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À quoi sert la sensibilisation si on prend les mauvaises décisions?

02/03/2017 09:20 EST | Actualisé 02/03/2017 09:20 EST

Lors de son passage à l'émission Gravel le matin, diffusée sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première le 22 février 2017, François Bégin, conférencier et formateur en gestion des finances personnelles, implorait le gouvernement québécois d'instaurer un cours d'éducation financière au secondaire pour conscientiser davantage les jeunes à la nécessité, notamment, d'établir un budget, de stimuler l'épargne et d'utiliser intelligemment le crédit, un projet qui tarde à se concrétiser. Bien sûr, je suis d'avis qu'une telle formation est pertinente étant donné que le ratio d'endettement des ménages québécois est de 170 %, c'est-à-dire que pour chaque tranche de revenus de 100 000 $, ces derniers ont une dette de 170 000 $!

Néanmoins, je vous pose cette question : ce cours d'éducation financière est-il la solution pour améliorer la gestion de nos finances personnelles? Selon moi, il est nécessaire, mais insuffisant. En effet, même si les jeunes reconnaissent les bienfaits de certaines habitudes (alimentation saine, exercice physique) et l'importance d'adopter de bons comportements (ne pas fumer, se protéger lors de relations sexuelles, ne pas texter au volant), plusieurs semblent incapables de faire les bons choix.

Voici quelques statistiques alarmantes qui confirment ma dernière affirmation :

Le taux d'obésité chez les jeunes Québécois est de 9 %;

• Selon Mario Bujold, directeur général du Conseil québécois sur le tabac et la santé, plus d'un jeune Québécois sur dix fume;

Les femmes et les hommes âgés de 15 à 24 ans représentaient respectivement 46 % et 67 % des cas signalés de gonorrhée et de chlamydia (infections transmissibles sexuellement) en 2009 au Québec;

• Au Québec, d'après l'Institut national de santé publique, seulement 38 % des adolescentes et 55 % des adolescents pratiquent une activité physique sur une base régulière;

Entre 2011 et 2015, 124 personnes ont péri et plus de 19 000 autres ont subi des blessures en raison de la distraction au volant. Selon la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), les jeunes automobilistes sont particulièrement touchés par ce fléau.

« Lorsqu'on perd le contrôle de soi, on perd sa liberté. » -- Citation de Marie Von Ebner-Eschenbach, écrivaine autrichienne

Maintenant, je vous présente cette mise en situation.

Vous êtes au spa et le préposé à l'accueil vous offre un massage gratuit. Deux scénarios s'offrent à vous :

Scénario 1

Choix 1 -Un massage de 15 minutes qui commence maintenant

Choix 2 -Un massage de 20 minutes qui est prévu dans une heure

Scénario 2

Choix 1 -Un massage de 15 minutes qui aura lieu à 14 h dans une semaine

Choix 2 -Un massage de 20 minutes qui est planifié à 15 h dans une semaine

Quelle option avez-vous choisie pour chacun des scénarios?

Logiquement, votre réponse devrait être la même étant donné que la seule différence réside dans le moment auquel aura lieu le massage (aujourd'hui comparativement à la semaine prochaine). Toutefois, selon David Laibson, professeur d'économie à l'université Harvard, notre tendance à rechercher le plaisir immédiat explique un résultat différent; en effet, une personne sur trois opte pour le massage de 15 minutes au scénario 1 tandis qu'aucune personne ne le choisit au scénario 2!

Au lieu de nous entraîner, de bien nous alimenter ou d'épargner, nous succombons plutôt aux tentations du quotidien, ce qui peut être problématique pour notre bien-être physique, mental et financier.

Selon Kelly McGonigal, psychologue à l'université Stanford et auteure du livre à succès The Willpower Instinct, la gratification immédiate explique notre incapacité à prendre une décision qui nous est bénéfique. En effet, lorsque nous cherchons à maximiser notre satisfaction à court terme, nous négligeons souvent les conséquences à long terme. Au lieu de nous entraîner, de bien nous alimenter ou d'épargner, nous succombons plutôt aux tentations du quotidien, ce qui peut être problématique pour notre bien-être physique, mental et financier. Et cette réalité est probablement encore plus présente chez les jeunes, chez qui la pression sociale est grande.

C'est pourquoi je suggère un cours sur la prise de décision au secondaire, afin que les jeunes puissent acquérir les outils et les réflexes nécessaires pour se comporter adéquatement. Cette formation enrichissante leur serait utile sur plusieurs plans et leur servirait pour leur vie entière. Ainsi, nous nous attaquerions au véritable enjeu, soit celui de la gestion de notre impulsivité dans une société qui, malheureusement, cherche à exploiter cette faiblesse.

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