La culture, la cohésion sociale, voilà deux grandes oubliées dans le débat entourant la langue d'enseignement au collégial. Je constate une fois encore qu'au Québec, la question linguistique est un gros arbre qui cache bien d'autres dimensions de vie en société. Dans le cas particulier de l'intégration des immigrants, croire qu'il suffit de leur faire apprendre quelques rudiments de français pour les laisser à leur sort ensuite est un leurre.
Notre propre gouvernement fédéral a mis son sceau d'approbation sur une émission de «téléréalité de misère»: selon des documents obtenus par une femme de Vancouver, le ministre de la Sécurité publique Vic Toews a approuvé le tournage de l'arrestation de présumés clandestins, et le bureau du premier ministre a prévisionné une bobine démo de l'émission.
En affirmant que «la loi 101 n'a pas et n'a jamais eu comme objectif d'intervenir dans la vie des couples et des familles pour leur dicter la langue qui s'y parlera», M. Jean-Pierre Proulx (Le Devoir, 3 décembre 2012) ne courrait aucun risque. En effet, malgré tout l'ascendant que M. Camille Laurin, parrain de la loi 101, avait acquis sur ses collègues du gouvernement péquiste élu en 1976, jamais René Lévesque n'aurait accepté que l'on veuille «intervenir» et «dicter» quoi que ce soit, pas même à propos de la langue. Cette idée n'a jamais effleuré l'esprit de M. Laurin.
Plusieurs des présumés immigrants fraudeurs visés par le gouvernement Harper ne sont pas présents en sol canadien ou québécois. Ils vivent encore dans leur pays d'origine. Par contre, ils bénéficient des mêmes droits que vous et moi : accès au système de soins de santé universel, accès à une éducation à moindre coûts. Mais à la différence de vous et moi, ces personnes ne paient pas d'impôts. Elles contribuent peu ou pas du tout à l'avancement de notre société.
Il est vrai que les enjeux concernant l'immigration et, plus important, concernant les personnes issues de l'immigration ont été évacués de cette campagne électorale. Fallait-il s'y attendre? En revanche, il m'apparaît nécessaire de souligner que plusieurs personnes issues de l'immigration ont fait le choix de présenter leur candidature à ces élections. Il faut du courage pour se lancer en politique, et ce, pour n'importe qui.
Mais d'où viendrait ce «goût renouvelé pour la chasse aux Anglos» selon M. Kelly-Gagnon? Elle découlerait, dit-il, «d'une anxiété accrue [...] liée à cette idée que le fait français serait en péril au Québec». Et pour contrer cette idée, il suffirait de noter, que si la proportion de francophones diminue à Montréal, c'est simplement parce que «les Québécois francophones - surtout les couples avec jeunes enfants - quittent Montréal pour les couronnes nord et sud dans une proportion plus grande que les anglophones».
De nos jours, pour justifier une forte immigration, on prétend qu'il faudra davantage de travailleurs pour combler 700 000 emplois, dont «460 000 postes [...] laissés vacants par le départ à la retraite des baby-boomers». On suppose tout simplement qu'un départ à la retraite conduit nécessairement à une nouvelle embauche. Là est le sophisme.
Les réactions à mon premier billet intitulé Le Québec des possibles portant sur la nécessité d'adopter un discours plus positif sur l'intégration des nouveaux arrivants ont pour la plupart été fort positives. Plusieurs personnes m'ont lancé des fleurs. «Bravo». «Félicitation». «Enfin un message rafraîchissant, merci». Par contre, plusieurs autres, dont des immigrés comme moi, m'ont lancé le pot.
J'en ai ras le bol d'entendre ce discours misérabiliste qui imprègne le débat actuel sur l'intégration des immigrants au Québec. Parfois, ce discours me lève le coeur, tellement il fait une belle place aux difficultés vécues par les nouveaux arrivants. Rien n'est dit de leur réussite. Leur succès est passé sous silence.