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«Vic et Flo ont vu un ours», un film de Denis Côté

12/09/2013 11:23 EDT | Actualisé 12/11/2013 05:12 EST

Victoria (Pierrette Robitaille) est en libération conditionnelle. Florence (Romane Bohringer) a fini de purger sa peine et retrouve celle avec qui elle a partagé plus de dix ans d'intimité en cellule. Recluses en forêt, dans une cabane à sucre, elles réapprennent à vivre et à apprivoiser leur liberté. Guillaume (Marc-André Grondin) est un agent de libération ; il observe la réinsertion des deux femmes aux ambitions et tempéraments de plus en plus différents. Traquée par les fantômes du passé, leur liberté est gravement en péril.

Denis Côté, réalisateur

Avec plus de sept films à son actif, il a remporté avec Vic et Flo l'Ours d'Argent au Festival de Berlin 2013.

Denis Côté est né en 1973 au Nouveau-Brunswick. Il s'établit à Montréal, et devient d'abord critique de cinéma. Les États Nordiques, en 2005, lance sa carrière internationale en remportant le Léopard d'or de la compétition vidéo du film de Locarno. Curling, en 2010, marque également une étape importante dans la carrière de Denis Côté en lui valant deux prix à Locarno : mise en scène et interprétation masculine (Marc-André Grondin).

J'ai peu fréquenté ce cinéaste et je le regrette. Heureusement, j'arrive au moment où Denis Côté attaque de plein fouet la fiction avec ce nouveau film Vic et gagne brillamment son pari. Sa recherche le pousse à écrire maintenant des histoires plus ambitieuses et à susciter des émotions profondes. Il sait que de bons dialogues sont difficiles à écrire, mais il relève le défi. Il n'y a pas de dialoguiste à plein-temps au Québec, c'est regrettable. Dans l'évolution de la carrière de Denis Côté, cette prise de conscience se révèle très efficace. Quant à son angoisse d'écrire pour des actrices femmes, qu'il se rassure, il a parfaitement réussi en nous présentant ces personnages farouches qui essaient de vivre à côté du monde.

Le film

Le lieu du drame, la forêt, est un choix original, car elle peut être autant protectrice qu'hostile. Elle peut déclencher l'inquiétude comme apaiser les doutes des protagonistes. Pendant que Guillaume (Marc-André Grondin) observe et tente de créer un lien de communication avec les deux femmes. Vic (Pierrette Robitaille), admirable dans le rôle d'une femme aimante dans la soixantaine, avec son visage tragique, est d'une beauté sauvage. La fougueuse Flo (Romane Bohringer) sereine mais déterminée, est en quête d'action. Les retrouvailles font naître des tensions entre ces femmes qui ont partagé sans doute le pire et le meilleur. C'est par le silence et la justesse des dialogues que le film avance tantôt dans l'obscurité tantôt dans la lumière. Le choix de la distribution est une très riche idée, puissante même. Le couple Romane et Pierrette, par la subtilité et la sensibilité du réalisateur, créent un jeu de miroir : elles finissent par se ressembler, comme sur l'affiche qui est également une réussite. L'une pleure, l'autre regarde ailleurs.

Denis Côté démontre par ce film qu'il sait diriger ses acteurs, ils vibrent à l'unisson et le charme sombre nous emporte jusqu'à une fin ouverte. Denis Côté a résumé ainsi sa démarche : «Je voulais que les personnages avancent tête première vers quelque chose d'inexorable.» C'est fait.

Le film est en salles depuis le 6 septembre.

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