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Lettre à un ti-cul avec des besoins particuliers à l'école

04/12/2015 11:13 EST | Actualisé 04/12/2016 05:12 EST

Le 3 décembre marquait la Journée internationale des personnes handicapées

Salut à toi,

Tu es un grand garçon de 8 ans avec des besoins particuliers. Tu fais donc partie de

ceux que dans le milieu de l'éducation on appelle les ÉHDAA, les élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage.

Tu fréquentes l'école de ton quartier où des accommodements ont été mis en place dès ta première rentrée scolaire. Tu reçois le soutien du même professionnel depuis plusieurs années et tu as développé avec lui une relation de confiance qui favorise grandement ta réussite scolaire.

Dès ton plus jeune âge, le réseau de la santé a posé sur toi un diagnostic et le système scolaire t'a attribué une cote précise en fonction de celui-ci. L'établissement où tu es scolarisé reçoit une allocation pour t'offrir des services de soutien. Cette allocation qui dépend de ta cote a permis l'utilisation d'un maximum de ressources pour combler tous tes besoins.

Pour coordonner l'ensemble des services dont tu bénéficies à l'école, on a mis en place pour toi un plan d'intervention, c'est-à-dire un outil de planification conçu pour répondre à tes besoins spécifiques, en fonction de tes défis particuliers. Tous ceux qui participent à ce beau travail d'équipe (la direction de l'école, tes professeurs, des professionnels des réseaux de l'éducation et de la santé, tes parents etc.) s'appuient sur la Politique de l'adaptation scolaire adoptée en 2000, Une école adaptée à tous ses élèves, qui vise la mise en place de conditions propices aux apprentissages et affirme la nécessité d'intervenir rapidement dès les premières manifestations des difficultés.

Ton plan d'intervention sert, d'une part, à identifier tes capacités et tes besoins, et d'autre part à trouver les moyens, les méthodes et les ressources qui favorisent tes apprentissages, en mobilisant les énergies et l'expertise de plusieurs professionnels. On y retrouve les services qui te sont rendus, les mesures particulières pour favoriser ton inclusion à l'école, et finalement, tout ce qui te permettra d'atteindre ton plein potentiel, comme tous les autres élèves.

Seulement voilà, tu ne vis pas au Québec en 2015. Parce qu'au Québec en 2015, c'est un peu plus compliqué pour les ÉHDAA comme toi. En effet, actuellement, les délais pour obtenir un diagnostic sont très longs. Les cotes ne correspondent pas forcément à l'évaluation faite par les professionnels de la santé et elles ne couvrent pas toujours l'ensemble des besoins des ÉHDAA.

Par exemple, un élève malvoyant bénéficie de la même allocation qu'un autre totalement aveugle, bien que les besoins en aides techniques et en soutien ne soient pas les mêmes. Dans un contexte d'austérité, on craint également une diminution de l'enveloppe budgétaire globale attribuée aux ÉHDAA. De plus, on note un manque grandissant de professionnels pour soutenir les élèves tels que les éducateurs spécialisés, les orthophonistes, etc. Bref, des difficultés se présentent à chacune des étapes.

Tu ne vis pas au Québec en 2015, et si tu vivais au Québec en 2015, tu irais plus certainement dans une école loin de chez toi, parce qu'envoyer les élèves dans des établissements accessibles permet d'économiser sur les travaux d'adaptation de nos vieilles écoles pleines d'escaliers. Ou bien, indépendamment de tes capacités, tu aurais plus de chances d'être en classe spécialisée car les professeurs des classes régulières ne reçoivent pas le soutien nécessaire à accueillir des élèves comme toi.

Et même si tu étais en classe régulière dans l'école de ton quartier, tu aurais probablement été suivi par une dizaine d'intervenants différents, parce que l'assignation des professionnels se fait en fonction de l'ancienneté ou des conventions collectives, sans égard aux relations uniques développées à force de travailler ensemble.

Devant tous ces constats, la Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec (COPHAN) a voulu soutenir le ministre de l'Éducation Monsieur François Blais dans le développement de son plein potentiel. Pour cela, elle a produit le plan d'intervention du ministre.

Suivant le modèle de ton plan d'intervention, ce document se base sur les forces de Monsieur le ministre et explore ses besoins prioritaires, ses capacités (c'est-à-dire les attitudes sur lesquelles nous pouvons miser pour le faire progresser) et quelques pistes de solutions pour lui permettre de relever ses défis particuliers. Le plan d'intervention du ministre Blais indique surtout des comportements attendus et des moyens pour atteindre l'objectif qui est de s'assurer que 100 % des ÉHDAA ont accès à une scolarisation de qualité, quelles que soient leurs différences ou difficultés.

Je t'invite à consulter ce plan sur le site de la COPHAN ou à le faire lire à tes parents et enseignants. Parce que c'est tous ensemble que nous pourrons aider ce monsieur à atteindre notre objectif commun. J'ai bien hâte de te voir parmi nous. Au Québec, en 2015.

Ce texte a été écrit avec Véronique Vézina, présidente de la Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec (COPHAN), en collaboration avec les membres de la Confédération intéressés aux questions d'éducation et d'inclusion scolaire.

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