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Fanny, Marion et moi

23/09/2013 12:49 EDT | Actualisé 23/11/2013 05:12 EST

-- Mademoiselle ! Nous serons trois à table. Fanny, Marion et moi

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-- De quoi allons-nous parler ?

-- D'amour, dit Fanny.

-- D'alcool, dit Marion.

-- De cinéma ! On commande du Bourgogne ? Ou du Bordeaux ? Marion ?

-- Impec., dit Marion.

Fanny se tourne alors vers Marion : Vous vous marierez dans l'année ! En France, on dit que si vous trinquez sous une poutre, votre mari sera bossu...

Rires...

***

À l'occasion de la présentation du film, Les beaux jours de Marion Vernoux, j'ai la chance de retrouver ma très chère amie Fanny Ardant, et de me souvenir d'une jeune cinéaste blonde rencontrée au début de sa carrière, en 1994, pour Personne ne m'aime, César de la première œuvre.

Marion est aussi la surprenante scénariste de Pacifiques Palissades en 1990 et de Venus Beauté en 1999.

J'ai souhaité partager ce repas avec Fanny et Marion pour inviter le public à notre table.

Ce sont des retrouvailles, mais aussi des découvertes à chaque rencontre. Avec Fanny, on s'est vues souvent au cours de sa carrière, suivant les films, et les villes... À Berlin en 1991, pour Rien que des mensonges avec Bashung, devant la caméra de Rénato Berta. Un après-midi inoubliable. Aussi pour Australia, une coproduction France-Belgique-Suisse avec Jeremy Irons, j'avais rencontré Fanny, grave et mystérieuse, avec son manteau maxi de cachemire noir, dans cette belle ville de Verviers. Une autre histoire d'amour très belle, d'André Delvaux, qui se déroule dans la ville de Gand en Belgique, c'est Benvenuta en 1983. On parlait de cette scène dans une chambre d'hôtel, du couple fabuleux, Vittorio Gassman et Fanny Ardant. À Cannes en 1996, Ridicule, le film d'époque de Patrice Leconte. À force de se croiser dans des villes, de connaître tous ses films, j'ai découvert aussi sa famille, ses filles, Lumir, Baladine, et surtout Joséphine, ma grande amie pour toujours.

Il ne faut jamais rompre le fil, pour que l'amitié et le plaisir soient teintés d'évidence : il faut se revoir.

Une petite pause, Fanny mange (peu) une salade de tomates, Marion, des légumes crus dans un bocal, et moi, une soupe. Belle occasion de trinquer !

-- Pour Les beaux jours, Fanny, pourquoi blonde ?

-- Pourquoi pas ?

-- C'est Marion qui vous a demandé d'être blonde ?

Marion proteste : On ne demande pas à Fanny, on suggère. Dans le livre, il est dit à un moment qu'elle se laisse aller et qu'elle a des racines visibles sous les cheveux teints, mais au cinéma, on ne joue pas dans la continuité. Pas le temps de laisser pousser les cheveux.

Fanny : J'ai beaucoup aimé l'époque de Madonna avec sa blondeur. On a tourné l'été dernier. Après, j'ai fait des films d'époque. Moi, j'ai toujours changé de couleur. S'il y a une chose dont on peut être sûre dans la vie, c'est que les cheveux, ça repousse. Il y a une autre vie après la frange, vous savez ? Mon rapport avec Marion, c'est simple, quand j'aime un rôle, je dis : « Je suis disponible, faites de moi ce que vous voulez », parce qu'avant, je me suis posé la question : est-ce que j'ai envie de passer du temps avec cette femme ? ou avec cet homme ? Alors ça devient comme un pacte de l'intimité de la vie. Ce plaisir est lié au fait que je ne vois pas le film. J'ai joué avec tel acteur, qui m'a regardée, qui m'a aimée, et que j'ai aimé. Voilà, c'est bien ?

-- Fanny, est-ce que vous voulez un dessert ?

-- Oui ! fait-elle en applaudissant, j'en profite !


Le film

Dans Les beaux jours, Caroline (Fanny Ardant), fraîchement retraitée, n'a que ça devant elle, du temps libre, et encore du temps libre. La belle vie ? Pas si simple. Comment alors tout réinventer ? Il faudrait transgresser les règles, et provoquer de nouvelles rencontres... Le thème du film n'est pas tant la vieillesse que la question de ce que l'on fait de sa vie, de son désir...

Il y a une chose que j'ai particulièrement aimée dans ce film, c'est la présence du mari (Patrick Chesnais), tout en finesse, un peu bougon. On sent qu'il tient à sa femme, depuis le temps, et la voir sortir, changer, boire, l'inquiète, mais il restera élégant et digne. Quant à l'amant, Julien (Laurent Lafitte), c'est un homme dans la quarantaine qui n'aime pas les vieilles, il aime les femmes. Vous voyez le genre ? Il est prétentieux, exécrable, et tant mieux. Pour une fois que le mari est plus sympathique que l'amant, c'est le tour de passe-passe de Marion Vernoux.

Marion : Il y a un film que j'ai adoré et auquel je pense souvent, c'est Le Lauréat, de Mike Nichols, en 1967. Est-ce que vous saviez qu'à l'époque, Anne Bancroft avait 36 ans, Dustin Hoffman 31 ans, et Katherine Ross 27 ans ? Aujourd'hui, les directeurs photo disent qu'à partir de 36 ans, les femmes sont marquées et qu'il faut les éclairer autrement. En 2013, les choses ont bougé, mais les tabous restent.

Fanny ajoute : Si tu as une histoire d'amour, une histoire sexuelle, c'est une vie clandestine, la société ne doit pas entrer là-dedans, sinon ça devient un phénomène de foire. Je déteste quand on me demande : « Fanny, êtes-vous une sorte de couguar ? » Mais de quoi parlez-vous ? Ça arrive comme on boit du vin, c'est sans lendemain, on n'a rien changé depuis les années cinquante. Je crois davantage aux romans, qui disent la vérité, qu'aux rubriques des magazines. Je n'ai pas besoin qu'on m'aime, mais j'ai besoin d'aimer ce que je joue. La vraie histoire de la vie, c'est la mort. Dans le plan final, justement, Caroline rentre dans l'eau. On verra bien. Ça ne sert à rien de devancer les choses, de s'en faire une idée préconçue. Et basta !

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