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J'adore le Plateau, surtout depuis que je n'y vis plus

13/02/2012 10:29 EST | Actualisé 14/04/2012 05:12 EDT

Hier, je lunchais avec un ami sur le Plateau, dans un endroit qu'à une certaine époque nous fréquentions beaucoup et qu'il a délaissé depuis qu'il vit aux frontières d'Outremont. Autour, les commerces avaient changé de mains ou étaient carrément fermés. Partout, il y avait des espaces en construction et des panneaux de chantier annonçaient de nouveaux condos. Je comprends que l'on veuille densifier un peu le tissu urbain et offrir, disons, une quinzaine d'appartements, là où il y en avait peut-être six à peine habitables. Cela dit, je me demande pourquoi je payerais un condo au fort prix, dans un quartier très dense et dont les commerces locaux sont de moins en moins différents de ceux des banlieues...

En 2000, à mon arrivée à Montréal, je ne souhaitais qu'une chose: me trouver un petit logis sur le Plateau, y stationner mon vélo et adopter ce mode de vie montréalais qui à l'époque était tout résumé dans les films de Binamé. J'habitais donc à deux pas de Mont-Royal, dans ce qu'on appelait à l'époque l'Est du Plateau et qui est maintenant aussi cher que le reste. Deux ans plus tard, j'emménageais au cœur du quartier portuguais (près de Duluth entre St-Laurent et St-Denis), à deux pas des rôtisseries, un coin que j'ai habité jusqu'à tout récemment.

J'ai toujours adoré le côté familial de ce quartier, l'épicerie Soares où on me disait de revenir payer plus tard, quand je devais partir vite au boulot. Le Bistro Duluth, maintenant NaBrasa, où le proprio avait toujours une table pour moi. Chez José, le célèbre petit café, propriété d'un pâtissier-agent d'immeuble du coin, où je déjeunais si souvent. Le Point Vert, où j'achetais mes magazines et mes cigarettes (oui, je fumais), sans être obligée de laisser mes chiens dehors (le proprio leur donnait même des biscuits). Mon ami Nantha, retourné récemment en Malaisie, qui a tenu longtemps un resto appelé Nantha's Kitchen (où est désormais le Réservoir), puis un petit coin sympa appelé Cash & Cari (jeu de mot bilingue sur la bouffe à apporter). J'aimais presque mes voisins fous, même celui qui ressemblait à Kramer dans Seinfeld et faisait des photocopies toute la journée au Point Vert...

La mixité sociale un beau concept, mais sous tension...

J'ai été propriétaire d'une petite maison, acquise à ce qui me semblait une fortune, revendue un peu plus chère et que je n'aurais plus les moyens d'acheter à son prix de 2012. Mon salaire n'a pas suivi le coût d'achat des propriétés, ni celui de la hausse des taxes foncières. Mes dernières années à titre de résidente du Plateau, je les ai passées dans un appartement encore abordable, c'est donc dire pas tout à fait rénové et qui, s'il avait du cachet, tombait un peu plus en morceaux chaque année. Les voisins excentriques, mais charmants avaient été remplacés d'une part, dans les logements sociaux par des cas lourds pas charmants du tout et dans les immeubles autour, par des proprios, qui après avoir payé un minuscule condo dans un immeuble juste mis à niveau 400 000 $ ou plus, espéraient au moins ne pas se faire chier avec le voisinage. Mais ça ne marche pas comme ça. Les pancartes à vendre se multipliaient, mais restaient là plus longtemps et les proprios n'étaient pas contents. La crise du logement s'essoufflait tellement dans notre coin que même les logements sociaux restaient vides quelques mois.

Le beau concept de mixité sociale que j'avais défendu en communication à la ville ne marchait plus fort. Il y avait des voitures de police sur ma rue plusieurs fois par semaine. Les voisins s'invectivaient d'un balcon à l'autre. Quand je sortais mes chiens, toujours un voisin pour me dire que les chiens ne devraient pas être autorisés... La loi du condo jusque sur le trottoir. Pas que les locataires fussent mieux, mais leur énervement trouvait un exécutoire ailleurs, dans leurs chicanes de balcon à balcon, j'imagine.

En fait, tout le monde avait adopté des règles tout à fait platoïformes, sur les espaces verts, les vélos, les voitures, mais chacun les interprétait à sa façon et ne gênait pas pour honnir qui les comprenait autrement.

La guerre piétons, cyclistes et automobilistes.

Les autos ne sont pas bien vues sur le Plateau. C'est probablement pour cette raison que je me suis fait siphonner mon réservoir à essence quelques fois, ce qui a eu pour conséquence de me coûter cher, surtout quand la porte du réservoir a été brisée. Une leçon apprise diront certains. L'hiver, ma plus grande peur était de heurter un cycliste en pleine tempête, tandis qu'il roulait au milieu de la route sur quelque dix centimètres de neige au sol. Je me suis fait envoyer des doigts d'honneur, des bras aussi parfois, alors que je priais pour que mes freins fonctionnent et que la tonne de métal que je pilotais n'emboutisse pas le frêle véhicule du cycliste qui me faisait des grimaces. Quand je décidais de marcher, pour me rendre, disons à l'UQAM, pas une fois n'ai-je pas été talonnée sur le trottoir par un cycliste, qui ne voulant surtout pas descendre de sa monture, me demandait à coups de sonnette de me pousser... C'est parfois moi, la piétonne, qui ai eu à prendre le caniveau quand il fallait choisir entre la haie ou le mur et la rue.

Entre condos neufs et parc immobilier vétuste...

C'est avec de grandes appréhensions que j'ai quitté le quadrilatère que j'avais habité si longtemps. Mais, comme de nombreux amis, cette année j'ai quitté mon appartement, car quelques dégâts d'eau cumulés à des décennies d'entretien minimum, l'avait rendu inhabitable. Le diagnostic : moisissures redevables aux dégâts d'eau et un mur avant dont l'isolation avait été littéralement emporté par l'eau qui s'infiltrait à travers les briques. Je ne vous dis pas les factures d'électricité que je me tapais...

J'adore le Plateau...

Quand je m'y rends en voiture ou en métro, je rigole, je suis à 15 ou 20 minutes de mes boutiques préférées (ce qui en reste) et c'est avec le sourire que je paye les parcos de la rue Mont-Royal... Les cyclistes peuvent me faire des doigts d'honneur, me chasser des trottoirs, je n'en ai cure, car moi, une fois que j'ai profité du meilleur, je retourne à l'Est du Stade, dans mon quartier tranquille où l'espace vital est en quantité suffisante pour garder la paix...