LES BLOGUES

Quel modèle de laïcité pour le Québec? (3/3)

22/02/2017 09:02 EST | Actualisé 22/02/2017 10:49 EST

Un modèle fait sur mesure pour le Québec

Les deux camps devraient pourtant comprendre que le Québec est au carrefour de deux traditions, française et anglo-américaine. Il intègre un pluralisme juridique incorporant le Code civil et la common law. Il est à la fois tenté de s'abreuver aux deux traditions, libérale et républicaine, ce qui est tout à fait possible comme en fait foi le libéralisme républicain de John Rawls.

Le Québec serait peut-être disposé à adopter une politique d'interculturalisme qui suppose (i) la reconnaissance réciproque entre, d'une part, les citoyens et les minorités et, d'autre part, le peuple dans son ensemble (ii) un devoir d'intégration (ce qui entraine des obligations autant de la part de l'État que de la part des citoyens issus de l'immigration) et (iii) l'acceptation des règles du vivre-ensemble, et non seulement la reconnaissance du pluralisme culturel et identitaire des groupes minoritaires. Cette politique d'interculturalisme positionne encore une fois le Québec entre le modèle français anti-communautariste et le modèle anglo-américain multiculturaliste.

Le modèle qui convient au Québec n'est pas celui qui accorde à l'État la pleine maîtrise d'œuvre en matière de laïcité et de sécularisation, mais ce n'est pas non plus un modèle où les droits individuels ont la primauté absolue sur les droits de groupe.

Le Québec est enclin à mettre sur un pied d'égalité la charte des droits et libertés et la charte de la langue française, sans les hiérarchiser. Il est sensible à son droit collectif à l'autodétermination autant qu'aux droits individuels et cela inclut le droit de se doter de la constitution de son choix. Son ouverture historique déjà amorcée à l'égard de la minorité anglophone et des onze peuples autochtones, de même que sa politique d'interculturalisme à l'égard des minorités issues de l'immigration, fait en sorte qu'il pourrait être disposé à admettre des droits individuels fondamentaux, mais aussi des droits collectifs fondamentaux.

Comme en France, il faut accorder un statut constitutionnel à une éventuelle charte de la laïcité, mais ce doit être une charte qui est inclusive et qui, comme dans le modèle anglo-américain, fait la distinction entre sécularisation et laïcité.

Le consensus québécois semble aller dans le sens d'une politique qui exige des employés de l'État qu'ils oeuvrent à visage découvert.

Le consensus québécois semble aller dans le sens d'une politique qui exige des employés de l'État qu'ils oeuvrent à visage découvert. Le port de signes religieux ostentatoires pourrait toutefois y être autorisé, sauf pour les agents de l'État en position d'autorité qui exercent un pouvoir de coercition et dont la charge est hautement symbolique (président de l'Assemblée nationale, juges de la Cour suprême, chef de l'armée, chef de police). Quelle que soit la formule adoptée, un équilibre doit être recherché entre les droits individuels des personnes et les prérogatives de l'État.

L'assermentation des nouveaux citoyens pourrait se faire à visage découvert, mais en privé. Les citoyens eux-mêmes, portant la burqa ou le niqab dans un lieu public, auraient le droit de le faire, mais on pourrait exiger d'eux qu'ils se dévoilent pour des motifs d'identification, de communication ou de sécurité.

Conclusion

En somme, le Québec ayant lui-même historiquement vécu un rapport communautariste à l'égard de la religion, il serait enclin à respecter plusieurs façons de pratiquer la religion : en privé ou en communauté. En ce sens, il comprendrait que lorsque la religion est pratiquée en communauté, le port de signes religieux ostentatoires s'impose et n'est plus accessoire, car il sert à exprimer une appartenance religieuse communautaire.

À la lumière des considérations précédentes, il devrait déjà être clair que le Québec cherche à trouver une approche médiane entre le républicanisme français et le libéralisme individualiste anglo-américain. On peut le décrire comme un modèle libéral républicain. Libéral, parce que l'interventionnisme de l'État en matière de laïcité est contraint et limité par la liberté de conscience et l'égalité des individus. Républicain, parce qu'à l'inverse de l'approche individualiste, on peut dire qu'un système de droits et libertés, incluant la liberté de conscience et le droit à l'égalité, est le moyen essentiel par lequel réaliser les fins de la laïcité que sont la neutralité et l'indépendance de l'État, ces derniers objectifs étant eux-mêmes subordonnés à un objectif ultime de stabilité politique.

À LIRE:

Quel modèle de laïcité pour le Québec? (1/3)

Quel modèle de laïcité pour le Québec? (2/3)

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

De quelles religions sont les Québécois?


Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter