Minou Petrowski

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En Hommage à Claude Miller, Thérèse Desqueyroux, pour toujours

Publication: 02/11/2012 16:16

Il y a dans la réalisation du film, Thérèse Desqueyroux, quelque chose de Visconti, un raffinement, une élégance, et une magnificence qui m'a troublée profondément. Alors étudiant, Claude Miller avait été marqué par le roman de François Mauriac et gardait l'idée d'en faire une adaptation un jour. « J'ai relu le roman de Mauriac, disait-il, tout ce que j'aime au cinéma était là : il y a dans Thérèse Desqueyroux un climat d'ambiguïté qui exige un travail du spectateur pour entrer dans le film. » C'est la question que je me posais en regardant le film : pourquoi ce roman, à ce moment de sa vie? Nous étions des amis, depuis La meilleure façon de marcher, et aujourd'hui, après le visionnement, je dois dire que le moment de filmer cette histoire a été bien choisi.

Synopsis:

Dans les Landes, on arrange les mariages pour allier les familles et réunir les terrains. Thérèse Larroque devient ainsi madame Desqueyroux. Mais cette jeune femme aux idées avant-gardistes (nous sommes en 1928) ne respecte pas les conventions bien ancrées dans sa région. Pour se libérer du destin qu'on lui a imposé, elle tentera tout pour sortir d'Argelouse, la maison familiale.

Exceptée son enfance heureuse, le reste de sa vie sera marqué par la fatalité. Mariée sans amour, étrangère à son mari, Thérèse (jouée par Audrey Tautou) se sent prisonnière, son horizon est bouché, sa vie ne lui appartient pas, et ce sera ainsi sans espoir de changement.

Les paysages des Landes sont d'une beauté majestueuse, filmés par le directeur photo,
Gérard de Battista, fidèle compagnon de Claude Miller. La maison familiale, pourtant austère,
impressionne par la subtilité des décors ; les meubles, les tapisseries, les costumes de Thérèse, jusqu'à la plus petite tasse de porcelaine, chaque détail qui accompagne le paysage intérieur offre un contraste entre splendeur et immobilisme. Claude Miller a déployé toutes ses forces avec son amour des acteurs et du cinéma pour faire de ce roman de Mauriac un grand film qui le porterait encore plus haut que d'habitude. Pudique et fier, il a réussi ce pari : terminer le film le plus maîtrisé de toute sa filmographie, mettant sa souffrance au service des acteurs, avec la sensibilité discrète qu'on lui connaissait.

Minou Petrowski, en souvenir de notre amitié indéfectible dans le cadre de Cinémania 2012

 
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