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TDAH: un mythe en quête de légitimité

06/07/2016 09:57 EDT | Actualisé 06/07/2016 09:57 EDT

Étant donné l'abstraction des concepts en psychologie, il est souvent presque impossible de prouver quoi que ce soit avec des méthodes infaillibles. Inversement, il est tout aussi complexe de discréditer les mythes de la psychologie populaire. C'est exactement là que capitalise la psychiatrie, notamment dans le cas du trouble de déficit de l'attention / hyperactivité (TDAH). Le plus difficile, c'est de discréditer des mythes persistants quand la grande majorité veut y croire.

Bien que les experts en TDAH ont des titres prestigieux avec beaucoup de lettres, comme neuropsychologue, la «science» derrière le TDAH ne pourrait pas être moins objective. Car le diagnostic de TDAH se fait exclusivement (!) par des questionnaires, avec des critères tels que «je perds souvent mon crayon.» La majorité semble l'ignorer, mais il n'y a toujours pas de moyen de diagnostiquer un TDAH avec l'imagerie magnétique (1) ou tout autre moyen qui pourrait être vu comme «naturel.»

Il existe des centaines d'articles de recherche publiés dans des journaux scientifiques qui ont trouvé des différences entre le cerveau d'un groupe contrôle et un groupe avec un TDAH, tel qu'une moins bonne connectivité (2), ou un plus petit cervelet (3). Par contre, ces résultats sont absolument incapables de diagnostiquer le TDAH, puisqu'ils ne sont pas spécifiques aux personnes avec un TDAH (1) ni aux personnes avec des problèmes psychiatriques. Une moyenne est un très mauvais prédicateur quand il faut l'appliquer à une seule personne. De même, on entend souvent des gens qui prétendent avoir un «déséquilibre chimique» dans le cerveau. Il n'y a présentement aucun standard établi de «bonne» ou «mauvaise» chimie. Bref, ce qu'on appelle un TDAH est une description basée sur le comportement plutôt que sur un profil neurologique. Il n'y a aucune manière de diagnostiquer un TDAH sans demander au patient (souvent aussi jeune que 6 ans) s'il est hyperactif.

Par conséquent, quand on se demande si le TDAH est un désordre ou une normalité, on doit se baser uniquement sur le comportement décrit, puisque «TDAH» ne réfère à aucune réalité biologique établie. Est-ce vraiment un désordre d'être hyperactif en classe? Est-ce vraiment un désordre d'être agité quand on travaille dans un cubicule 40 heures par semaine? Peut-être que chaque personne a besoin de nouveauté, et que certains ont besoin de plus de nouveauté que la personne moyenne? À peu près tous les symptômes ou phénomènes associés au TDAH sont facilement explicables par une quête de nouveauté ou de sensations fortes. Par exemple l'utilisation de drogues récréatives ou de risque de blessure (5)... ou bien juste l'hyperactivité, qui se manifeste juste dans des environnements peu stimulants.

Effectivement, des chercheurs ont conclu que l'hyperactivité est un système homéostatique qui cherche à surmonter le manque d'excitation (6). Remarquablement, le TDAH «permet» de jouer à des jeux vidéo de manière problématique (7), ce qui semble incompatible avec l'hypothèse qu'un cerveau anormal empêche les gens hyperactifs de se concentrer pour de longues durées. Tout aussi curieux, une chaise vibrante peut soulager les symptômes d'hyperactivité (8), ce qui semble explicable juste par le fait que ça stimule. Le TDAH ne se manifeste pas dans les sports, dans la mesure où on pense que le TDAH est souvent présent chez les athlètes (9). D'autant plus que notre parcours évolutionnaire ressemble beaucoup plus à du sport qu'à un cours plate. Surtout chez les mâles, qui chassaient, ce qui explique probablement qu'il y a jusqu'à 16 fois plus de garçons avec le TDAH (10).

Les experts font comme d'habitude, et rejettent ces ambigüités avec d'autres ambiguïtés, comme en disant que le TDAH, même si on ne sait pas vraiment ce que c'est, doit être sur le chromosome Y (11). L'important, c'est qu'ils viennent avec une explication qui continue à nous donner l'illusion que le TDAH est un désordre qui nécessite un traitement avec des psychostimulants. Parce que toute autre solution est mystérieusement absente de la recherche scientifique. Curieusement, le diagnostic du TDAH vient avec la liberté de choisir parmi une panoplie de médicaments psychoactifs, tous extrêmement chers (ou profitables)... mais ne vient pas avec un simple conseil gratuit par rapport à la consommation de sucre ou de caféine.

L'épidémie de TDAH émerge dans une société où à peu près personne ne veut s'occuper de l'épanouissement des enfants. Que ce soit la garderie, l'école, le lait en formule, ou un psychiatre, il y a toujours un sous-traitant qui vient remplacer les parents. Une société ou une femme souvent dans la vingtaine et avec très peu d'expérience doit s'occuper et divertir une trentaine d'enfants à l'année longue, tout en leur apprenant le français. Est-ce qu'on peut la blâmer de référer un enfant agité au psychiatre? Est-ce qu'on peut vraiment blâmer les parents qui voient que leur enfant est incapable de se concentrer, et qui semble s'orienter vers une carrière peu prestigieuse? Personne ne veut avoir l'enfant qui va devenir un travailleur manuel, qui est habituellement moins payé que les emplois plus inactifs. Ça explique que les enfants issus des familles les mieux nanties ont plus de diagnostics de TDAH. C'est pour ça qu'on appelle les psychostimulants «mother's little helper», parce que c'est pour les parents, et les autorités qui font la job d'une quarantaine de parents à la fois. Pas pour les enfants. Parce qu'eux, ils ont juste besoin d'activité.

Le terme «hyperactivité» prend son sens en relation avec l'environnement. Personne n'est hyperactif à la récréation ou en pleine partie de ballon chasseur. Pour les adultes, tout le monde n'est pas prêt à devenir travailleur manuel pour dépenser son excès d'énergie, quand ils ont l'intelligence d'aller étudier à l'université.

Donc, qui voudrait croire que l'hyperactivité est normale, que chaque personne a besoin de nouveauté quotidienne, et que personne n'a besoin de Ritalin pour prospérer? Le monde sans ambition?

Références

1. Weyandt, L., Swentosky, A., & Gudmundsdottir, B. G. (2013). Neuroimaging and ADHD: FMRI, PET, DTI findings, and methodological limitations. Developmental Neuropsychology, 38(4), 211-225. doi:10.1080/87565641.2013.783833

2. Konrad, K., & Eickhoff, S. B. (2010). Is the ADHD brain wired differently? A review on structural and functional connectivity in attention deficit hyperactivity disorder. Human brain mapping, 31(6), 904-916. doi: 10.1002/hbm.21058

3. Seidman, L. J., Valera, E. M., & Makris, N. (2005). Structural brain imaging of attention-deficit/hyperactivity disorder. Biological psychiatry, 57(11), 1263-1272. doi:10.1016/j.biopsych.2004.11.019

4. Rooney, M., Chronis-Tuscano, A., & Yoon, Y. (2012). Substance use in college students with ADHD. Journal of Attention Disorders, 16(3), 221-234. doi:10.1177/1087054710392536

5. Lahey, B. B., Pelham W. E., Stein M. A., Loney J., Trapani C., Nugent K.,. . . Baumann B. (1998). Validity of DSM-IV attention-deficit/hyperactivity disorder for younger children. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 37(7), 695-702. doi: 10.1097/00004583-199807000-00008

6. Zentall, S. S., & Zentall, T. R. (1983). Optimal stimulation: A model of disordered activity and performance in normal and deviant children. Psychological Bulletin, 94(3), 446-471. doi:10.1177/0149206309335187

7. Mazurek, M. O., & Engelhardt, C. R. (2013). Video game use in boys with autism spectrum disorder, ADHD, or typical development. Pediatrics, 132(2), 260-266. doi:10.1542/peds.2012-3956

8. Fuermaier, A. B., Tucha, L., Koerts, J., van Heuvelen, M. J., van der Zee, E. A., Lange, K. W., & Tucha, O. (2014). Good vibrations-effects of whole body vibration on attention in healthy individuals and individuals with ADHD. PLoS One, 9(2), e90747. doi: 10.1371/journal.pone.0090747

9. Stabeno, M. E. (2004). The ADHD affected athlete. Canada: Trafford Publishing.

10. Szatmari, P., Offord, D. R., & Boyle, M. H. (1989). Ontario Child Health Study: prevalence of attention deficit disorder with hyperactivity. Journal of child psychology and psychiatry, 30(2), 219-223. doi: 10.1111/j.1469-7610.1989.tb00236.x

11. Mulligan, A., Gill, M., & Fitzgerald, M. (2008). A case of ADHD and a major Y chromosome abnormality. Journal of Attention Disorders, 12(1), 103-105. doi:10.1177/1087054707311220

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