Qui aurait pu se douter que derrière ce sarrau immaculé et ce sourire avenant se dissimule une étudiante née dans un des quartiers les plus pauvres de Montréal? On m'a toujours répété, dès la première journée d'école que j'ai passée en classe d'accueil, que l'endroit d'où on vient n'a pas d'importance. Même s'il n'a suffi que de quelques semaines en médecine pour me prouver le contraire, j'ai toujours cru et je n'ai jamais cessé de croire en ces quelques mots qui m'ont guidée jusqu'à aujourd'hui : « Nina, tu peux changer ton étoile. »
Depuis toute petite je savais que l'université existait, mais je savais aussi que je devrais me battre pour y arriver, parce que des études supérieures n'étaient pas exactement la première chose qui venait à l'esprit d'une enfant dont les parents étaient sur l'aide sociale. La plupart de mes voisins, s'ils n'étaient pas aussi sur cette même aide sociale, exerçaient des professions au salaire minimum ou s'adonnaient à des occupations versant dans l'illégalité. L'université n'est pas requise pour s'assurer d'une vie convenable, au contraire, mais j'avais cette soif de l'impossible qui a fait de moi l'une des seules de mon voisinage à m'être rendue aussi loin dans mon parcours académique.
J'aimais l'école parce qu'apprendre était un luxe, et je n'avais pas peur de l'affirmer même si cela me valait les moqueries -- et parfois même les coups -- de certains de mes camarades de classe qui n'avaient pas compris que le meilleur moyen d'échapper à son quotidien n'était pas la rue, mais bien la salle de classe. J'aimais l'école parce que j'avais enfin l'impression d'être une enfant comme les autres, et pas simplement une « fille de BS » comme les regards éteints des fonctionnaires du bureau du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale me rappelaient de façon insolente chaque mois. J'aimais l'école parce que j'avais enfin un prénom, mais surtout parce que je sentais que je pourrais devenir quelqu'un.
Même après presque deux ans en médecine, j'ai parfois l'impression que je n'appartiens pas tout à fait à ce monde où les familles paraissent trop aisées et leurs enfants, mes futurs collègues, beaucoup trop heureux pour être vrai. Le confort qu'apporte leur certitude que demain sera aussi bon qu'aujourd'hui est une pensée nauséeuse que je n'arriverai jamais à apprivoiser. Je caricature, je ne le sais que trop bien que ce ne sont pas tous qui ont eu la chance de bénéficier d'une vie sans manques, les profils des étudiants en médecine étant très variés, mais je ne peux m'empêcher de sourire lorsque j'entends jeunes et moins jeunes se plaindre du salaire ou de quelque autre condition de travail des médecins.
Une sourde indignation s'empare de moi lorsque je réalise que certains ne considèrent la médecine que pour des raisons d'argent, de prestige, ou même de reconnaissance, parce qu'ils oublient qu'il y a des préoccupations beaucoup plus importantes en dehors de notre microcosme. Lorsqu'on vient d'un milieu où le rite de passage à l'âge adulte consiste à rouler son premier « joint », décider de consacrer toute sa vie à la médecine s'apparente beaucoup à une profession de foi où l'on promet de se soucier du bien-être des autres avant le nôtre.
Choisir de passer dix ans de ma vie à étudier lorsque demain n'a jamais existé n'est pas une décision que je regrette, parce que je sais que, grâce à la médecine, je serai en mesure d'exercer un impact positif dans le présent de ceux que j'aurai la chance de rencontrer, que ce soit en assurant leur bien-être physique et psychologique ou, mieux, en leur dressant le portrait d'un espoir réel de pouvoir « changer son étoile ». Qui aurait pu se douter que la petite fille aux bras maigres et aux pantalons trop courts dissimulait un futur médecin?
Suivre Nina Nguyen sur Twitter: www.twitter.com/meimeian
Il représente l'idéal de ce que j'attend d'un médecin.
http://video.telequebec.tv/video/14931
Les Parents monstres élèvent leur fille pour en faire une assurance d'avoir un médecin personnel et de glousser dans les coktails mondains. Je consulte un dermato de 57 ans qui me dit que la médecine a transformé les futurs médecins en fonctionnaires; qualité de vie, heures raccourcies, et j'en passe. Il m'a aussi dit qu"il se demande qui va le soigner quand il en aura besoin. Ça prend 3 médecins pour en remplacer un.
Vous êtes une exception mademoiselle, rafraîchissante. Ce que vous décrivez est très réel. Les jeunes demoiselles que vous cotoyez (80% des étudiants en médecine sont des femmes) ont été couvées depuis des années pour atteindre les cotes R les plus élevées pour être admise dans la position la plus payante dans les universités.
Il est temps de revoir les critères d'admissions des facultés de médecine. Le ratio homme femme doit aussi être corrigé immédiatement.
- Une étudiante en médecine
Avant les bon vieux docteurs étaient davantage préoccupés d'aider leurs patients à se guérir. Aujourd'hui ils sont souvent plus guidés par la rectitude politique pour le profit des pharmaceutiques.
La proportion de médecins femmes est définitivement très haute. Si ce n'est pas 80%, on est pas loin. Les méthodes de sélection sont à revoir, c'est certain. Au Québec, la distortion est encore plus grande qu'ailleur au Canada. C'est un fait. La parité, cela fonctionne sur les deux côtés.
Ma conjointe est médecin de famille depuis plus de 25 ans. Sa décision d'être médecin a été prise tôt dans son enfance alors qu'elle vivait dans un pays en guerre. Elle a vécu les massacres, les meurtres et il s'en est fallu de peu qu'elle soit tuée. La compassion est au centre de sa personnalité et ses patients l'adorent tant pour son attitude que pour sa compétence (elle est constamment à l'affut des derniers développements et des "update"). Elle ne se contente pas du premier symptome mais cherche et trouve ce qu'il y a derrière. Elle porte une attention sérieuse aux médicaments prescrits. Il lui arrive souvent de traiter des patients à qui les confrères avaient prescrit des médicaments nocifs tant par le dosage que la nature de la molécule. Malheureusement trop de ces confrères ne font pas d'examens et ne lisent pas les résultats des analyses de labo. Ce sont ce que j'appelle des docteurs "je devine".
Ton attitude et ton parcours, Nina me laisse percevoir que tu es déjà et seras un "bon médecin".
croire en ses reves,,fait une grande différence entre le ,,etre ,,et le,,par-etre,,
J'ai eu le privilège d'enseigner dans l'une des écoles secondaires à la "clientèle" la plus défavorisée du Québec. Je me souviendrai toujours du très grand nombre de ces jeunes (je me souviens surtout des filles) qui aspiraient à devenir des "professionnels" dans les domaines les plus convoités.
Il fait bon lire que l'une d'entre elles a réussi à se hisser au niveau de ses aspirations.
Je vous souhaite tout un avenir à la mesure de vos rêves les plus chers.
Cela ne fait aucun doute
Et cela non plus:
"Une sourde indignation s'empare de moi lorsque je réalise que certains ne considèrent la médecine que pour des raisons d'argent, de prestige, ou même de reconnaissance"
Je vis en Estrie et j'aimerais bien un jour pouvoir confier mon vieux corps à votre science et votre compassion.