Minou Petrowski

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Blogue cinéma: une critique du film Inch'Allah

Publication: 25/09/2012 15:59

Un film d'Anaïs Barbeau-Lavalette
Par principe, je ne lis jamais le dossier presse avant le visionnement. C'est l'image, les personnages qui sont mes guides dans la compréhension du récit. Je m'étais préparée à voir un film complexe qui se passe au Moyen-Orient avec beaucoup d'intérêt pour le sujet.

Dés la première image je ressens la chaleur, l'inquiétude, un jeune garçon d'une dizaine d'années regarde un perroquet bleu, la lumière est blanche: l'écran devient noir, c'est l'explosion. J'ignore où je suis géographiquement. C'est la confusion totale, des cris de la poussière, j'ai besoin d'aide comme vous les spectateurs. Je vous livre le synopsis comme un passeport...

Dans la clinique de fortune d'un camp de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, Chloé (Evelyne Brochu), une jeune obstétricienne québécoise, accompagne les femmes enceintes sous la supervision de Michaël (Carlo Brandt), un médecin d'origine française. Entre les checkpoints et le mur de séparation, Chloé rencontre la guerre et la souffrance de ceux qui la subissent, elle tente d'établir des liens d'amitié avec la population, les femmes, les enfants et les hommes, en tant qu'aide humanitaire.

Mais la situation politique est trop personnelle et délicate pour qu'une étrangère puisse établir un pont entre les Israéliens, les résistants et les Palestiniens. Pourquoi Chloé a t-elle choisi cette poudrière? Depuis combien de temps se trouve t-elle en Palestine? Elle habite le soir en Israël, a pour voisine une soldate israélienne, Ava, avec qui elle sympathise et travaille le jour dans un camp de réfugiés palestiniens.

Pour moi la confusion vient de la structure du scénario. Malgré le talent de cette jeune réalisatrice et son audace, je lui reproche son manque volontaire de précision. Je ne sais rien de la situation géopolitique, trop peu sur les personnages de second plan comme la jeune soldate israélienne Ava, sa voisine de palier. Tout ce que je retiens c'est la phrase d'Ava à Chloé: "Ce n'est pas ta guerre".

Anaïs, la réalisatrice ne maîtrise pas son sujet, même si habilement, autant par le choix des acteurs et actrices, l'atmosphère du pays ravagé par la guerre, et sa connaissance de la Palestine, j'ai le sentiment qu'elle me balade dans un univers dont je n'ai pas les codes. Parfois, un mot, une phrase que je ne comprends pas obscurcit le sens du propos.

Pour moi Chloé (Evelyne Brochu) n'est pas l'alter ego de la réalisatrice. J'aime beaucoup cette comédienne, mais dans ce rôle, Evelyne Brochu semble traverser le film avec la peur dans les yeux et l'incompréhension de son personnage. Elle se comporte comme une jeune femme inconsciente de la fragilité des rapports humains dans une guerre aussi compliquée. Où est l'ennemi? Qui est l'ennemi? Le quotidien aplanit les différences, le danger... Chloé perd la notion de neutralité.

Michaël (Carlo Brant), superviseur et médecin, rappelle Chloé à l'ordre:

- Il y a des règles qu'on ne doit pas enfreindre. Tu ne peux pas faire ce que tu veux.

À vouloir trop bien faire on devient dangereux pour les autres. Même si Anaïs a pu établir des liens aussi bien entre Israéliens et Palestiniens, dans un pays en guerre aussi complexe que personnel, j'ai beaucoup de difficultés à accepter le personnage principal de Chloé -- idéaliste qui se perd en route, sans tenir compte de la gravité de son engagement au point de servir de mule et d'entrer dans la violence sans le savoir.

À ce point stratégique du film, malgré la lumière, le jeu des actrices, la beauté des femmes et des enfants, je me questionne sur la dérive du film et les failles du scénario. Le film Inch'Allah trouvera son public pour ses qualités d'émotion, de jeu, et d'images, et d'atmosphère
mais j'ai un doute sur le choix de Chloé . A la guerre comme à toutes les guerres la prudence est nécessaire. Ava a raison : Ce n'est pas ta guerre...
On peut avoir de la compassion pour ces femmes et ces enfants sans les mettre en danger.

 
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