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Pop-psychanalyse du web: la part de dieu et celle du diable

16/01/2014 12:13 EST | Actualisé 18/03/2014 05:12 EDT

C'est en discutant avec le pote avocat Me Éric Franchi sur son mur Facebook que j'ai pris conscience d'une réalité qui me trotte dans la tête depuis un certain temps. Il parlait du fameux cas Dieudonné et il se proposait pour défendre l'indéfendable paradoxe de la liberté d'expression vs l'abus de celle-ci, au nom de l'humour. Dans les commentaires, l'une de ses connaissances proposa l'hyperlien d'une vidéo YouTube du sociologue français Gérard Bronner qui présente son livre La démocratie des crédules.

Dans celui-ci, il s'intéresse au rapport entre les croyances collectives et la démocratie. Sa thèse est qu'avec l'augmentation de la diffusion des connaissances et de l'information qui circule à une vitesse folle, on pourrait croire qu'il y a une augmentation de la rationalité des gens «ordinaires». Or, c'est tout le contraire qu'il observe. C'est qu'avec toute cette information qui circule, il n'y a plus de mécanismes de régulation et de curation de celle-ci. Les experts, journalistes, politiques voire les savants, sont maintenant sur le même pied d'égalité que les gens qui partagent des idées farfelues et les théories conspirationnistes les plus folles. En somme, l'infobésité aurait pour effet de mettre sur le même pied (dans l'esprit des gens) les contenus vrais et argumentés aux contenus douteux et farfelus. Cette infobésité creuserait alors un biais de confirmation. C'est-à-dire que vous avez tendance à accepter les idées (vraies ou fausse) auxquelles vous croyez déjà. Donc, notre société serait à une croisée des chemins entre une démocratie des crédules et une démocratie des connaissances.

Sans avoir lu le livre, je dois admettre être totalement en accord avec cette prémisse de base.

Dans un autre ordre d'idée, et tout de même pour faire suite à cette prémisse, je suis de plus en plus convaincue que le web devient notre conscient et notre inconscient collectif. Or, chez l'être humain, l'arbitre de la dualité entre le bien et le mal est le surmoi, qui vient ajouter une couche de «régulation» entre ce qu'il est convenu de juger acceptable ou non. Mais dans le web, ce mécanisme salutaire d'autorégulation n'existe pas. Il y a bien les lois (civiles et criminelles) des États qui tentent, tant bien que mal, de réguler les contenus et comportements sur la Toile , mais de l'externe et a posteriori. Il y a certainement aussi différents filtres de censures qu'imposent certains joueurs du web ou certains États. Mais le web comme tel est un espace de diffusion libre, du meilleur et du pire, du bien et du mal, c'est l'œuvre de dieu et celui du diable.

Or, la part du diable est d'une viralité hallucinante. Elle l'a toujours été. Avant le web (et encore aujourd'hui) dans les médias traditionnels, les 3S (sang, sexe et sport) ont toujours fait vendre, et font cliquer. Mais hors du web, il y a tout de même plus de «surmoi». Il y a ce que l'on appelle les «gatekeepers» que sont les rédacteurs en chef, les systèmes de revues des pairs scientifiques, le CRTC, les codes de déontologie et il y a aussi les lois. Sur le web, rien, niet, nada. Pas (ou peu) de mécanismes de contrôle à l'entrée et pas (ou peu) de mécanismes de contrôle à la consommation. On m'a rappelé sur Twitter lorsque je préparais ce billet qu'il y avait tout de même la nétiquette. Mais la nétiquette est encore très peu comprise par l'usager moyen et elle est somme toute inopérante contre les contenus ou comportements déviants. C'est là que le bat blesse. C'est là que les contenus et comportements déviants fleurissent et c'est là que je m'inquiète pour la salubrité émotive et intellectuelle des usagers.

Je n'ai pas de réponses, je n'ai pour l'instant que des questions et cette réflexion que je vous partage. Je ne crois pas que la censure soit la solution, mais je ne vois pas encore de solution. Je m'inquiète pour mon petit-fils, mais aussi pour les vôtres...

Le synopsis de La démocratie des crédules

Pourquoi les mythes du complot envahissent-ils l'esprit de nos contemporains? Pourquoi le traitement de la politique tend-il à se peopoliser...? Pourquoi se méfie-t-on toujours des hommes de sciences? Comment un jeune homme prétendant être le fils de Mickael Jackson et avoir été violé par Nicolas Sarkozy a-t-il pu être interviewé à un grand journal de 20 heures? Comment, d'une façon générale, des faits imaginaires ou inventés, voire franchement mensongers, arrivent-ils à se diffuser, à emporter l'adhésion des publics, à infléchir les décisions des politiques, en bref, à façonner une partie du monde dans lequel nous vivons? N'était-il pourtant pas raisonnable d'espérer qu'avec la libre circulation de l'information et l'augmentation du niveau d'étude, les sociétés démocratiques tendraient vers une forme de sagesse collective?

Cet essai vivifiant propose, en convoquant de nombreux exemples, de répondre à toutes ces questions en montrant comment les conditions de notre vie contemporaine se sont alliées au fonctionnement intime de notre cerveau pour faire de nous des dupes. Il est urgent de le comprendre.

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