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Ce souverainisme qui n'ose pas

08/02/2014 07:37 EST | Actualisé 10/04/2014 05:12 EDT

Presque sept ans après son arrivée en poste, la direction actuelle du Parti québécois annonçait mercredi une toute première (et timide) mesure qui pourrait éventuellement s'avérer vaguement indépendantiste: un livre blanc sur «l'avenir du Québec» suivi d'une «vaste» consultation en commission parlementaire.

Évidemment, l'annonce s'est faite là où les dirigeants péquistes font l'essentiel de leurs sorties à caractère souverainiste, c'est-à-dire devant un parterre de militants. Cette méthode éprouvée a l'avantage de bien laisser comprendre aux journalistes et à la population qu'il s'agit d'abord de donner un peu d'espoir à sa base, davantage que d'initier une démarche indépendantiste concrète et immédiate. Et dans le cas présent, on fait cette annonce le plus loin possible de la prochaine élection, histoire de se débarrasser dès maintenant de ce sujet qu'on juge encombrant et ainsi minimiser les risques qu'on s'en souvienne en campagne électorale.

Depuis cette annonce, le ministre de la gouvernance souverainiste (ça, c'est comme si les conservateurs avaient un ministre de la gouvernance conservatrice. Le rôle du ministre de la gouvernance souverainiste est de distiller çà et là un peu de «souveraineté» pendant que les vrais ministres s'occupent des vraies affaires. Règle générale, si les médias parlent du ministre de la gouvernance souverainiste, c'est en début de journée, avant que celui-ci ne soit relégué aux oubliettes par les vraies affaires aux grands bulletins du soir). Bref, le ministre de la gouvernance souverainiste, Alexandre Cloutier, ainsi que le ministre Lisée, ont ajouté une bonne couche de l'habituelle confusion volontaire péquiste au concept présenté par la première ministre: pendant que le premier affirmait qu'il ne fallait pas «présumer des conclusions de cette consultation», le second a ajouté que sur la «souveraineté, nous n'allons pas changer d'idée, ça, c'est clair».

En outre, le ministre Cloutier a déclaré que «le système du fédéralisme nuit à l'économie du Québec [et] nuit à plusieurs égards aux Québécois». Plutôt que d'en conclure explicitement à la nécessité de l'indépendance, le ministre a évoqué les désaccords sur la réglementation des valeurs mobilières et sur le financement des fonds de travailleurs, disant qu'il fallait «qu'on en prenne à nouveau connaissance et qu'on apporte les correctifs nécessaires». Voici donc un «souverainiste» qui veut apporter des correctifs aux irritants du système fédéral.

Bref, nous sommes encore quelque part entre l'autonomisme provincial, la dénonciation de certaines frictions administratives et une vague hypothèse de référendum un de ces jours (irrépressibles et profonds bâillements). Pour une démarche indépendantiste claire, positive et assumée, le gouvernement du PQ n'est donc toujours pas la bonne adresse.

Suis-je en train de dire qu'il est impossible que les choix péquistes débouchent sur l'indépendance? Non. Mais force est de constater qu'on reproduit - en plus mou que jamais - des comportements qui, de toute évidence, n'ont pas mené le Québec et le mouvement indépendantiste ailleurs que dans la situation actuelle.

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