise et canadienne. Pourtant, il s'agit de deux choses complètement différentes. Le premier est une expérience spirituelle dont l'objectif est de satisfaire la volonté de Dieu. Le deuxième n'a rien de spirituel. C'est une idéologie qui manipule le spirituel à des fins politiques.

Les islamistes ont réussi à brouiller les repères du débat, de sorte que beaucoup de musulmans et des tendances des gauches occidentales sont tombés, par naïveté, par ignorance ou par calcul politique à court-terme, dans le piège de l'islamisme. Par un habile mélange des registres, ils ont fini par croire, à tort, qu'islam et islamisme signifient la même chose et que la légitimité du premier justifie, voire légitime, les revendications du deuxième.

Les islamistes se réfèrent à un système normatif qui ferme la porte à toute discussion, parce que selon eux, ce système est divin et par conséquent incontestable. Or, dans l'islam comme dans la démocratie, il y a un immense espace de débat et de délibération. D'où l'incompatibilité entre l'islamisme, comme idéologie, et le sens même de la philosophie démocratique qui ne reconnaît pas l'existence de vérités absolues. Ces distinctions sont importantes pour le vivre ensemble dans un contexte pluraliste. En voici quelques exemples:

1. Espace public et liberté de religion

En démocratie, l'espace public est un espace de citoyenneté. Vouloir le teinter d'une expression religieuse spécifique à un seul des groupes qui le forment, comme le font souvent les islamistes, c'est imposer aux autres groupes, par le marquage du territoire, un système de valeurs qui n'est pas le leur et qui leur donne le sentiment d'être envahis.

Cette propension à vouloir marquer l'espace public donne à l'islamisme un caractère totalitaire qui va à l'encontre de l'esprit de l'islam. Le Coran dit clairement: «Point de contrainte en religion».

Comme le nazisme et le communisme, l'islamisme cherche, par de tels comportements, à ériger son interprétation de l'islam comme une vérité officielle de l'État et de la société même en dehors de l'espace de l'islam.

2. Les interdits alimentaires

Il appartient à un musulman conservateur de ne pas boire du vin. Mais il ne lui appartient pas dans un environnement non musulman de forcer les autres à ne pas en boire en sa présence, sous prétexte que cela offusque sa foi. Il lui appartient de penser que le Coran interdit de boire du vin. Mais il ne lui appartient pas d'«excommunier» les musulmans qui pensent le contraire. Chaque fois que la règle juridique en islam est ouverte à différentes interprétations, les islamistes ont tendance à choisir la plus rigide, ils l'érigent en règle absolue, et ils cherchent à l'imposer par la force et l'intimidation.

3. La prière

Il appartient au musulman de faire sa prière. En situation d'immigration, il ne vit pas dans un territoire musulman (Dar-al-islam). Contrairement à ce que prétendent les islamistes, la théologie musulmane est très libérale à ce sujet. Pour faciliter la vie du musulman, elle lui offre un espace et surtout des mécanismes de flexibilité très larges que les islamistes ignorent intentionnellement, interdisant aux autres musulmans de les activer.

En effet, il est permis au musulman de raccourcir ses prières ou de les ajourner en les regroupant. Il lui est permis aussi de ne pas utiliser l'eau pour ses ablutions, afin d'éviter de mettre ses pieds dans les lavabos où ces concitoyens se lavent le visage et du coup éviter les tensions que de tels gestes peuvent créer.

Ainsi, l'islam est beaucoup plus permissif, en réalité, que ne le prétendent les islamistes. La souplesse de l'interprétation a été la norme pendant des siècles. D'autres interprétations plus libérales de l'islam sont plus compatibles avec le mode de vie dans les démocraties occidentales.

Mais, pour des raisons purement politiques, et usant d'un chantage spirituel, les islamistes cherchent à pousser les musulmans à se comporter dans leurs environnements d'immigration comme s'ils vivaient dans une société à majorité musulmane. Par de telles attitudes, ils compliquent la vie des musulmans en Occident et contribuent à défigurer l'image de l'islam chez les Occidentaux, malgré la richesse incontestable de son patrimoine historique.

C'est principalement à cause de l'islamisme que l'islam a aujourd'hui une si mauvaise presse en Occident. Voilà pourquoi il est possible de vivre avec l'islam mais il est beaucoup plus difficile de vivre avec l'islamisme.

Dans ce contexte, il incombe aux sociétés musulmanes d'enclencher la réforme de l'islam tant attendue, qui d'une part couperait l'herbe sous les pieds des islamistes, permettant de dépasser les blocages dans les sociétés musulmanes, et d'autre part faciliterait la vie des musulmans en situation d'immigration.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

De quelles religions sont les Québécois?

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter