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Défense du français: voir clair dans le double langage de Mulcair

30/09/2015 07:45 EDT | Actualisé 30/09/2016 05:12 EDT

En construisant son identité nationale sur la langue française, le Québec s'est donné une culture ouverte à différentes réalités, ouverte aux personnes de toutes origines, et capable d'enrichir la diversité mondiale. L'histoire et la géographie ont placé le Québec dans l'obligation de devoir constamment défendre sa langue et son identité. Les Québécois qui sont tentés d'accorder leur confiance à Thomas Mulcair devraient se demander s'il est vraiment à la hauteur des tâches imposées par cette obligation.

Le Bloc québécois a quant à lui déjà fait ses preuves en la matière. Le Bloc est à Ottawa depuis l'élection de Gilles Duceppe en 1990 pour défendre la langue française, les intérêts supérieurs du Québec et promouvoir la souveraineté. Pendant près de 20 ans, le Bloc a travaillé sans relâche pour la langue française, notamment en proposant l'extension de la loi 101 aux entreprises québécoise sous juridiction fédérale. En 2011, les Québécois ont choisi en majorité de faire confiance à Jack Layton pour défendre leurs intérêts et leur langue. Malheureusement emporté quelques mois plus tard par la maladie, le chef du NPD n'a pas eu l'occasion de montrer comment il comptait succéder au Bloc québécois pour promouvoir la langue française à Ottawa.

Le NPD est actuellement aux mains de Thomas Mulcair. Anglophone s'exprimant très bien en français, Mulcair a toujours fait l'apologie du bilinguisme. Mais qu'a-t-il fait pour la défense du français depuis qu'il est à Ottawa? Si on fait le bilan du NPD de Mulcair depuis qu'il est l'opposition officielle à Ottawa, on constate qu'il n'est pas à la hauteur du Bloc québécois. Appui à l'élection d'un juge unilingue anglophone à la Cour suprême, projet de loi sur la clarté référendaire qui réaffirme le droit d'Ottawa de s'opposer à la volonté démocratique des Québécois, projet de loi édulcoré sur l'application de la loi 101.

Par contraste, le Bloc se tenait encore récemment debout pour appuyer la mairesse de Longueuil, déterminée à conserver le caractère francophone de sa ville, et pour soutenir l'écrivain Victor-Lévy Beaulieu dans sa lutte contre Patrimoine Canada, qui impose aux éditeurs québécois d'inclure des remerciements en anglais lorsqu'ils reçoivent des subventions du fédéral. Dans ces deux dossiers, les députés du NPD brillent par leur absence. Comme toujours, les fédéralistes se taisent quand le français est bafoué, seuls les souverainistes montent aux barricades.

Est-il réaliste de penser que le NPD de Thomas Mulcair se rattrapera dans l'avenir, et fera de la langue française une priorité véritable? Le passé de Mulcair montre qu'il a toujours défendu le bilinguisme, mais jamais le français en tant que tel. Lorsqu'il s'adresse aux Québécois, Thomas Mulcair aime rappeler qu'au début des années 1980, en tant que jeune avocat fraîchement diplômé de McGill, il a travaillé à l'emploi du Conseil supérieur de la langue française. Dans son autobiographie intitulée Strength of Conviction, Mulcair insiste lourdement, à l'intention du Canada anglais, sur le fait qu'il ne faut pas confondre «Conseil de la langue française» et «Office de la langue française», et sur le fait que, malgré cet emploi, il a toujours été un fédéraliste convaincu. Mulcair est évidemment un fédéraliste acharné, qui en douterait?, et un grand partisan du bilinguisme à la Trudeau.

Mulcair aime toutefois beaucoup moins que l'on rappelle aux Québécois son engagement à Alliance Quebec. En tant qu'avocat, son mandat était de combattre la loi 101 sur le terrain juridique. À la tête d'un groupe de commerçants anglophones qui refusent de se soumettre à la loi, Mulcair combat la première version de la loi 101, qui exigeait que les commerces affichent en français uniquement. Il contacte lui-même des commerçants anglophones, leur offrant ses services pour contester la loi québécoise.

Rappelons qu'Alliance Quebec était financé à 90% par le gouvernement canadien. Dans la presse anglophone, ce qui est aujourd'hui au Québec un secret honteux pour Mulcair devient comme par magie un fait d'arme héroïque. En entrevue au National Observer, Eric Maldoff, membre fondateur d'Alliance Quebec, se vante ainsi, en parlant de l'époque où Mulcair menait la charge contre la loi 101: «Whenever you hear hard-line separatists complaining that Bill 101 had a ton of holes driven through it, they're talking about us». Traduction libre: « Lorsque des séparatistes purs et durs se plaignent qu'on a troué de toutes parts la loi 101, c'est de nous qu'ils parlent. » Deux langues, deux discours différents.

Est-ce un hasard que la promotion du bilinguisme serve en fait à empêcher la protection du français au Québec? Le bilinguisme de Trudeau est une stratégie machiavélique. Il n'a jamais vraiment aidé les francophones hors Québec, dont l'assimilation à l'anglais est en hausse depuis 1971. Mais le bilinguisme a toujours été une arme dans l'arsenal de certains anglophones du Québec, qui n'ont jamais accepté le caractère francophone de notre société. Est-ce un hasard si Mulcair tient un double discours au Québec et au Canada anglais, lui qui a utilisé l'idéologie du bilinguisme pour mettre du plomb dans l'aile de la loi 101? D'ailleurs, on ne s'étonnera plus de l'entendre émettre des réserves sur Énergie Est en français, pour ensuite donner son appui en anglais au passage du bitume albertain sur le territoire du Québec. Lorsqu'on voit clair dans le double discours de Mulcair, on comprend pourquoi le NPD n'a pas été à la hauteur pour remplacer le Bloc. Il faudra toujours défendre la langue française en Amérique, et c'est ce que fera le Bloc à Ottawa si les Québécois lui donnent leurs voix. Contrairement aux autres partis, le Bloc fera aussi la promotion de la seule façon de protéger durablement le français: la souveraineté du Québec.

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