Philippe Couillard et Marc Tanguay, respectivement chef du PLQ et porte-parole de l'opposition officielle pour la Charte de la langue française, ont fait paraître mardi dernier sur le Huffington Post Québec un texte qui expliquait leur opposition «par principe» au projet de loi 14. Soit les raisons pour lesquelles ils voteront contre celui-ci. Puisque je ne peux les laisser sans réplique, j'entends affirmer sans détour l'appui inconditionnel que je confère à ce projet de loi.
C'est notamment au gouvernement libéral de Robert Bourassa que nous devons la loi 22 de 1974, loi qui faisait du français la langue officielle du Québec. Malgré son manque de mordant, cette loi était un pas majeur vers l'avant et allait mener à la loi 101 du Parti Québécois en 1977. Mais à entendre les Libéraux d'aujourd'hui et leur allié médiatique, on jurerait que le français est sans importance au Québec.
Vous en avez probablement déjà entendu parler. Le ministre Jean-François Lisée et le Quebec Community Groups Network annonçaient conjointement que le Gouvernement du Québec allait financer la tournée québécoise du chanteur David Hodges pour la chanson « Notre home » à hauteur de 20 000 $. Quel éclair de génie a frappé le ministre pour qu'il appuie financièrement une « publicité » d'un groupe de pression qui vise le bilinguisme institutionnel?
Depuis plusieurs jours, je participe (par textes interposés) à un débat sur la condition du français au Québec. En fait, je défends ma position depuis maintenant un an et elle se résume de la manière suivante: le multilinguisme brouille les cartes sur le français. Cependant, j'ai compris récemment que ce qui inquiète vraiment ceux qui sont en désaccord avec ma thèse, ce n'est pas le supposé déclin du français. Plutôt, c'est la montée de l'anglais qui préoccupe les esprits.
N'est-il pas temps d'adopter une autre attitude dans cet éternel débat linguistique? La discussion est souvent plate à mort parce qu'elle consiste surtout à taper sur l'anglais et à chercher à punir les bilinguals, plutôt qu'à célébrer la langue que nous avons, inévitablement anglicisée qu'elle peut parfois être. Tenez. Un des plus beaux mots québécois est, en fait, un mot anglais. Enfirouapé, qui vient de "in fur wrapped" (enveloppé dans la fourrure). Autre belle gymnastique que celle-là .
Et de lire Kelly McParland dans le National Post hier, en parallèle au dévoilement des données du recensement 2011 sur les langues parlées au Canada, j'en ai eu la gueule à terre. Le moralisme rampant du National Post, j'y suis habitué, mais un ton aussi ouvertement moqueur et une incompréhension aussi criante de la chose francophone, c'est du rarement vu.
Les données linguistiques du recensement 2011 sont venues confirmer ce que plusieurs d'entre nous avaient déjà constaté: le français recule au Québec. Dans le reste du Canada, la situation du français est catastrophique : hors Québec, 43 % des francophones (langue maternelle) utilisent plus souvent l'anglais à la maison que le français. Ces « assimilés » sont, pour la plupart, des jeunes, ce qui laisse entrevoir une assimilation quasi totale à l'anglais hors de l'Acadie dans un avenir relativement proche.
M. Stephen A. Jarislowsky, président d'une «société agréée de conseillers en placements», a fait récemment quelques semonces aux Québécois francophones: réfractaires à l'anglais, ils s'isoleraient de l'humanité toute entière. Le 21 septembre 2012, il dénonçait un Québec voulant «supprimer l'anglais pour que le français puisse survivre» et «maintenir le peuple dans l'ignorance». Il affirmait que «nulle part ailleurs sur Terre, l'apprentissage de l'anglais n'est découragé».
Le gouvernement conservateur vient de nommer deux commissaires à l'immigration unilingues anglais pour la région de Montréal. Le ministre de l'immigration Jason Kenney n'y voit rien de mal. « Nous sommes dans un pays bilingue » clame-t-il sur le ton d'une évidence. De plus fait-il valoir, des francophones unilingues sont également nommés, oubliant de mentionner qu'il est impensable de nommer ceux qui parlent français seulement dans le reste du Canada. La réaction du ministre traduit certainement l'indifférence du gouvernement conservateur face au Québec. Mais elle démontre surtout à quel point l'utopie d'un pays bilingue n'a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais.