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Une banque postale favoriserait l'inclusion financière des moins nantis

22/01/2017 08:28 EST | Actualisé 22/01/2017 08:28 EST

Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) en a vu de toutes les couleurs ces deux dernières années. En effet, après avoir mobilisé la population pour stopper le démantèlement de la livraison du courrier à domicile, orchestré par le gouvernement Harper, le STTP a entrepris une ronde de négociations ardue avec la haute direction de Postes Canada, nommée par les conservateurs. Au même moment, le gouvernement Trudeau, alors nouvellement élu, lançait un examen du service postal public. Les consultations publiques de l'examen se sont déroulées au moment où une menace de lock-out frappait le STTP, ce qui a grandement compliqué la situation. Hautement médiatisée, cette menace ne visait qu'à fabriquer une crise de toutes pièces et à retenir l'attention de la population sur la prétendue « nécessité » d'imposer des compressions au service postal public.

Dans un tel contexte politique, le STTP se réjouit du fait qu'au moins quelques-unes de ses propositions touchant la diversification des services figurent parmi les recommandations du rapport du Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires intitulé La voie à suivre pour Postes Canada. Parmi ces recommandations figurent les suivantes : rétablir le service de livraison à domicile à ce qu'il était au début de la campagne électorale de 2015; faire des bureaux de poste des carrefours communautaires; et offrir de nouveaux services, notamment l'Internet à large bande et l'Internet sans fil. Ces recommandations sont positives, mais elles ne vont pas assez loin. Par exemple, le service de livraison à domicile devrait être rétabli pour l'ensemble des ménages qui l'ont perdu, point à la ligne. De plus, le rapport reste muet sur le rétablissement du service « Aliments-poste », que les conservateurs ont remplacé par le programme désastreux « Nutrition-Nord ». Enfin, la recommandation visant la création d'une banque postale brille par son absence.

À la table de négociation et aux audiences sur l'avenir de Postes Canada, le STTP et ses alliés ont prôné la création d'une banque postale comme moyen de maintenir la viabilité de la société d'État et d'élargir sa capacité à offrir à la population des services essentiels qui font cruellement défaut. Dans de nombreux pays, le service postal public voit à l'inclusion financière des personnes à faible revenu et des groupes marginalisés en leur donnant accès à un compte bancaire et au crédit. Au Canada, dans de nombreuses régions rurales ou éloignées, il n'y a aucune succursale bancaire, et bien des gens sont contraints de s'adresser à des prêteurs sur salaire, dont les frais sont exorbitants. Les grandes banques ne font pas mieux, leurs frais d'utilisation des guichets automatiques et autres frais se classant parmi les plus élevés au monde. Les grandes banques ne sont aucunement justifiées d'imposer des frais de service aussi élevés. L'année dernière, leurs profits ont totalisé 35 milliards.

Le but d'une banque postale n'est pas d'enrichir les banquiers ni les prêteurs sur salaire assoiffés d'argent. Sa mission consiste plutôt à réinvestir ses profits dans le service postal public, et, par ricochet, dans les collectivités, où elle joue un rôle social d'importance. Par exemple, en France, la Banque Postale finance le logement social. Au Canada, des alliés du STTP ont indiqué qu'une banque postale pourrait contribuer au financement d'initiatives environnementales mises de l'avant par les collectivités. Voilà le genre de proposition visionnaire dont nous avons besoin, une proposition qui, de surcroît, reçoit l'aval de centaines de municipalités et de milliers de particuliers du pays.

Pourtant, à la lecture du rapport La voie à suivre pour Postes Canada, rien ne laisse entendre qu'une banque postale nous serait utile. Au cours de la première phase de l'examen de Postes Canada, le groupe de travail s'est moqué de cette idée, et le comité parlementaire l'a écartée (à noter que le NPD a exprimé sa dissidence). Bien que le Canada ait eu une banque postale pendant un siècle (la législation à ce sujet existe toujours) et que les commis des postes effectuent toujours des transactions financières, notamment celles de Moneygram, la direction de Postes Canada ne considère plus les services bancaires comme un « atout majeur ». Les gens qui n'ont aucun souci financier nous répètent sans cesse qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter, que nous sommes bien servis par les grandes banques, les coopératives financières et les prêteurs sur salaire comme Cash Money, dont le PDG a témoigné aux audiences parlementaires sur l'avenir de Postes Canada.

Depuis des années, nous réclamons que soit rendue publique l'étude secrète sur les services bancaires réalisée par Postes Canada. Il semble que les parlementaires ont fini par y avoir accès durant un temps limité. Ironie du sort, le rapport de dissidence des conservateurs est celui qui donne le plus d'indications sur ceux qui font obstacle à la création d'une banque postale. Il est écrit : [traduction] « Les témoignages entendus révèlent qu'en 2010, Postes Canada a tenté de tisser des liens avec les institutions financières, mais le secteur bancaire ne s'est pas montré enthousiaste à cette idée. C'est ce même sentiment qu'ont clairement exprimé les témoins du milieu bancaire qui ont comparu devant le Comité. » Autrement dit, « ne venez pas jouer dans nos plates-bandes », comme l'a déclaré publiquement l'Association canadienne des banquiers.

De toute évidence, le lobby des banques et des prêteurs sur salaire a réussi, jusqu'à présent, à protéger ses « plates-bandes » en excluant toute possibilité de créer une banque publique pour éviter à la population de se faire arnaquer. Les grandes banques ne doivent pas être autorisées à anéantir la possibilité de créer une banque postale. Le gouvernement Trudeau se prépare à rendre publique, en avril, sa décision quant à l'avenir du service postal. Alors, il n'en tient qu'à nous de faire valoir la nécessité de mettre sur pied une banque postale publique pour assurer l'avenir du service postal.

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