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Les temps sont durs pour la femme indienne

12/11/2014 02:48 EST | Actualisé 12/01/2015 05:12 EST

Agra, Inde.

Les regards glauques qui traînent sur mon amie, une Suédoise pourtant toute enveloppée de châles et arborant la bague de notre mariage factice, insinuent une réalité que le Nord du pays vous fait saisir en quelques jours : les temps sont durs pour la femme indienne.

Le Taj Mahal est une jolie cabane qui s'élève au-dessus du vieux bazar d'Agra en mémoire de la défunte épouse d'un empereur moghol, décédée en donnant naissance à leur quatorzième enfant.

La postéromanie : c'est comme ça qu'on appelle l'obsession de se fabriquer des descendants.

Peut-être n'a-t-on jamais pleuré la perte d'un amour par tant de grandeur; toutefois, si le mausolée de marbre blanc coupe bel et bien le souffle, il n'est en rien le symbole du traitement qu'on réserve aux femmes par ici.

Les hommes, en surnombre écrasant dans les lieux publics, nous inspectent de loin, pour finalement nous encercler, braquant des cellulaires sur nos visages, et lançant sans fatiguer la même question :

"This your wife?"

La semaine dernière, une Danoise s'est fait violer par un groupe de vagabonds à Delhi, rafraîchissant aux mémoires la mort de cette étudiante de 23 ans, violée par six hommes, puis battue à mort avec des barres de fer dans un autobus de la même capitale il y a deux ans.

Le crime odieux avait rempli les rues du pays d'un public scandalisé, réclamant le changement à coups d'émeutes et de manifestations.

Chez ce même peuple qui a élu une femme comme première ministre dès les années soixante, ainsi qu'une présidente en 2007, la condition féminine demeure l'une des pires de la planète : il s'y pratique plus du tiers des mariages de mineures au monde, la plupart des meurtres sordides pour cause de dot insuffisante, et un nombre saisissant de viols, dont la plupart, étouffés par des diktats patriarcaux archaïques, restent impunis.

L'affranchissement de cette violence, ancrée dans une culture aux mouvements ralentis par la pauvreté, reste lointain. Pour le touriste blanc d'Amérique, le principal désagrément semble être l'époux temporaire d'une Suédoise aux cheveux blonds comme l'éclat d'un lever de soleil sur un temple de marbre blanc.

C'est la vie.

5 photos de Delhi, en Inde

...

Le train est attendu pour dix-neuf heures.

Partout, sur les quais et dans les halls, le sol est couvert de familles allongées sur des bouts de carton ou de tissu. Entre eux se promènent quelques chiens errants, dont l'un, la patte coupée par un wagon, se traîne jusqu'au tas de déchets en plastique que grignote une grosse vache.

Une vache dont on vend le lait.

L'air est dense, la gare est sombre, et les traits sont sévères. La saleté se conjugue à la claustrophobie causée par la foule qui rive sur vous des regards par dizaines et, si vous vivez l'émoi du choc culturel indien selon les probabilités, vous avez la chiasse. Le Delhi Belly, comme on l'appelle par ici.

Pas grave, vous dites-vous, plus que quinze minutes.

Et le train arrive exactement six heures plus tard que prévu.

Le trajet, qui devait prendre douze heures, en prend vingt. Quatorze heures de retard à destination.

« La S.T.M. vous remercie de votre patience... »

Dans mon wagon, alors que mon amie dormait, j'ai profité d'un compagnon de cabine parlant anglais pour démystifier cette fascination insolente qu'ont les hommes pour les touristes féminines.

"For us, western women are wild. Indian woman only has one boyfriend in her life. How many girls did you have in your life ?"

J'ai changé de sujet.

C'était quand même ma nuit de noces.

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