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Le poids de la différence

23/12/2013 11:53 EST | Actualisé 22/02/2014 05:12 EST

Dans mon plus récent billet, je vous parlais de Ces confidences de mes clients. C'est donc maintenant à mon tour de vous faire les miennes. Depuis quelques mois, je ne prenais plus mes hormones, je me suis remise à sacrer et ma mèche était de plus en plus courte. Ce sont là des réactions inconscientes (que j'ai maintenant conscientisées) aux divers assauts que j'ai vécu cet automne. Malheureusement, ça affecte mon couple, ma concentration, mes contenus et mes affaires. Pourtant, j'ai des montagnes de bons mots, d'encouragements et de remerciements d'avoir vulgarisé le sujet encore peu connu de la transsexualité. J'ai sauvé des vies et des familles et on me reconnait une force de caractère et une passion qu'on dit inspirantes. Mais en même temps, je reçois un flot incessant de haine, de menaces, d'insultes et de remarques désobligeantes, pour exactement les mêmes raisons.

On me signale ouvertement, subtilement ou même par gentillesse, que je ne suis pas et que je ne serai jamais une vraie femme et que je suis et serai pour le reste de mes jours « une transsexuelle ». Je dois faire le deuil de cet idéal féminin, qu'on me rappelle incessamment que je n'atteindrai jamais. C'est difficile à vivre. Très difficile. Cette réalité, cette étiquette de « transsexuelle », aux yeux de plusieurs, est maintenant ce qui me définit. Si je suis dans un média à titre d'experte, ou simplement de « femme », sans qu'on mentionne que je suis aussi une « transsexuelle », c'est là que les nombreux messages pour me rappeler « ma différence » arrivent. On n'aime pas que les médias « normalisent » ma condition. D'ailleurs, je suis de moins en moins sollicitée par les médias à Montréal pour mon expertise de pointe. En région, c'est tout le contraire. Mais à Montréal, on ne me demande maintenant presque exclusivement mon opinion que lorsqu'il est question d'enjeux touchant le changement de sexe.

Je suis devenue une habituée du processus judiciaire de plainte pour harcèlement criminel ou menace de mort. Je connais la routine, la collecte de preuves, la rencontre avec les enquêteurs, les procureurs de la couronne et je suis à même de constater les nombreuses déficiences de ces organismes pour faire face à la montée de la haine Internet. Je suis aussi une victime et témoin privilégiée de cet « humour » gentil ou très méchant, qui me rappelle que je suis « un phénomène différent » ou si on est vraiment méchant « de foire ».

J'ai plusieurs fois songé au suicide, à changer de métier ou de pays. Mais j'adore ma blonde, mon travail et mes clients. Je suis bonne et heureuse dans ce que je fais. Lorsque je ne suis pas assaillie par des trous de culs, toute mon énergie va à la recherche incessante de meilleures pratiques web et de la compréhension des mécanismes, technologies et processus internet.

Pour 2014, j'ai de très beaux projets sur la table, dont celui de tenter une percée américaine. J'ai aussi la chance de vivre l'amour de ma tendre chérie, de ma chienne, de ma micro famille avec notre fils, sa blonde et notre petit-fils. De surcroit, j'ai réalisé l'un des rêves de ma vie, celui d'acquérir ma maison dans l'bois. Ce havre de paix m'est tellement bénéfique, vous ne pouvez pas imaginer à quel point.

Je termine aussi à l'instant, une conversation avec l'un de mes très bons clients de 2013. Il me dit au téléphone à quel point je l'ai aidé personnellement et corporativement à cheminer en 2013, à propos du web, mais aussi de plusieurs autres défis organisationnels. Ça fait chaud au cœur et j'avais la larme à l'œil de l'entendre. J'ai aussi le privilège de recevoir des tonnes de messages plus positifs les uns que les autres. Il faut donc que je fasse en sorte de focaliser davantage sur le très positif qui m'arrive quotidiennement, plutôt que sur le négatif qui quantitativement, est somme toute minime. Il faut aussi que je me fasse à l'idée, une fois pour toutes, que je suis et que je resterai pour le reste de mes jours, une transsexuelle. Il faut que dans ma tête, ça devienne enfin une fierté, plutôt qu'un poids. C'est la grâce que je me souhaite pour 2014...

PS: Après avoir rédigé ce billet, j'ai pleuré un grand coup. Ça m'a fait beaucoup de bien. Ça faisait si longtemps que je me coupais de ça...

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