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Le burkini n'est pas un symbole de liberté

14/09/2016 09:40 EDT | Actualisé 14/09/2016 09:41 EDT

Parce qu'il a été interdit sur les plages de France, le burkini a été érigé en véritable symbole de liberté par la gauche. Avant lui, c'est le hijab qui a connu cette gloire et qui s'est même vu transfiguré en outil de résistance féministe lors du débat sur la Charte des valeurs au Québec. Entretemps, le niqab a fait les manchettes, présenté comme légitime apparat identitaire au lieu du visage lorsque la Cour Suprême du Canada a permis à une femme de prêter serment ainsi recouverte.

Alors qu'il est justifiable de demander à quiconque représente un État laïque de représenter sa neutralité religieuse et à quiconque acquiert la citoyenneté canadienne de le faire à visage découvert par souci d'égalité et de sécurité; force est de reconnaître que l'interdiction du burkini est absurde, car un État démocratique n'a pas à légiférer sur les tenues de plage.

Toutefois, l'édification des vêtements islamiques en symboles de liberté est une manie qui relève du délire et expose une gauche régressive dans l'erreur tout autant que les maires français.

Les mêmes arguments reviennent à chaque occasion: si les musulmanes choisissent de se couvrir de leur plein gré, l'Islam ne peut donc pas brimer la liberté des femmes. Les habits religieux deviennent alors les symboles de leur liberté face à une démocratie colonialiste qui impose sa laïcité.

Ce raisonnement est fallacieux, car il repose sur une confusion constante entre les personnes et les idées, privilégie les perceptions aux dépens des faits et prétend évaluer des systèmes politiques en prenant pour seul paramètre la subjectivité de certaines femmes qui y adhérent.

Le choix des femmes devient une notion passe-partout avancée pour invalider toute critique féministe de la religion, sans égard à sa nature systémique et institutionnalisée au fondement du patriarcat, qui dépasse de loin le choix d'une personne et ne dépend certainement pas de sa perception.

«Hijab, niqab, burkini et autres ne sont pas des symboles de liberté, mais des symboles de l'Islam et de son idéologie sexiste.»

Porter le burkini à la plage est une liberté individuelle qui ne signifie pas pour autant qu'il s'agisse d'un mode de libération sociale pour les femmes et encore moins pour celles qui adhèrent à l'Islam, une religion politique où la couverture du corps est prescrite à toutes les musulmanes et forcée sur celles qui vivent sous gouverne islamique.

Hijab, niqab, burkini et autres ne sont pas des symboles de liberté, mais des symboles de l'Islam et de son idéologie sexiste. Les femmes ont bien sûr le droit d'y adhérer, comme elles ont la liberté de performer et de promouvoir la soumission et l'effacement que leur religion leur demande - mais cela n'est pas du féminisme ni une position pour la liberté des femmes.

Bien au contraire: le fait que les femmes incarnent les politiques religieuses ne signifie pas que la religion est féministe, mais bien que les femmes supportent les systèmes sexistes tout autant que les hommes.

Ne soyons pas naïfs sur le symbole des ces étoffes: méthodes de subordination morale, sexuelle et politique des femmes aux hommes, à l'image des religions, toujours fondées sur le contrôle du corps et de la sexualité des femmes. Du christianisme qui tente incessamment de légiférer contre le droit à l'avortement, à l'islam qui exploite le corps féminin par la notion d'honneur, exige qu'il soit recouvert en public, prêche le mariage des enfants et l'esclavage sexuel, justifie les crimes d'honneur et donne aux maris tous les droits physiques sur leurs femmes par la loi de la charia; toute religion donne corps à ses ambitions politiques sexistes par la prise en otage du corps des femmes. Les plus fanatiques des leaders religieux et politiques vont même jusqu'à prêcher la mutilation génitale des femmes pour «éradiquer la débauche sur terre». Les effets sont dévastateurs: en Égypte, 93% des filles ont le clitoris coupé.

«Le féminisme a une définition bien établie: celle d'égalité des sexes, et non de perception féminine.»

