LES BLOGUES

Ne nous laissons pas distraire par l'électoralisme

11/03/2014 12:58 EDT | Actualisé 10/05/2014 05:12 EDT

Grosse fin-de-semaine de "souverainisme" péquisto-solidaire. D'abord, Mme Marois y va de la figure imposée habituelle depuis 20 ans: on brandit "le pays" devant une salle de militants, un samedi ou un dimanche quand l'audience du grand public est à son plus bas.

Puis, arrivée en renfort de Pierre-Karl Péladeau qui, j'en prends bonne note, fait une sortie indépendantiste sans équivoque. Cela ne transforme pas soudainement le PQ en parti qui propose concrètement l'indépendance, mais comme d'habitude quand le PQ agite le hochet, certains militants ont l'impression que ce parti et ses dirigeants viennent de changer en ce sens et se mettent à chanter le début d'un temps nouveau. Il faut donc encore une fois le leur redire: si jamais le PQ décide qu'il veut faire l'indépendance, qu'il veut faire sa campagne électorale là-dessus et qu'il promet un référendum, croyez-moi, ça se saura. Plus rien ne ressemblera au cycle ennuyant actuel.

Pour le moment, le petit accès de fièvre de cette fin-de-semaine sera bien vite oublié dans le brouhaha de la campagne pour un bon gouvernement autonomiste provincial, comme il se doit.

Cela dit, quoi qu'on pense de Pierre-Karl Péladeau, du comportement des magnats et des empires de presse, des questions morales, sociétales et philosophiques que l'existence même de milliardaires soulève chez certains d'entre nous à juste titre, son appui passionné à l'indépendance n'est pas anodin. Le simple fait qu'une personnalité aussi connue et marquée du sceau des affaires, de la réussite et de la puissance économique, se lance en politique à la faveur d'un indépendantisme clair et déterminé, est inédit. Dans l'immédiat, on peut légitimement penser que la sortie de M. Péladeau est un gain pour les indépendantistes.

À cet égard, la réaction de Françoise David - la vraie cheffe de Québec solidaire - illustre bien le fait que le spectre gauche-droite est la grille d'analyse prépondérante, sinon exclusive, chez QS. En effet, Mme David s'est comportée comme si une monstrueuse et innommable calamité venait de s'abattre sur le monde politique québécois. Outrée, le visage sombre et le verbe dur, Mme David nous a expliqué avec horreur qu'elle n'irait pas à l'Assemblée nationale sans se munir d'un scaphandre anti-bactérien, si Péladeau devait y faire son entrée.

Il existe effectivement plein de bonnes raisons d'être en désaccord profond avec M. Péladeau. Mais il est intéressant de noter que son vibrant plaidoyer indépendantiste semble être passé 100 pieds au-dessus de la tête de Mme David.

Quoi qu'il en soit, la plateforme électorale du PQ n'est toujours pas indépendantiste. La suite la plus probable des choses veut donc que, dans un avenir prévisible, M. Péladeau devienne un ministre parmi d'autres dans un gouvernement nationaliste provincial, accablé par divers dossiers urgents - et peut-être la défense de certaines mesures dites "identitaires" - qui continueront de faire de l'indépendance du Québec un rêve lointain et inaccessible.

Il est donc essentiel qu'Option nationale et tous ceux qui veulent l'indépendance ne se laissent pas distraire par les élans du "souverainisme" électoraliste, même quand celui-ci devient momentanément spectaculaire. Ne soyons pas dupes. Restons bien concentrés sur l'objectif et donnons tout ce que nous avons. Si jamais, un jour, un autre parti, peut-être grâce à nous, décide de se donner une démarche indépendantiste concrète et prioritaire, nous prendrons nos décisions en conséquence. Entre temps, on fonce.

>Élections 2014: toutes les nouvelles et les blogues du HuffPost sur la campagne

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

La campagne électorale en citations

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.



>Comment connecter son compte HuffPost à Facebook pour pouvoir commenter?