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CRTC: une décision dangereuse pour l'avenir de notre télévision

19/06/2017 10:35 EDT | Actualisé 19/06/2017 10:35 EDT

Jean-Pierre Blais, président du CRTC depuis 5 ans, a annoncé cette semaine qu'il quitte son poste. Le Huffpost Québec, sous la plume de Aleksandra Sagan, nous rappelle que pendant son mandat, il s'est fait le défenseur de politiques favorables aux consommateurs. En matière de télécommunications, on lui reconnaît le fait d'avoir changé la culture du Conseil.

Mais si on peut dire qu'il a contribué à amener les télécommunications au XXIe siècle, on doit ajouter qu'il veut ramener la radiodiffusion au XIXe. Encore récemment, il a proposé de faire disparaître les quotas de musique francophone qui sont, d'après lui, responsables de l'éclosion des radios poubelles.

La décision du CRTC d'abolir les conditions de la programmation originale canadienne de langue française a été dénoncée sur plusieurs tribunes. Tous les artisans de la télévision québécoise, les acteurs, les techniciens, les réalisateurs, les scénaristes, les producteurs, bref, toute l'industrie québécoise demande l'intervention de la ministre face à une telle attaque contre notre culture.

De son côté, le président du CRTC, dans une lettre ouverte, s'est défendu ainsi : « On nous a reproché d'avoir permis aux services francophones de ne plus produire de contenu original québécois en leur permettant de diffuser du contenu canadien-anglais doublé. À cela je réponds qu'il est impossible que les coûts de doublage suffisent à permettre aux groupes de répondre à leurs exigences de dépenses au titre des émissions canadiennes ».

Pourtant, quelque jours à peine après la décision du CRTC, Séries+ abandonnait trois projets de séries de fiction, puisque Corus, le propriétaire de la chaîne, n'est plus tenu d'investir dans des productions québécoises. De fait, il n'y aura tout simplement plus de contenu original québécois à Séries +. Disparu.

Cette décision (Décision de radiodiffusion CRTC 2017-145) approuve la demande de Corus (Séries + et Historia) de ne pas offrir de programmation originale de langue française. C'est un déplorable précédent qui constitue une brèche dangereuse dans notre capacité d'avoir une télévision à notre image.

Notre langue, notre culture et notre histoire sont les clés de notre identité comme nation. Les séries québécoises contribuent pour une partie au reflet de cette identité.

Notre langue, notre culture et notre histoire sont les clés de notre identité comme nation. Les séries québécoises contribuent pour une partie au reflet de cette identité.

La Convention de l'UNESCO ne reconnaît-elle pas la nécessité de créer les conditions nécessaires pour que les citoyens aient accès à leurs propres expressions culturelles?

Désormais, et avec la bénédiction du CRTC, la culture québécoise pourra se résumer à une traduction francophone de la culture canadienne. Ce ne sont plus nos créateurs, nos comédiens, nos histoires qu'on verra sur les chaînes de télévision spécialisées, mais celles du Canada-Anglais. Comme si la création d'une identité canadienne passait par l'effacement de l'identité québécoise.

La ministre n'a pas besoin du Bloc Québécois ou du gouvernement du Québec ou de quelque groupe que ce soit pour agir. La Loi lui permet de le faire.

De plus, selon la Politique canadienne de radiodiffusion (article 3), « les radiodiffusions de langues française et anglaise, malgré certains points communs, diffèrent quant à leurs conditions d'exploitation et, éventuellement, quant à leurs besoins » (3.1 c). Cela ne peut être plus clair : la télévision québécoise n'est pas le volet francophone de la télévision canadienne-anglaise.

Nous demandons donc à la ministre d'annuler la décision du CRTC et de reprendre intégralement les audiences en vue du renouvellement des licences du Groupe de langue française de Corus (Séries + et Historia).

Mélanie Joly se cache souvent derrière le fait que certains organismes sont indépendants de l'État. Il est temps qu'elle prenne les outils qui sont à sa disposition par la loi et qu'elle intervienne, plutôt que d'abandonner les artisans de la télévision québécoise à leur sort.

À moins que dans le Canada multiculturel, l'identité québécoise n'existe plus.

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