Alors qu'une bonne majorité d'électeurs ont voté aux élections du 4 septembre dernier pour une formation politique privilégiant une hausse des droits de scolarité, les scénarios d'un gel ou d'une indexation de ces droits semblent être ceux qui seront sur la table au moment d'échanger à la mi-février prochain.
La condamnation d'un jeune leader étudiant crée des remous au sein de la communauté internaute... Le titre d'un billet récemment publié sur ce site m'a interpelé : «Coupable d'inspirer». Le problème est qu'on peut inspirer et respecter la loi en même temps - peu importe qu'on soit d'accord avec la loi ou pas. Précisons d'abord qu'il est important d'avoir des jeunes qui se « tiennent debout ». Peut être pourront-ils « inspirer » une génération plus âgée qui a depuis longtemps plié l'échine devant des situations inacceptables: corruption, iniquités sociales croissantes, pauvreté chez les enfants, etc.
Je n'ai aucun problème à ce que des groupes et des individus revendiquent la gratuité scolaire, le droit à la dissidence, ou n'importe quoi qui reste dans les limites du bon sens. Là où je fulmine, c'est lorsque les menaces sortent avant même qu'on débatte réellement du sujet. On retrouve ici la bonne vieille ASSÉ, celle-là même pour qui les compromis sont signes de faiblesse, pour qui la grève est un moyen de pression parmi tant d'autres et non le dernier recours.
Montréal est une ville de coupables. Depuis des mois, les voleurs et les corrompus font la sellette oubliant même les sommes dérobées, les dates, les autres dérobeurs de biens publics impliqués. Ces gens se promènent en cravate et beaux atours, sont invités et applaudis à Tout le monde en parle et retournent tranquillement dans leurs maisons récemment léguées à leurs femmes ou enfants. Pourtant aujourd'hui c'est un jeune militant de 22 ans qui est trouvé coupable pour avoir fait valoir des droits collectifs.
Le Parti Québécois avait promis l'annulation de la hausse et l'abrogation de la loi 12, il l'a fait. Pourtant, pour en arriver là, il a fallu un travail énorme, tant pendant le printemps que pendant la période électorale. La Fédération étudiante universitaire du Québec, en collaboration avec sa consoeur la Fédération étudiante collégiale du Québec, a mis en place une ambitieuse campagne pour faire sortir le vote des jeunes, prenant le pari que plus les jeunes iraient voter, plus le gouvernement libéral avait des chances d'être défait. Nous voulions faire la différence.
Un article au Devoir a particulièrement attiré mon attention sur le sujet de la transparence de l'action et de la gouvernance. Dans « Le silence numérique du gouvernement aurait empiré la crise », Fabien Deglise analyse les impacts qu'aurait pu avoir le «silence du gouvernement de Jean Charest dans les nouveaux espaces numériques de communication» sur le conflit actuel. Il es ressort un constat d'échec.
Depuis le début de la grève étudiante, le gouvernement et la plupart des éditorialistes et commentateurs ne cessent de s'en prendre à Gabriel Nadeau-Dubois, le leader de la CLASSE. Pourquoi donc? Parce qu'il est le seul à garder le cap sur la raison qui a amené les étudiants à entrer en grève : la hausse des frais de scolarité. Sans Gabriel Nadeau-Dubois, ce réveil des étudiants et, plus généralement, de la population québécoise, aurait-il lieu? Permettez-moi d'en douter.
Dans une négociation, chacun doit faire son bout de chemin. Quand on annonce aux étudiants qu'on les fait venir un vendredi à 16 heures pour rouvrir le dialogue, pour parvenir à une entente, c'est qu'on est prêt à faire son bout de chemin. Sa «juste part» dans la négociation. Quand on les fait négocier pendant 20 heures de temps, passer la nuit debout, c'est qu'on s'attend à ce qu'enfin, il y ait compromis.
Qu'arrive-t-il en décembre 2012 si, dans le cadre des travaux de ce conseil provisoire, on ne réussit pas à réinjecter dans la réduction des frais afférents et dans les services aux étudiants, les dollars prétendument consacrés aux mauvaises pratiques administratives présumées du milieu universitaire? J'ose à peine l'imaginer.
Étant nous-mêmes opposés à la hausse des frais de scolarité telle qu'annoncée dans le dernier budget Bachand, nous nous enthousiasmons à l'idée que ce mouvement étudiant propulse la question des frais de scolarité universitaires à l'avant-plan du débat public. Notre optimisme se transforme néanmoins en désappointement lorsque nous constatons à quel point les négociations entre les associations étudiantes et le gouvernement sont laborieuses, voire inexistantes.