C'est le temps du renouveau, comme on dit, et tandis que le soleil tend à darder ses rayons hésitants et ambrés sur les gazons encore étourdis et hagards, la femelle, par trop longtemps retenue, entreprend sans attendre sa danse du blanc mollet, certes encore un peu ratatiné, mais plein de promesses. Le mâle, lui, s'accommodera sans rechigner de son appellation cromagnonesque. Mieux, il l'accueillera avec joie, dévirilisé par l'air du temps et un semestre sans cabanon. Et c'est aussi ratatiné que sa douce enfin épilée qu'il sortira de l'hiver, bedonnant, mais soulagé.
Les joies sauvages s'en vont l'hiver dans le fond des garde-robes. Elles partent pour la grande migration sous les chandails de laine, sous les manteaux doublés, derrière les foulards de cachemire, sous les bonnets de poil. Les joies sauvages passent les six mois de la saison froide emmitouflées de plumes Canada Goose et de poil d'animal qu'on préfère ne pas imaginer dépecés de leur pelage. Elles sont loin des regards et des envies. Elles hibernent en silence derrière les doubles vitrages de leurs nids douillets. Elles n'émergent de la couette que pour plonger dans le polar et se glisser dans le fantex en morvant et en toussant.
Vous vous rappelez de cet esprit qui nous animait quand nous étions enfants? L'insouciance des certitudes, des journées remplies de jeux, des matins clairs, des espoirs fous, des rêves insensés et des utopies essentielles. L'insouciance des copains sans questions, des balades sans raisons, d'un monde sans frontières, des soupers sans vaisselle, des nuits sans réveil, des devoirs sans conséquences, des dimanches sans lessive, des balades en vélo sans casque.
Quand tu tapes cabane à sucre dans Google, la première proposition que le moteur de recherche suggère est « cabane à sucre constantin » alias Constantin-Grégoire. Apparemment, c'est la crème de la crème de la cabane à sucre pour tout Montréalais qui se respecte et tout maudit français qui n'a pas peur d'être cliché. Je me retrouve donc à faire mon chemin de croix alimentaire en soupant des oreilles de criss au fin fond du Saint-Esprit, dans la région de Lanaudière, un vendredi 13. Végétariens, s'abstenir.