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Le manque de confidentialité en milieu hospitalier, une réalité

30/04/2013 06:13 EDT | Actualisé 30/06/2013 05:12 EDT
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Stethoscope in doctor hands

Après avoir passé deux semaines dans un milieu hospitalier dans le cadre d'un stage en communauté, je constate que certaines situations, qui m'apparaissaient pourtant anodines auparavant, me rendent désormais mal à l'aise. En tant que personnel soignant, nous tentons, jour après jour, de faire tout en notre possible pour assurer le confort de nos patients pendant leur séjour, mais nous oublions souvent que ces cas, ces maladies, ces pathologies, sont des personnes dont la dignité nécessite une meilleure considération.

Au quotidien, je me retrouvais à questionner des patients qui se dévoilaient, autant leurs craintes que leurs corps, pendant que d'autres personnes pouvaient être témoins de l'entièreté de l'entrevue. Habituellement, pour rassurer le patient, je tire le rideau pour créer un semblant d'atmosphère d'intimité afin de le mettre en confiance, confiance dont j'ai besoin lorsque vient le temps des questions un peu plus délicates.

«Monsieur, vous protégez-vous lors de vos relations sexuelles?»

Question assez anodine, mais qui peut mettre le patient mal à l'aise, surtout lorsque la seule barrière qui le sépare des trois autres patients, couchés à quelques mètres de lui, consiste en un rideau de polyester au jaune criard. Le patient fait la moue, hésite un instant avant de répondre, et laisse échapper un «non» que je n'entends pas, mais que je devine. Si au moins le patient d'à côté pouvait arrêter de rire à grands éclats et de converser avec gaieté avec l'infirmière, ce ne serait pas du refus.

Je me rapproche du patient et lui rappelle que tout ce qui se dit restera entre nous, que ce sera strictement confidentiel, mais son sourcil qui se hausse trahit son accord verbal. Je ne peux qu'acquiescer: devoir presque crier questions et réponses pour se faire entendre par-dessus la cacophonie ambiante n'est sûrement pas la meilleure façon de garder les données personnelles confidentielles. L'arrivée d'autres intervenants dans la chambre de quatre qui se fait désormais étroite ne rassure pas mon patient, qui me demande avec insistance si je n'ai plus de questions à lui poser.

Vu son malaise manifeste, je l'interroge brièvement sur son histoire assez lourde de consommation d'alcool et de drogues, et même si je doute de l'authenticité des réponses, la collaboration du patient était bonne.

La prochaine fois, si je le peux, je conduirai le questionnaire médical dans la salle de bains. Au moins, j'aurai l'assurance qu'une porte dissimulera mieux l'alcoolisme de mon patient aux oreilles indiscrètes malgré elles. Quel autre moyen aurais-je sinon pour préserver la confidentialité de l'entretien médical?

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