Voilà la vraie nature de la religion: politique, elle a peu à voir avec la foi et la spiritualité et tout à voir avec le pouvoir et la domination, à commencer par celle des hommes sur les femmes.

La persécution islamiste des femmes se poursuit en démocratie: les musulmanes qui ne se voilent pas sont souvent humiliées et subissent la pression de leurs familles et de leurs communautés pour se couvrir.

Malheureusement, choisir les vêtements islamiques ne change pas leur caractère sexiste ni leur fonction sociale, que les musulmanes revendiquent d'ailleurs en clamant les porter pour être «modestes». Leurs choix et sentiments ne changent en rien la place qui est accordée aux femmes dans l'islam politique, un système qui s'accomplit par la violation des droits humains fondamentaux.

Bien que des femmes voilées se disent libres et épanouies dans leurs tenues, nous ne pouvons pas pour autant valider l'aspect politique de la religion, ni le drame humanitaire systémique qui se trame bien au-delà d'elles et que leurs vêtements symbolisent. Le féminisme a une définition bien établie: celle d'égalité des sexes, et non de perception féminine.

Pourtant, c'est bien ce que la gauche régressive nous demande: d'ignorer l'islamisme à cause du choix de certaines. Cette instrumentalisation malhonnête de leurs subjectivités ne sert pas à défendre les droits humains, mais bien la religion et les crimes commis en son nom, en premier contre les femmes.

Cette gauche s'est même munie du moyen ultime pour censurer toute critique de l'Islam: l'islamophobie. Par l'utilisation de cette notion, la gauche régressive confond les personnes et les idées, tout autant que la droite raciste de Trump, par exemple. Alors que la droite utilise une doctrine violente, l'Islam, comme prétexte pour discriminer les musulmans à cause de leurs croyances, la gauche exploite la croyance des musulmans pour parer une doctrine violente de la moindre critique.

Aucune idée n'est sacrée: la critique d'une idéologie n'est pas discriminatoire envers les gens qui y adhèrent, ni raciste, car la religion n'est pas une race. Si vous amalgamez religion et culture, il faudrait tout autant condamner cette culture (religieuse) pour ses violations des droits humains. Quand l'égalité entre tous sera reconnue partout dans le monde, inscrite dans chaque constitution et respectée par tous les États, seulement alors pourrons-nous parler, peut-être, d'égalité des cultures.

«Pourquoi sommes-nous si réticents à défendre la place du blasphème et la libre expression d'un discours anti-religieux dans nos sociétés?»

Pour l'instant, pendant que les femmes qui vivent sous le joug de l'islam essaient de s'en sortir comme elles peuvent face aux plus grands dangers, en se dévoilant en Iran ou en protestant contre leurs gardiens en Arabie Saoudite, les «féministes» canadiennes de ma génération préfèrent dénoncer les micro-agressions plutôt que l'islam. Ce n'est pas l'universalité des droits humains qui est impérialiste, mais ces stratagèmes occidentaux pour se désolidariser du sort des autres dans le monde.

Aux moyens religieux traditionnels contre la liberté d'expression comme le blasphème (toujours criminel au canada), succèdent ces méthodes de gauche: multiculturalisme, relativisme culturel, safe spaces, etc.

Mais si nous défendons avec tant d'ardeur la place du discours religieux en société bien qu'il s'agisse d'un discours haineux envers les femmes (entre autres), et la liberté des femmes de l'exprimer, pourquoi sommes-nous si réticents à défendre la place du blasphème et la libre expression d'un discours anti-religieux dans nos sociétés?

Après nos actions politiques FEMEN, nous sommes régulièrement accusées de crimes pour notre libre expression. Si les femmes sont libres d'exprimer leurs allégeances religieuses à la plage, ne devrions-nous pas être tout aussi libres d'exprimer nos valeurs féministes seins nus?

Aux croyants offensés par mes idées d'égalité, je réponds que leurs discours religieux m'offensent quotidiennement et qu'en démocratie, nous sommes libres d'offenser, et d'êtres offensés.

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