LES BLOGUES

Des analyses et des points de vue multiples sur l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Michèle Provencher  Headshot

Ces petits mal élevés

Publication: Mis à jour:
Imprimer

Je vous l'annonce, Taylor Swift ne détient pas le monopole des histoires qui n'ont pas d'allure. Toutes mes amies et les amies de mes amies pourraient vous en raconter. Bien que l'expression white feminism me fait rire et me fait grincer des dents en même temps, je trouve encore qu'on a du pain sur la planche.

En faisant autant de généralités, je suis prête à entendre l'argument de la défense, mais j'ai l'impression que ma génération a été élevée avec un code de conduite inhérent au genre et j'aimerais surtout qu'on arrête de me dire: «bof, les gars sont comme ça.»

Il y a quelques années, j'ai rencontré un garçon qui me disait ne rien vouloir de sérieux. OK. Soyons fous et ayons un peu de plaisir.

Il se met donc à m'écrire tous les jours, il veut me voir tout le temps, me présente à sa famille, ses amis et commence à me dire qu'il s'attache. Je me suis dit qu'il changeait d'idée, mais j'étais bien naïve, car il était très surpris de voir que je m'attachais aussi.

Visiblement, c'était moi l'épaisse dans cette histoire. C'était pas de sa faute, le pauvre: mais moi, je suis comme ça, je suis de nature très affectueuse». Ah bon.

Puis, je me suis demandé qu'est-ce qui validait sa perception et j'ai eu ma réponse lorsqu'une amie m'a dit: «t'sais, quand un gars te dit qu'il ne veut rien de sérieux, c'est qu'il ne veut rien de sérieux, peu importe ce qu'il fait après.»

C'est là que je ne suis pas d'accord. Dire à une fille que tu ne veux rien de sérieux, ce n'est pas comme acheter un passeport de saison pour aller à la Ronde. Tu ne peux pas faire ce que tu veux après!

Il m'est arrivé une seule fois dans ma vie d'être de l'autre bord, d'être celle qui s'en fout. À la fin de la relation, le gars m'a fait remarquer que c'était moi qui initiais nos rencontres et que je me comportais comme sa blonde et que j'avais joué avec ses sentiments alors que je savais très bien qu'il était amoureux de moi.

J'ai alors fait quelque chose qui peut sembler extraordinaire, mais qui est, croyez-moi, à la portée de tous: j'ai pris conscience de ce que mon attitude envers lui, je me suis excusée et je ne l'ai plus jamais refait.

J'ai compris qu'il fallait que ce que je démontre ne dépasse pas mes sentiments. J'ai vécu assez de rejet pour vouloir le faire vivre à quelqu'un d'autre. Et j'ai vraiment de la difficulté à comprendre que ce concept, pourtant si simple, n'est pas connu de tous et que des gens peuvent le répéter.

Bien souvent, en parlant avec des amies, je me rends compte qu'elles ont souvent la même réaction: «Oui, mais pauvre petit, il n'était pas amoureux et il ne voulait pas s'engager.» Comment ça «pauvre petit?». Pourquoi a-t-on autant d'empathie pour les garçons et si peu pour les filles? A-t-on encore si peur d'eux?

Ben. Un gars a ben le droit de ne pas tomber amoureux, non?

Oui, mais dans quelle mesure? Est-ce qu'il peut admettre qu'il a poussé la farce trop loin? Si tu sais qu'une fille est amoureuse de toi, tu veux vraiment continuer à la voir tous les jours, à lui présenter ton entourage, à faire comme si vous étiez un couple? Tu ne te doutes pas que tu vas lui briser le cœur? Et quand ça arrive, est-ce que tu peux aller jusqu'à... je ne sais pas... t'excuser?

Être amoureux de quelqu'un sans que cet amour te soit retourné est une situation d'où on se sort rarement indemne. Peu importe la durée et les circonstances, c'est un coup dur qui vient toujours avec une part de remise en question. C'est vraiment, vraiment difficile.

J'ai donc de la misère à comprendre pourquoi c'est si dur pour un gars d'admettre ses torts sans renverser la responsabilité sur l'autre. Dans mon souvenir, à la maternelle, on nous a appris à nous excuser quand on faisait de la peine à un petit ami, non?

Il faudrait vraiment apprendre aux garçons la différence entre une fille et un jouet.

En fréquentant tous ces garçons, la question que je me pose reste la même : mais qui les a éduqués? Qu'est-ce qui leur permet de se comporter comme ça? Quelles filles sont passées avant moi? Il faudrait vraiment apprendre aux garçons la différence entre une fille et un jouet.

Il y a plusieurs années, j'ai rencontré un garçon. Après une première date prometteuse, le garçon me dit «faut que je te dise, je vois une autre fille». Bon, OK. Et il ajoute «Mais je cherche quelque chose de sérieux.» Hein? «C'est juste que je te le dis, parce que je ne veux pas que tu me traites de trou de cul, si jamais c'est pas toi que je choisis, tu comprends?».

Wow. On est vraiment rendu là? Au lieu d'apprendre à accepter de vivre avec un peu de culpabilité de briser le cœur d'une fille, c'est la solution que ce champion a trouvée. Bravo. Deux points pour la créativité. Zéro pour l'effort.

J'entends souvent des gars traiter de folle des filles à qui ils ont fait de la peine et qui ne veulent plus leur parler. Je comprends leur surprise, ces filles sont rares. Beaucoup de filles vont excuser les gars et tenter de se sauver la face en jouant à la fille cool. Une fille qui se fâche, c'est une frustrée. Une maudite folle. Un gars qui se fâche, c'est un grand sensible.

Je trouve pourtant qu'on devrait avoir le droit d'assumer nos sentiments et qu'un gars, ça peut prendre sur lui de temps en temps. Parce que, mon grand, être féministe, ce n'est pas juste un pick up line.

LIRE AUSSI:
» Peine d'amour: guide de survie en films, livres et chansons
» Les couples canadiens sont pressés d'emménager ensemble
» Quelle catégorie d'âge utilise moins le condom lors d'une relation sexuelle?


VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter