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Silence, on mange!

05/03/2014 03:30 EST | Actualisé 05/05/2014 05:12 EDT

Je mange, tu manges, ils mangent.... En silence! Inspiré du concept EAT de New York, le restaurant Van Horne nous proposait toute une aventure dans le cadre de Montréal en lumière, soit celle de manger un repas six services, complètement dans le silence. Quelle expérience! Comme je me suis dit qu'il serait quasi impossible pour moi de rester silencieuse pendant si longtemps, j'ai pensé que ce serait rigolo d'écrire tout ce qui me passerait par la tête, et de vous le livrer sans la moindre censure, ou presque. Alors voilà!

Ma fille : Maman pourquoi tu vas dans un souper où tu ne pourras pas parler?

Moi : Pour vivre une expérience!

Ma fille : Ah!

J'aime le silence. Ça fait du bien d'arrêter le bruit. Quelqu'un tousse, ça nous fait sursauter. On entend les cuisiniers qui travaillent. La majorité des gens regardent leur convive d'en face droit dans les yeux, comme pour essayer de lire dans ses pensées. À ma table, les collègues sont concentrés sur leur téléphone intelligent, pour 'tweeter' le menu et des bribes d'expérience.

Au départ, j'adore! Tous les bruits deviennent palpables, du moindre soupir à la chaise qui grince sur le plancher. On entend même la petite tomate qui par mégarde s'échappe de l'assiette de ma voisine au premier service.

Le silence met tout en évidence. Surtout les odeurs qui émanent de la cuisine et nous mettent en appétit. La première bouchée de tête de sanglier et radis, séduit, tout autant que le biscuit au fromage Comté qui l'accompagne.

J'ai envie de faire un son, celui du Mmmm que c'est bon. Le serveur me regarde, je retiens mon souffle... Si on brise le silence, on nous enlève notre assiette... C'est ça le jeu!

Le fou rire nous monte à la gorge mais il est rapidement mis en veilleuse par une odeur de fumée qui provient de la table d'à coté. Excitante anticipation. C'est une huître, fumée sous verre, à la crème, moutarde et aneth. Impressionnant.

Les convives se regardent et se parlent en signes. Un genre de nouvelle intimité s'installe. Tout goûte plus intense, même le pain et le vin. Et quel spectacle dans l'assiette que ce délicieux magret de canard sur feuilles de kale, avec tuile de sésame et citron cédrat. Une vraie fête pour le palais.

Pendant que ma voisine me mime que même les chefs se parlent en signes dans la cuisine, le fumet du prochain service nous met encore l'eau à la bouche : un consommé de bœuf façon dashi, avec quenelles de poulet et de poisson. Wow!

Le duo de poissons : flétan et bisque de homard marque le départ d'une nouvelle vague d'interraction. Les tables commencent à communiquer ensemble en s'écrivant des notes sur un cahier. J'adore! Je découvre qu'une journaliste du National Post est assise à côté de nous, avec un ami de Montréal.

Au dernier service, celui de la spectaculaire caille farcie de foie gras, on s'est mis à jouer, à s'écrire des messages d'introduction et même d'émotions, à la fin. J'ai vu les couples se rapprocher et les gens assis à des tables différentes avoir envie de se connaître davantage.

Finalement, j'ai l'impression de devenir plus attentive à ce qui se passe dans la salle que dans mon assiette...mais l'arrivée des desserts me ramène vite à mes sens crème d'argousier, mousse au chocolat, pistache. Compliments au chef Jens Ruoff et à Sylvie Lachance pour avoir eu la merveilleuse idée et surtout l'audace d'aller de l'avant avec le concept. L'anticipation des mots devient l'expression d'une soirée unique et parfaitement réussie.

Le restaurant Van Horne

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